Gaza dévastée marque la fin d’une nouvelle année de bombardements israéliens

Personne ne se détend vraiment pendant ces brefs moments de quasi-normalité, car chacun sait qu’ils peuvent disparaître à tout moment.

Par Hani Mahmoud, le 30 décembre 2025

Le correspondant d’Al Jazeera, Hani Mahmoud, en direct depuis la ville de Gaza [Al Jazeera]



Au cours de l’année écoulée, les infrastructures de Gaza ont été soumises à une réalité dévastatrice.

Ce qui fonctionnait autrefois sous pression a été poussé au-delà du point de rupture. Les réseaux électriques, les systèmes d’approvisionnement en eau, les hôpitaux, les routes et les services municipaux ont été systématiquement détruits ou gravement endommagés, réduisant la vie quotidienne à une question de survie.

Le quotidien des familles s’organise souvent au son des générateurs, quand il y a du carburant. Parents et enfants font la queue pendant des heures pour obtenir quelques litres d’eau impropre à la consommation ou un paquet de pain.

Les hôpitaux fonctionnent dans la quasi-obscurité, les médecins pratiquant des interventions vitales à la lumière de leurs téléphones portables. Les rues qui autrefois conduisaient les enfants à l’école sont aujourd’hui réduites à l’état de ruines.

La réalité à Gaza est toujours dure


La vie à Gaza n’a jamais été facile, même pendant les périodes que le monde extérieur qualifiait de « normales ».

Pour la plupart des gens, la vie était marquée par une incertitude constante. On apprenait à ne pas faire de projets à trop long terme, car le calme était fragile, toujours temporaire.

Il y avait des jours où l’électricité fonctionnait, où les rues semblaient plus calmes et où les familles pouvaient se permettre un petit moment de répit, mais tout le monde savait que cela pouvait disparaître à tout moment.

Les infrastructures de Gaza reflètent cette situation. Elles étaient fragiles bien avant la dernière vague de destruction causée par la guerre génocidaire menée par Israël.

Des décennies de blocus illégal imposé par Israël, des attaques militaires répétées et des restrictions sévères sur les matériaux de construction ont fait que les systèmes étaient toujours rafistolés, fonctionnant toujours à crédit. Rien de vraiment réparé.

L’une des pertes les plus visibles a été l’électricité. Dans toute la bande de Gaza, l’obscurité n’est pas une exception. Notre seule centrale électrique a été gravement endommagée et fermée en raison de pénuries de carburant ; près de 80 % du réseau de transport d’électricité a été détruit.

Pour les familles, cette perte se fait sentir de manière subtile mais incessante. Une mère recharge son téléphone chaque fois que le générateur d’un voisin se met brièvement en marche, sachant que c’est peut-être sa seule chance de contacter sa famille.

Les enfants font leurs devoirs à la lueur d’une bougie, quand ils les font. Les réfrigérateurs sont inutilisables, la nourriture se gâte.

L’accès à l’eau s’est également fortement détérioré. Les bombardements israéliens ont endommagé les puits, les usines de dessalement et les stations de pompage. Sans électricité ni carburant, l’eau potable ne peut être extraite ni distribuée.

Au fil de nos reportages sur la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, nous avons filmé des familles faisant la queue avec des récipients en plastique, attendant des camions-citernes qui pouvaient arriver ou non. Lorsqu’ils arrivent, l’eau a souvent une odeur de sel ou de métal, son goût est âcre et inhabituel.

Beaucoup n’ont d’autre choix que de la boire quand même. Les enfants tombent malades, victimes d’infections intestinales. Les éruptions cutanées se propagent. Se laver devient un luxe.

L’effet cumulatif : la paralysie


Les hôpitaux, autrefois surchargés mais fonctionnels, opèrent désormais en mode crise. Au cours du dernier mois de travail sur le terrain, j’ai visité de nombreux établissements médicaux qui ont été endommagés ou contraints de fermer complètement.

Ceux qui fonctionnent encore sont confrontés à de graves pénuries de médicaments, d’équipements, d’électricité et de personnel.

Je me souviens de la sensation de découragement que j’ai ressentie après avoir visité deux unités de soins intensifs à Gaza et dans la partie centrale de la bande de Gaza.

Les deux étaient surpeuplées, obligeant à mettre deux patients par lit.

Les appareils de dialyse fonctionnaient sous la menace constante d’une coupure de courant, tout comme les salles d’opération qui étaient souvent plongées dans le noir en plein milieu d’une intervention.

Le plus dur pour les équipes médicales est qu’elles sont souvent obligées de prendre des décisions impossibles pour déterminer qui doit être soigné et qui doit attendre.

Au-delà de la santé et des services publics, la destruction des routes, des équipements publics et des infrastructures municipales a fracturé Gaza de l’intérieur : rues jonchées de décombres, routes inondées par les eaux usées, ambulances et acheminement de l’aide ralentis.

La collecte des ordures a pratiquement cessé, engendrant la propagation de maladies. Les infrastructures de télécommunications ont été détruites à plusieurs reprises, isolant les familles et coupant les populations des services d’urgence et du monde extérieur.

La campagne de bombardements intensifs menée par Israël – qui vise délibérément à paralyser la vie quotidienne – a un effet cumulatif, car les infrastructures sont interdépendantes.

Sans électricité, l’eau ne peut être pompée. Sans carburant, les hôpitaux ne peuvent fonctionner. Sans routes, l’aide ne peut parvenir à ceux qui en ont besoin.

Chaque effondrement accélère le suivant, tout en créant de nouvelles difficultés dans les conditions de vie.

Alors que l’année 2025 touche à sa fin, l’ensemble des infrastructures de Gaza ne permet plus de mener une vie normale ; elles permettent à peine de survivre.

Parler de reconstruction ne signifie pas simplement reconstruire des bâtiments, mais aussi rétablir les systèmes qui permettent aux gens de vivre dans la dignité : une eau potable, une électricité fiable, des hôpitaux fonctionnels et des services publics de base.

D’ici là, les civils de Gaza continuent de subir les conséquences d’une nouvelle année qui a fait vaciller les fondements de leur vie quotidienne.

Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

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