Les colons de Cisjordanie qu’Israël a évacués en 2005 sont de retour

Israël a commencé à reconstruire les quatre colonies évacuées dans le nord de la Cisjordanie en 2005. Les colons et l’armée tentent d’expulser les Palestinien.nes vivant dans la région en rendant la terre « impossible à habiter », disent les habitant.es.

Par Majd Jawad, le 5 janvier 2026

Marche des colons vers l’avant-poste d’Homesh, Cisjordanie, 23 décembre 2021 (Photographe : Oren Ziv)


Muhammad Jaradat n’aurait jamais imaginé que 2025 serait la dernière année où il se rendrait sur les collines du nord de la Cisjordanie avec son groupe de randonnée.

« Nous venions une ou deux fois par an, émerveillé.es par la beauté des caroubiers et des chênes », dit-il d’une voix triste.

Jaradat, le fondateur du groupe Tijawal wa Tirhal, basé à Jénine, raconte que ses compagnons de randonnée ont pris l’initiative d’arpenter les plaines vallonnées et les forêts qui parsèment le paysage autour de Jénine. « Notre première randonnée a eu lieu sur les terres d’Umm al-Tout il y a près de 13 ans », explique-t’il à Mondoweiss. « Nous avions aussi l’habitude de nous balader sur les terres de Jénine, Sanur et Raba. »

« La randonnée n’est pas seulement un loisir », déclare Jaradat. « Nous faisons de la randonnée pour faire valoir notre droit sur ces collines. Chaque caroubier porte un nom. Chaque crête porte une histoire. »

Les zones que Jaradat et son groupe arpentaient étaient auparavant illégalement occupées par les quatre colonies israéliennes de Ganim, Kadim, Homesh et Sa-Nur, avant qu’Israël ne les évacue unilatéralement en 2005 après l’adoption de ce qui est connu comme la Loi de désengagement.

Mais les colons sont de retour, et depuis 2023 l’accès aux terres palestiniennes avoisinantes est progressivement restreint par les autorités israéliennes, lorsque la Knesset israélienne a commencé le processus de re-légalisation des colonies par des amendements successifs à la loi de 2005 sur le désengagement.

Depuis, le gouvernement israélien a rétroactivement légalisé 19 avant-postes de colonies à travers la Cisjordanie, y compris les quatre colonies évacuées dans le nord. En termes juridiques, Israël a concrètement inversé la loi sur le désengagement après l’avoir complètement révoquée en juillet 2024. Un an plus tard, Israël a annoncé son intention de construire 22 nouvelles colonies en juin, notamment là où se trouvaient Sa-Nur et Homesh.

L’objectif de cette offensive s’inscrit dans une vision plus large d’Israël consistant à annexer de grandes parties de la Cisjordanie après avoir forcé ses habitant.es à quitter leurs terres. Et cela, en rendant la vie des Palestinien.nes insupportable dans les zones choisies pour la réinstallation – jusqu’à ce qu’ils et elles partent « volontairement ».

Sanur et Homesh : les collines qui surveillent Naplouse et Jénine


Le village palestinien de Sanur, situé au sommet de Tal al-Tarsala, a longtemps été un point stratégique pour l’armée israélienne. Situé sur les hauteurs du nord de la Cisjordanie, il surplombe les routes clés reliant Jénine et Naplouse. L’ancienne colonie israélienne voisine, Sa-Nur, qui a pris le nom du village palestinien, bénéficiait auparavant de la présence d’une importante base militaire qui contrôlait de larges pans de la région avant le désengagement de 2005.

Suite à la décision récente du gouvernement israélien de réinvestir la zone, un peloton militaire a été déployé dans la zone autour de Sanur, en vue de créer une base militaire permanente et de faciliter le retour des familles de colons.

Cette décision fait partie d’un plan plus large visant à relocaliser dans les territoires occupés le quartier général de la brigade Menashe, unité militaire israélienne responsable du nord de la Cisjordanie, aujourd’hui installée à l’intérieur d’Israël.

Une autre partie des préparatifs consiste à construire le « contournement du Silat », une route financée par le ministère israélien des finances à hauteur d’environ 20 millions de shekels, sous la direction de Bezalel Smotrich du Parti du sionisme religieux.

La semaine dernière, Smotrich a annoncé que les plans étaient en cours pour construire 126 nouvelles unités de peuplement dans la colonie ressuscitée de Sa-Nur, décrivant cette décision comme la « rectification d’une injustice historique » et « la mise en œuvre d’une vision sioniste sur le terrain ». Il a souligné que le retour à Sa-Nur ne passerait pas par des slogans, mais par « des plans, des budgets, des routes et des mesures concrètes ».

Homesh est une autre colonie que le gouvernement prévoit de ressusciter. Elle est établie sur des terres appartenant aux villages palestiniens de Burqa, Silat al-Dhahr et Bazariya. Homesh occupe une colline tout aussi stratégique entre Jénine et Naplouse, et les colons se sont farouchement opposés à son évacuation en 2005. Depuis lors, le site reste un point sensible entre Palestinien.nes et colons, souvent soutenus par l’armée.

Mais aujourd’hui, la confrontation avec les colons n’est plus nécessaire pour que les Palestinien.nes vivant à proximité d’Homesh se sentent menacé.es ; le simple fait de s’approcher de leurs terres agricoles suffit souvent à provoquer l’arrivée des soldats israéliens.

Au cours des dernières années, des habitant.es de Burqa, Silat al-Dhahr et Bazariya ont documenté des dizaines d’incidents dans lesquels des agriculteur.trices et des bergers ont subi des attaques verbales et physiques.

Ahmad Abu Fahd, un agriculteur de Silat al-Dhahr, explique que l’accès à ses terres a été fortement restreint ces dernières années. « Chaque matin, nous nous posons la même question : serons-nous autorisés à accéder à notre terre aujourd’hui, les colons nous bloqueront-ils une nouvelle fois ? » dit-il tout en observant les collines qui surplombent ses champs. « Depuis la réouverture de Homesh, chaque pas vers nos terres est devenu un pari risqué. Parfois, ils viennent avec la protection de l’armée. Parfois, ils nous poursuivent, jettent des pierres et nous forcent à partir les mains vides. »

Pour les communautés qui entourent Homesh, la menace s’étend au-delà des blessures physiques ou des dommages causés aux cultures. L’imprévisibilité elle-même – ne jamais savoir quand la terre sera accessible, quand les soldats apparaîtront, ou quand la violence éclatera – est devenue un outil de domination.

« Ils n’ont pas besoin de nous expulser tou.tes en même temps », déclare à Mondoweiss un habitant qui préfère rester anonyme. « Ils rendent la terre impossible à habiter. »

Kadim et Ganim : le flanc à découvert de Jénine


À la mi-décembre, les habitant.es de Jénine ont été surpris.es par des lumières vives au sommet des collines de Ganim et Kadim. Ce n’était pas les campements temporaires que les colons avaient parfois érigés auparavant, mais des célébrations organisées par des groupes de colons marquant les fêtes religieuses juives et appelant ouvertement à une présence juive renouvelée.

L’événement a eu lieu quelques jours seulement après la décision d’Israël d’autoriser un retour sur le site, signalant la première étape pour rétablir le contrôle sur deux colonies situées à quelques centaines de mètres de maisons palestiniennes dans les quartiers est de Jénine.

Au cours des dernières semaines, la région de Jénine et d’autres parties du nord de la Cisjordanie ont fait l’objet d’une vaste opération militaire israélienne visant à créer une « nouvelle réalité sécuritaire » dans la zone qui permettrait le rétablissement des colonies évacuées. Cette campagne militaire a suscité une condamnation internationale après un incident particulier au cours duquel des soldats israéliens ont été filmés en train d’exécuter deux hommes palestiniens à Jénine après qu’ils se soient rendus à l’armée.

Avant 2005, les colonies de Ganim et de Kadim avaient été fondées sur un aspect à la fois agricole et sécuritaire, et ont ensuite progressivement évolué en communautés résidentielles permanentes abritant des familles de colons religieux et nationalistes. L’armée israélienne fournissait une protection et des infrastructures essentielles, des routes, l’électricité et l’eau, contribuant ainsi à consolider la présence de la colonie en tant que fait accompli.

Avant le désengagement, les habitant.es palestinien.nes de la région se rappellent que l’activité militaire dans et autour des sommets de ces collines précédait souvent les incursions à Jénine. Pour elles et eux, ces colonies n’étaient jamais juste des sites civils, mais des endroits où la présence de soldats signalait souvent un raid imminent.

Lorsque les routes directes ont été fermées, les trajets qui ne faisaient autrefois que quatre kilomètres obligeaient à des détours de plusieurs dizaines de kilomètres, faute d’itinéraires alternatifs accessibles. Lorsque les colonies ont été évacuées en 2005, leurs structures préfabriquées ont été démantelées et enlevées, laissant les terres en friche, mais en aucun cas rendues à leurs propriétaires palestinien.nes.

Les tentatives des colons de retourner à Ganim, Kadim, Homesh et Sanur font suite à une stratégie délibérée et cumulative. Cela a commencé par des incursions répétées dans les sites évacués, en particulier à Homesh, où ces dernières années, les colons campaient la nuit et érigeaient des tentes temporaires sous protection de l’armée.

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Des colons israéliens se rassemblent à l’extérieur d’un mobile-home en construction à l’avant-poste illégal de l’ancienne colonie de Homesh, en Cisjordanie occupée, le 29 mai 2023. (Photo: Mohammed Nasser/APA Images)

Les tentatives répétées de réoccuper le sommet de la colline ont conduit à la formation de groupes de colons « Homesh First » en 2007, qui retournaient périodiquement au sommet de la colline avec l’aide de réseaux de colons les fournissant en nourriture, eau et assistance logistique, permettant ainsi à une présence soutenue mais officiellement illégale de s’enraciner.

Cette présence s’est ensuite élargie à la création d’établissements religieux et éducatifs, notamment la Yeshiva Homesh. Cela a commencé par des tentes qui ont progressivement été échangées par des caravanes, ce qui marque un changement clair vers une colonie civile permanente et signale la transformation de Homesh d’un site militaire officiellement évacué en une colonie civile de facto.

Selon un rapport de Yesh Din Volunteers for Human Rights, les colons ont été vus dans des zones réglementées plus de 40 fois entre 2015 et 2018, parfois par groupes de dizaines ou de centaines. Les enquêtes de police sur la présence de colons sur des terres palestiniennes privées sont régulièrement clôturées, ce qui indique une tolérance institutionnelle à l’égard de ces violations légales.

Entre 2017 et 2020, Yesh Din a documenté 21 incidents violents provenant du site de Homesh contre des Palestinien.nes à Burqa, Silat al-Dhahr, al-Funduqomiya et Bazariya.

Sur le terrain, de nouvelles routes de peuplement ont été creusées et des infrastructures temporaires ont été installées sur les quatre sites. Amir Dawud, chercheur à la Commission de la résistance au mur et aux colonies de l’Autorité palestinienne, explique que ces routes sont conçues pour bloquer l’accès des agriculteur.trices à leurs terres, empêcher une continuité géographique dans le nord et fragmenter l’espace palestinien en vue de nouvelles colonies, non seulement en tant qu’enclaves civiles, mais aussi en tant que zones militaires.

Résistance populaire et poursuite du retour


Malgré cette sombre réalité, les Palestinien.nes continuent d’affirmer leur présence. Muhammad Jaradat raconte des initiatives dirigées par des jeunes pour replanter des arbres déracinés par les colons et organiser des campagnes de nettoyage des zones évacuées avant de nouvelles fermetures.

« Avant la décision de rétablir les colonies, nous utilisions ces terres comme nos propres espaces partagés », se souvient Jaradat. « Les familles venaient pique-niquer, les enfants jouaient au football et la communauté se rassemblait pour de petits événements. Nous avons également travaillé à la restauration de vieilles maisons près de Ganim et Kadim et organisé des activités culturelles et sportives. C’était un travail discret, mais chaque étape était un moyen délibéré d’affirmer notre présence et notre connexion à la terre, même sous les restrictions militaires. »

À Homesh, le plus dangereux des quatre sites, les propriétaires terrien.nes du village palestinien de Burqa ont déposé une requête auprès de la Haute Cour de justice israélienne, exigeant un accès complet et illimité à leurs terres privées dans l’ancienne colonie. Les requérant.es ont cherché non seulement à rétablir leurs droits de propriété, mais aussi à garantir leur sécurité, en engageant une série prolongée de procédures judiciaires visant à garantir à la fois l’accès à leurs terres et la protection contre les menaces potentielles.

La lutte juridique a été un succès mais elle n’existe que sur le papier. L’ordre de saisie a été révoqué et la zone a été retirée de la liste des localités énumérées dans les conseils régionaux, mais en pratique, demeure une présence israélienne illégale et non autorisée dans la colonie.

Il en va de même pour les autres colonies, créant ainsi de facto une présence de colons qui affecte directement les propriétaires foncier.es palestinien.nes : autour de Sanur, les agriculteur.trices qui tentent de cultiver leurs terres ou de récolter des olives doivent passer par un système complexe d’autorisations et les refus sont fréquents.

La réinstallation de Homesh, Sa-Nur, Ganim et Kadim est une petite partie de la stratégie plus large d’Israël pour la Cisjordanie, selon Dawud.

« Israël cherche à créer des cantons isolés, entourés de colonies et de bases militaires », explique-t-il, ajoutant que cela créerait un « cordon de sécurité » séparant le nord du centre de la Cisjordanie et saperait toute possibilité de souveraineté palestinienne.

Pourtant, les agriculteur.trices continuent de revenir.

« Les forêts d’Umm al-Tout et les collines de Tal al-Tarsala continueront de témoigner de cette lutte de volonté », explique Jaradat. « Elles attendent le jour où les randonneurs reviendront, sans crainte d’une balle de sniper ou d’une pierre de colon. Ensuite, les caroubiers et les chênes reviendront à leurs gardiens légitimes. »



Traduction : LG pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss

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