Ce weekend, l’armée israélienne a tué trois Palestiniens en Cisjordanie, dans un cycle de terreur qui n’en finit plus. Le rapport mensuel de la Commission de résistance au mur et aux colonies publié la semaine dernière alertait déjà sur le nombre très élevé d’attaques commises par les forces d’occupation et les colons en novembre : 2144 cas ont été dénombrés.
Par l’Agence Média Palestine, le 8 décembre 2025.

Il s’était retrouvé à la merci des balles de l’armée israélienne hier soir. Baraa Qablan, un jeune homme de 21 ans a succombé à ses blessures peu après s’être retrouvé sous le feu des soldats israéliens à l’est de Qalqilya. Il circulait à bord d’un véhicule sur la route principale à destination de Naplouse lorsque les militaires ont ouvert le feu. Deux autres Palestiniens ont été blessés dans l’attaque.
D’après le Croissant rouge palestinien présent sur place, les équipes médicales ont d’abord été empêchées d’intervenir par les forces d’occupation israélienne, avant d’être finalement autorisées à accéder aux blessés. Après une intervention sommaire, les soldats ont congédié rapidement les bénévoles du Croissant rouge d’après l’agence de presse palestinienne Wafa : “ Le Croissant-Rouge a ajouté que les soldats ont ensuite forcé les équipes à quitter les lieux et se sont emparés du corps du défunt et du blessé, confirmant que l’un des blessés était dans un état critique.”
Trois morts en un week-end
La mort de Baraa Qablan hier fait passer à trois le nombre de Palestiniens tués en l’espace d’un weekend par les militaires israéliens en Cisjordanie. En effet, la veille, samedi 6 décembre, deux autres citoyens ont été abattus par les forces israéliennes.
Pour justifier ces exactions, l’armée avait affirmé qu’ils roulaient ensemble dans une “ voiture-bélier ” et s’apprêtaient à écraser des parachutistes au niveau d’un point de contrôle à Hébron : “ Un terroriste a accéléré en direction de soldats de Tsahal lors d’une activité opérationnelle à un poste de sécurité à Hébron. Les soldats ont répliqué en tirant sur le terroriste dans le véhicule, et il a été neutralisé ”, a déclaré à l’AFP un responsable de l’armée.
Finalement, après avoir affirmé que les deux personnes tuées se trouvaient dans la supposée voiture-bélier, l’armée israélienne est revenue sur ses propos. Un enfant de 17 ans, Ahmad Khalil Al Rajabi, était bien au volant. Mais la seconde victime, Ziad Jabara Abu Dawood, identifié comme un agent d’entretien par le Croissant rouge palestinien, était en réalité à bord d’une autre voiture, en train d’effectuer son travail. Il avait 55 ans. Il est mort d’une hémorragie avant même que l’association ne puisse accéder à son corps.
Ces deux assassinats ont provoqué une grève générale hier à Hébron, notamment dans le quartier de Bab Al-Zawiya, théâtre de l’attaque. D’après Middle East Eye, “ des images publiées en ligne montraient des magasins fermés dans la ville et des rues désertes.”
Ce dimanche 7 décembre également, des colons israéliens s’en sont pris à des civils palestiniens et étrangers. L’agression a eu lieu dans le visage d’Al-Mughayyir, à l’est de Ramallah. D’après des sources sur place citées par Wafa, “ un groupe de colons a pris pour cible la famille du citoyen Rizq Abu Na’im, s’attaquant à son épouse Fadda, dont ils ont fracturé le bras, et à leur petit-fils, également prénommé Rizq, qu’ils ont frappé à la tête.”
Des militantes de nationalité étrangère étaient présentes sur place et ont été prises à partie par les colons pendant l’attaque. Elles ont subi des coups de bâtons et des jets de pierre. Cette attaque s’inscrit malheureusement dans une politique de violences systématiques des colons et de l’armée israélienne à l’égard des populations palestiniennes vivant dans les territoires occupés. D’après la Commission de résistance au mur et aux colonies, les colons étaient à l’origine de 621 attaques parmi les 2144 comptabilisées au mois de novembre.
Des infrastructures palestiniennes attaquées
Les soldats israéliens ont intensifié plusieurs opérations de démolition ce lundi 8 décembre à différents endroits dans les territoires occupés.
C’est le cas par exemple à Jérusalem, où “ trois habitations, une installation commerciale, deux structures agricoles, un parc de loisirs, ainsi qu’un terrain de jeu et des terres cultivées” ont été attaqués d’après l’agence de presse palestinienne Wafa. Pendant la démolition de l’installation commerciale située à Hizma, au nord-est de la ville, des grenades lacrymogènes ont été lancées sur la foule, provoquant plusieurs cas d’asphyxie. Ces locaux commerciaux, qui abritaient une station de lavage et un magasin d’accessoires, ont été détruits pour permettre l’élargissement d’une route commerciale à proximité.
Près de Ramallah aussi, des citoyen·nes palestinien·nes ont vu leurs maisons détruites dans le village de Budrus, à l’ouest de la ville. Chacune des deux maisons abritait quatorze personnes. Si les habitations étaient sous le coup d’un avis de démolition, le recours déposé n’avait pas encore été traité par le tribunal. Dans la ville de Huwwara, à proximité de Naplouse, une casse automobile a été détruite par des bulldozers de l’armée israélienne.
Le siège de l’UNRWA perquisitionné
En parallèle de ces attaques menées par l’armée israélienne aujourd’hui, c’est une opération d’un tout autre genre qui a été menée par les forces de l’occupation dans le quartier de Sheikh-Jarrah, à Jérusalem-Est. Le siège de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a été ciblé par un raid de l’armée israélienne ce lundi matin.
Israël avait adopté une loi l’année dernière interdisant à cet organisme de l’ONU d’exercer sur son territoire. Les locaux étant donc vides depuis une dizaine de mois, seuls des personnels de sécurité se trouvaient sur place. Cette perquisition totalement illégale ne passe pas auprès des membres de l’organisation, à l’image de son porte-parole Jonathan Fowler, qui a témoigné à RFI depuis la Jordanie : “ Ils ont pénétré de force dans nos locaux qui se trouvent à Jérusalem-Est occupée. Nous n’avons pas de collègues de l’Unrwa sur place et il y avait des gardiens. Mais cela reste inacceptable parce que c’est une pénétration de force dans des locaux d’une agence des Nations unies. »
Pour lui, cette perquisition n’est pas anodine, qui plus est au beau milieu des négociations pour le passage à la deuxième phase du plan de paix de Trump. Et pour cause, Israël veut depuis longtemps que le statut de réfugié soit supprimé pour les citoyen·nes des territoires palestiniens, alors que l’État génocidaire considère l’UNRWA comme infiltrée par le Hamas.
L’UNRWA fournit un grand nombre de services d’aide pour améliorer le quotidien des réfugié·es palestinien·nes en Cisjordanie, à Gaza ainsi qu’au Liban et en Jordanie. Vendredi dernier, son mandat a été reconduit pour les trois prochaines années par un vote à l’Assemblée générale de l’ONU.



