Israël poursuit ses violations quotidiennes de l’accord de “cessez-le-feu” à Gaza, alors que les habitant-es poursuivent leurs recherches des milliers de corps enfouis pendant deux ans de bombardements génocidaires de la part de l’armée israélienne.
Par l’Agence Média Palestine, le 9 décembre 2025

Au moins deux Palestinien-nes ont été assassiné-es et plusieurs autres blessé-es lors de frappes israéliennes sur Gaza, rapportait l’agence de presse palestinienne Wafa hier en fin de journée.
Le premier a été tué lors d’un bombardement sur Deir al-Balah, dans le centre de Gaza. La seconde a été tuée par une frappe de drone israélien dans le camp de Halawa, à Jabalia, dans le nord de Gaza. Une attaque israélienne par drone visant les tentes de personnes déplacées dans la ville de Gaza a également blessé une vingtaine de Palestinien-nes.
De violentes explosions ont été rapportées cette nuit dans le sud de l’enclave palestinienne, et des tirs israéliens près de l’axe Morag. Les habitant-es font état de bombardements intensifs sur Rafah.
Le Bureau des médias du gouvernement à Gaza affirme ce matin qu’Israël a commis 738 violations au cours des 60 jours depuis l’entrée en vigueur du “cessez-le-feu”. Israël a respecté moins de 40 % de ses obligations humanitaires, un manquement qui continue d’aggraver la crise pour les Palestinien-nes qui vivent déjà sous un blocus étouffant et une pression militaire constante.
Le système de santé toujours au bord de l’effondrement
Après avoir été délibérément ciblé par les bombes et privé d’approvisionnement pendant la guerre génocidaire menée par Israël, le système de santé de Gaza reste au bord de l’effondrement malgré près de deux mois de cessez-le-feu.
Les médecins de l’enclave assiégée et ravagée affirment ne pas pouvoir sauver des vies car Israël refuse d’autoriser l’entrée des fournitures médicales les plus essentielles.
En effet, malgré ses engagements stipulés par l’accord, Israël impose des restrictions déraisonnables et dangereuses aux postes-frontières : les bonbons, les téléphones portables et même les vélos électriques sont autorisés à entrer, mais les antibiotiques, les solutions intraveineuses et le matériel chirurgical demeurent interdits.
” Nous sommes confronté-es à une situation où 54 % des médicaments essentiels sont indisponibles et où 40 % des médicaments utilisés pour les interventions chirurgicales et les soins d’urgence – ceux-là mêmes dont nous avons besoin pour soigner les blessé-es – font défaut ”, a déclaré le Dr Munir al-Bursh, directeur général du ministère de la Santé de Gaza, à Al Jazeera.
Cette situation rend potentiellement mortelles des blessures ou maladies bénignes, l’impossibilité de traitement pouvant entraîner des complications graves. La malnutrition qui persiste dans l’enclave affaiblit la population d’autant plus vulnérable. Dans ce contexte, l’arrivée de l’hiver et de ses conditions rudes rend le spectre d’épidémies particulièrement menaçant.
L’armée israélienne “ pire ennemi ” des journalistes
Un rapport publié aujourd’hui par Reporters Sans Frontières (RSF) atteste que, sur les 67 journalistes assassiné-es cette année dans l’exercice de leur métier, près de la moitié (29) l’ont été par Israël à Gaza, ajoutant que depuis octobre 2023, l’armée israélienne a tué près de 220 journalistes dont au moins 65 dans l’exercice ou en raison de leur travail. Utilisant une autre méthode de comptage, le Syndicat des journalistes palestinien-nes en recense au moins 255.
“ Voilà où mène l’impunité : l’échec des organisations internationales qui ne sont plus en mesure de faire respecter le droit sur la protection des journalistes en conflit armé est la conséquence d’un déclin du courage des gouvernements qui devraient déployer des politiques publiques de protection ”, déclare Thibaut Bruttin, directeur général de RSF dans son communiqué.
“ De témoins privilégiés de l’histoire, les journalistes sont devenus progressivement des victimes collatérales, des témoins gênants, des monnaies d’échanges, des pions dans des jeux diplomatiques, des hommes et des femmes à abattre. Méfions-nous des facilités journalistiques : on ne donne pas sa vie pour le journalisme, on vous la vole ; les journalistes ne meurent pas, ils sont tués.”
L’accès à Gaza reste fortement restreint, les journalistes étrangers n’étant autorisés à y entrer que dans le cadre de visites contrôlées et organisées par l’armée israélienne, comme le dénonçait le Syndicat National des Journalistes, qui a porté plainte auprès du tribunal français pour “ entrave à la liberté d’exercer le journalisme” et pour “ crimes de guerre visant des journalistes français ”.
Le sinistre travail de recherche des corps
La Défense Civile palestinienne poursuit, en parallèle de sa mission de premiers secours, un travail de recherche des corps enfouis sous les décombres des bombardements, d’identification et d’inhumation finale. Elle tente également de repérer des fosses communes, où des corps ont été enterrés à la hâte sans pouvoir être identifiés, dans l’urgence du génocide perpétré par Israël.
Ces fosses sont exhumées et les corps transportés afin de donner à chaque disparu une sépulture digne. Ce travail est également essentiel au travail de documentation des crimes commis par Israël auprès des instances de justice.
Lundi 8 décembre, les équipes de la Défense Civile ont entrepris d’exhumer les corps enterrés dans des fosses communes dans la cour de l’hôpital Al-Shifa lors de son siège par Israël, qui avait duré plusieurs semaines en mars 2024 et suscité l’indignation internationale. 98 corps ont été exhumés hier, dont 55 non-identifiés. 45 corps avaient déjà été exhumés de la cour de l’hôpital Al-Ahli quelques jours plus tôt.
Les secouristes affirment que d’autres victimes sont encore ensevelies sous les ailes détruites du complexe hospitalier et préviennent que le nombre de morts risque d’augmenter à mesure que les fouilles se poursuivent.
Une investigation menée par CNN et publiée samedi 6 décembre a révélé que les soldat-es israélien-nes avaient enfouis des corps de Palestinien-nes avec des bulldozers à proximité du passage de Zikim, les restes humains ayant été écrasés, poussés dans des fosses peu profondes et anonymes ou parfois laissés à l’air libre pendant plusieurs jours dans des zones trop dangereuses pour être récupérés.
Ces personnes assassinées l’avaient été alors qu’elles venaient chercher de l’aide auprès de la très controversée Gaza Humanitarian Foundation. Les images, les photos satellites et les témoignages oculaires examinés par CNN suggèrent une pratique systématique de mauvais traitement des morts qui, selon les experts juridiques, viole le droit international.



