« Vivants ou morts ? » : les familles de Gaza dans l’incertitude totale quant au sort de leurs proches

Les organisations de défense des droits humains dénoncent « l’exécution lente » dans les prisons israéliennes, alors que les familles palestiniennes reçoivent des informations contradictoires et que le CICR reste dans l’impossibilité de rendre visite aux détenus.

Par Mohammad Mansour, le 13 janvier 2026

Cette photo a été prise à l’hiver 2023 dans le centre de détention de Sde Teiman et diffusée par Breaking the Silence, un groupe de lanceurs d’alerte composé d’anciens soldats israéliens.



Pour des milliers de familles palestiniennes à Gaza, la guerre génocidaire menée par Israël ne se traduit pas seulement par d’énormes pertes humaines, une destruction totale et des bombardements incessants, mais aussi par le silence angoissant de leurs proches disparus, engloutis par le système carcéral israélien.

« Nous ne savons pas s’il est détenu ou s’il est mort en martyr », confie à Al Jazeera la femme d’Abdul Rahman, jeune homme disparu en janvier. « Nous avons rempli de nombreux formulaires… mais il reste encore de l’espoir. »

Cette incertitude psychologique s’est illustrée cette semaine avec le cas de Hamza Adwan, un détenu de 67 ans dont la famille a été informée du décès dimanche, quatre mois après sa mort en détention, le 9 septembre 2025.

Adwan, père de neuf enfants qui avait déjà perdu deux fils avant la guerre, avait été arrêté à un poste de contrôle le 12 novembre 2024. Selon sa famille, il a été détenu malgré de graves problèmes de santé, notamment une maladie cardiaque qui nécessitait des soins médicaux constants.

La notification tardive de son décès n’est pas un incident isolé. Elle reflète une politique systématique de « disparition forcée », créant un vide total d’informations que la Commission des affaires des détenus et la Société palestinienne des prisonniers décrivent comme faisant partie intégrante de la « guerre génocidaire » en cours.

Un système d’incertitude

Dans les témoignages recueillis par Al Jazeera, les familles ont décrit une réalité chaotique où les informations officielles sont souvent rares ou contradictoires.

Le père d’Amro, un jeune homme arrêté en décembre 2024, vit dans un état d’incertitude cruel. Les autorités lui ont d’abord dit que son fils était mort en détention le 13 décembre. Cependant, des prisonniers libérés ont ensuite rapporté avoir vu Amro vivant après cette date.

« Nous vivons dans l’espoir qu’il soit vivant et en bonne santé », a déclaré le père, malgré la crainte que son fils ait été soumis à « des tortures inimaginables ».

« Légaliser » l’exécution

Les groupes de défense des droits humains ont accusé Israël de mener une politique d’« exécution lente » par la famine, la négligence médicale et la torture, visant à faire de cette période « la phase la plus meurtrière de l’histoire du mouvement des prisonniers palestiniens ».

Ils ont averti que cette augmentation du nombre de décès coïncide avec les efforts politiques israéliens visant à adopter une loi approuvant l’exécution des prisonniers palestiniens.

Selon ces organisations, cette mesure vise à « légaliser » les exécutions extrajudiciaires et à les transformer d’actions illégales en une « politique légitime et codifiée ».

Cette initiative législative vise une population dont la grande majorité est détenue sans inculpation ni procès.

En chiffres

La Commission et la Prisoner’s Society ont publié de nouvelles statistiques alarmantes illustrant l’ampleur de la répression. En janvier 2026, le nombre total de Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes dépasse les 9 300.

La plupart se trouvent dans une situation juridique incertaine, notamment :

  • 3 385 détenus administratifs, détenus indéfiniment sur la base de preuves secrètes sans procès.
  • 1 237 détenus classés comme « combattants illégaux », une désignation utilisée par Israël pour détenir des Palestiniens de Gaza sans leur accorder le statut de prisonniers de guerre ni de droits légaux.

Avec la confirmation du décès d’Adwan, le nombre de prisonniers dont la mort en détention est connue depuis le début de la guerre s’élève désormais à 87, dont 51 originaires de Gaza.

Le CICR se voit refuser l’accès

La paralysie des observateurs internationaux aggrave la détresse des familles. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a confirmé à Al Jazeera qu’il lui était toujours totalement interdit de rendre visite aux détenus palestiniens.

« Le CICR n’a pas pu accéder aux détenus incarcérés dans les centres de détention israéliens depuis octobre 2023 », a déclaré Amani Al Naouq, porte-parole du CICR à Gaza, à Al Jazeera.

« Nous recevons constamment des demandes de renseignements de la part de familles inquiètes pour la santé et la sécurité de leurs proches », a-t-elle ajouté.

Les médecins pris pour cible

La répression n’a pas épargné ceux qui sauvent des vies. Lundi, le personnel médical de Gaza a organisé une manifestation pour demander la libération de 30 médecins et ambulanciers détenus rien qu’à l’hôpital Kamal Adwan.

Les manifestants brandissaient des banderoles et des photos de dizaines de collègues détenus, notamment le Dr Hussam Abu Safia, directeur de l’hôpital, arrêté alors qu’il soignait des patients.

« Ces héros […] ont été arrêtés en dehors du cadre du droit international humanitaire », a déclaré Fares Afana, directeur des services d’ambulance. « Les témoignages que nous recueillons auprès des personnes libérées dépassent l’entendement humain. »

Un autre représentant médical présent au rassemblement a mis en garde contre les risques mortels auxquels sont exposés les détenus, en évoquant le sort du Dr Iyad al-Rantisi, directeur du service de maternité de l’hôpital Kamal Adwan, décédé pendant son interrogatoire.

« Nos collègues ont été victimes d’enlèvements et de tortures… et même d’assassinats dans les centres de détention, comme cela a été le cas pour le Dr al-Rantisi », a déclaré le représentant.



Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut