Gaza, jour 775 : 33 Palestinien·nes tués dans les dernières 24 heures, un cessez-le-feu inexistant

Aux lendemains de la validation d’une résolution portée par les Etats-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU sur la paix à Gaza et les prochaines étapes du cessez-le-feu, Israël a mené plusieurs attaques dans l’enclave palestinienne. En 24 heures, 33 Gazaoui·es ont été assassinés. 

Par l’Agence Média Palestine, le 20 novembre 2025.

Gaza-ville, 18 novembre 2025. Photographe : Yousef Zaanoun

La dernière salve d’attaques a eu lieu ce matin à Gaza. Quatre personnes sont mortes dans des zones à proximité de Khan Younes, dans le sud de l’enclave. La campagne de bombardements assassins a commencé hier, deux jours à peine après le vote d’une proposition de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU sur l’avenir du cessez-le-feu et de la bande de Gaza. 

Une vague de frappes meurtrières

C’est une des plus grandes violations israéliennes du cessez-le-feu depuis son entrée en vigueur le 10 octobre dernier. La série de bombardements meurtriers initiée hier à Gaza a fait 33 mort·es et 88 blessé·es, d’après le ministère de la Santé sur place. Les explosions ont retenti dans toute l’enclave palestinienne. 

Au sud, dans la zone d’Al-Mawasi, trois sites ont été visés par l’armée israélienne d’après un reporter d’Al Jazeera. Dans le quartier d’Al Shujayea, à l’est de la ville de Gaza, des frappes ont ravagé plusieurs habitations. Toujours à Gaza-ville, dans le quartier d’Al-Zeitoun, le bombardement d’un immeuble par l’armée israélienne a tué dix personnes. D’après Hani Mahmoud, le journaliste d’Al Jazeera, “ un père, une mère et leurs trois enfants ont été tués à l’intérieur de l’immeuble ”.  Les bombardements n’ont jamais vraiment cessé depuis le début du cessez-le-feu, mais parfois, des pics de violence et d’horreurs sont atteints par l’armée israélienne : “La guerre continue, et les Palestinien·nes continuent de mourir à cause des violences incessantes.”. 

Pour justifier cette nouvelle vague de frappes aériennes, Netanyahu a accusé “ plusieurs terroristes [d’avoir] ouvert le feu [mercredi] en direction de la zone où [ses] soldats opèrent à Khan Younès ”, d’après ses propos relayés par Le Monde. Cette attaque, démentie par le Hamas, aurait justifié les bombardements et tirs d’artillerie ordonnés ces dernières 24 heures. L’organisation palestinienne a dénoncé “ une tentative fragile et transparente pour justifier ces crimes et violations ” de l’armée israélienne dans la bande de Gaza. 

Dans un communiqué publié hier, le Hamas a déclaré : “Nous considérons cela comme une escalade dangereuse par laquelle le criminel de guerre Netanyahu cherche à reprendre le génocide contre notre peuple.”  Pour Nour Odeh, reporter à Al Jazeera, Israël est juge et partie depuis le début du cessez-le-feu. L’Etat génocidaire décide quand il se considère victime d’une agression, imputée au Hamas même sans preuves, et agit en conséquence en ripostant et tuant des dizaines de civils. 

393 violations du cessez-le-feu 

“ Les Palestinien·nes sont terrifiés. Le bruit des explosions est à nouveau traumatisant pour de nombreuses familles. Elles ont peur que la guerre reprenne.” Ce témoignage provient de Hind Khoudary, reporter pour Al Jazeera présente à Gaza-ville. En plus des bombardements qui frappent la bande de Gaza depuis 24 heures, elle témoigne également d’une avancée des troupes israéliennes au-delà des limites de la ligne jaune dessinée par l’accord de cessez-le-feu : “ Les Palestinien·nes signalent que les forces israéliennes installent davantage de blocs jaunes dans les zones situées à l’est de Gaza, s’emparant ainsi de plus de terres.”

Cette ligne jaune, souvent utilisée pour justifier du meurtre de Palestinien·ness lors d’assassinats aléatoires soumis au bon vouloir de l’armée israélienne, est en train d’être repoussée par cette dernière. Les forces d’occupation auraient avancé son tracé de 300 mètres vers l’Ouest, à partir du quartier de Shujayea. 

Si cette avancée des marqueurs de la ligne jaune encourage d’autant plus les erreurs quant à sa localisation précise (les soldats ont tendance à tirer à vue dès qu’un Palestinien s’en approche un peu trop près), elle est aussi le signe d’une volonté de l’armée israélienne d’étendre le territoire sous son contrôle dans l’enclave palestinienne, en violation totale de l’accord de cessez-le-feu du 10 octobre dernier : “ Les Palestinien·nes ne peuvent pas rejoindre leurs maisons. Les gens disent que c’est une cage, car ils sont poussés et coincés dans la partie ouest de Gaza.” Les Palestinien·nes de Gaza déjà laissés exsangues par deux années de génocide continu et brutal, se retrouvent désormais à la merci des attaque et bombardements israéliens, plus ou moins intenses.

D’après des analyses d’Al Jazeera, l’Etat israélien a violé le cessez-le-feu 393 fois entre le 10 octobre (début du cessez-le-feu) et le 19 novembre. Sur ces 41 jours de cessez-le-feu, 33 ont été entachés par des attaques israéliennes. Ces violations de l’accord ont entraîné la mort de 312 Gazaoui·es et en ont blessé 760. La série de meurtres causés par les bombardements de ce mercredi 19 novembre marque la troisième journée avec le bilan humain le plus lourd pour les Palestinien·nes dans l’enclave. 33 personnes sont mortes au total. Avant cela, 45 personnes ont été tuées le 19 octobre, et 109 le 29, dans la journée la plus meurtrière depuis le début de cessez-le-feu. Et lors de chacune de ces trois journées funèbres, les bombardements israéliens étaient basés sur des prétextes infondés pour justifier de massacres purs et simples. 

Un bilan humanitaire aggravé par les pluies diluviennes 

En parallèle des attaques qui ont meurtri la bande de Gaza ces derniers jours, la situation humanitaire s’aggrave. Et pour cause, le territoire palestinien a connu deux épisodes de pluies intenses en à peine une semaine. Ces pluies ont endommagé plus de 18 600 logements d’après des chiffres publiés hier par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). 

Des milliers de familles ont été déplacées de nouveau par les inondations, alors que près de 12 000 familles ont déjà souffert des précédentes pluies en fin de semaine dernière. D’après OCHA, 29 camps ont été affectés par ces intempéries dans l’enclave. Ces pluies ont entraîné une augmentation du niveau de la mer qui pourrait avoir des conséquences dramatiques, notamment sur les rives de Khan Younes, où “ plus de 4 000 foyers sont confrontés à la montée du niveau de la mer qui envahit les tentes, tandis que les vents violents provoquent de nombreux effondrements ”, d’après Al Jazeera. 

Toujours d’après OCHA, “ les familles sont confrontées à un froid intense sans chauffage adéquat et, en l’absence d’installations sanitaires, beaucoup sont contraintes d’utiliser la mer comme toilettes.” Ces conditions climatiques compliquées à l’approche de l’hiver renforcent une situation de précarité déjà innommable pour les Palestinien·nes de Gaza. Et pour cause, l’afflux d’aide humanitaire tant attendu après le cessez-le-feu, est toujours largement limité par les autorités israéliennes.

Entre le 10 octobre et le 18 novembre, d’après des chiffres d’AJ Lab1, 4 832 camions d’aide sont arrivés à destination dans la bande de Gaza. En se basant sur le nombre quotidien de camions censés entrer chaque jour dans l’enclave palestinienne d’après l’accord de cessez-le-feu (600 quotidiennement), 19 800 auraient déjà dû parvenir aux populations palestiniennes dans le besoin. C’est donc quatre fois moins que prévu. OCHA avertit sur l’urgence de la situation et réclame “ que les articles dont l’entrée à Gaza est actuellement interdite, notamment les équipements destinés à la remise en état des infrastructures essentielles, soient autorisés à entrer dans la bande de Gaza ”.

Israël continue à freiner l’acheminement des biens humanitaires dans la bande de Gaza, près d’un mois et demi après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Depuis le 7 octobre 2023, la politique génocidaire de Netanyahu a causé la mort de 69 546 Gazaoui·es et fait 170 833 blessé·es. 

  1.  L’équipe d’analyse de données et de datajournalisme du média Al Jazeera ↩︎

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