Les médecins affirment que les décès liés au cancer ont triplé depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza, car Israël empêche les patient.es de partir et limite l’entrée de médicaments de chimiothérapie.
Par Mohammad Mansour et Tareq Abu Azzoum, le 9 janvier 2026

Hani Naim n’attend pas de recevoir un traitement, mais la permission de sauver sa propre vie.
Naim vit avec un cancer depuis six ans et avait obtenu l’autorisation de bénéficier d’un traitement à l’étranger. Mais comme des milliers d’autres, il reste piégé à Gaza, interdit de partir à cause des restrictions israéliennes chaque jour un peu plus strictes.
« Avant je recevais un traitement en Cisjordanie et à Jérusalem », explique Naim à Tareq Abu Azzoum d’Al Jazeera. « Aujourd’hui, je ne peux accéder à aucun traitement. J’ai besoin de radiothérapie, et cela n’existe plus à Gaza. »
Naim est l’un des 11 000 patient.es atteint.es de cancer actuellement bloqué.es dans l’enclave, où le système de santé est complètement anéanti.
Selon les médecins, le nombre de décès liés au cancer a triplé depuis le début de la guerre génocidaire d’octobre 2023 contre Gaza. Sans chimiothérapie, sans radiothérapie, et sans possibilité de partir, un diagnostic de cancer est devenu, pour beaucoup, une condamnation à mort immédiate.
Un « hôpital fantôme »
L’épicentre de cette crise est l’hôpital d’Amitié turco-palestinien. Autrefois le seul établissement fournissant des soins spécialisés en oncologie dans la bande de Gaza, il a maintenant l’air d’une coquille vide.
« Après avoir été transformé en site militaire pendant la guerre, il ressemble maintenant à un hôpital fantôme », explique Abu Azzoum. « Les forces israéliennes l’ont bombardé, laissant les patient.es livré.es à eux-mêmes. »
Avec le bâtiment principal détruit, les médecins ont dû se débrouiller avec des cliniques de fortune sans aucune ressource.
Dans une interview accordée à Al Jazeera Mubasher, Mohammed Abu Nada, le directeur médical du Centre de cancérologie de Gaza, a décrit une situation d’impuissance totale.
« Nous avons tout perdu », déclare Abu Nada. « Nous avons perdu le seul hôpital capable de diagnostiquer et de traiter le cancer… Nous sommes maintenant dans le complexe médical Nasser, mais malheureusement, nous n’avons pas d’équipement pour diagnostiquer la maladie, et nous n’avons pas de chimiothérapie. »
« Des chocolats mais pas de médicaments »
Malgré les récents accords de cessez-le-feu qui étaient censés laisser entre l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, les fournitures médicales essentielles restent bloquées à l’extérieur.
Abu Nada rejette l’affirmation selon laquelle l’aide circulerait librement, notant que, bien que certaines marchandises commerciales aient pu entrer, ce n’est pas le cas des médicaments qui sauvent des vies.
« Ils ont apporté des chocolats, des noix et des chips (…) mais les traitements pour les maladies chroniques, les traitements contre le cancer et les dispositifs de diagnostic ne sont pas du tout entrés « , explique-t-il.
« Ce n’est que de la propagande », ajoute-t-il. « Nous avons lancé un appel à l’Organisation mondiale de la santé (…) pour qu’elle nous fournisse au moins un traitement si nous ne sommes pas autorisé.es à partir. Au lieu de cela, les traitements que nous avions sont épuisés. »
Abu Nada estime que 60 à 70% des protocoles de cancer sont complètement indisponibles. La chimiothérapie nécessite souvent une combinaison bien spécifique de médicaments et lorsqu’un seul composant manque, le traitement entier peut s’avérer inefficace.
Même les soins palliatifs sont défaillants. Les analgésiques – essentiels à la gestion de l’agonie du cancer en phase terminale – sont maintenant rationnés.
« Nous essayons de prioriser », explique Abu Nada. « Celles et ceux qui ont un cancer généralisé en reçoivent certains, et nous n’en donnons aucun à celles et ceux qui ne sont pas en danger immédiat… »
Tuer en silence
Le bilan humain de ces pénuries est énorme. Abu Nada indique que dans la seule région de Khan Younis, deux à trois patient.es atteint.es de cancer meurent chaque jour.
« Le résultat de ces pénuries est que le cancer se propage dans le corps des patient.es comme une traînée de poudre », explique-t-il. « Nous sommes revenu.es 50 ans en arrière dans le traitement du cancer. »
Actuellement, 3 250 patient.es bénéficient de recommandations officielles pour recevoir un traitement à l’étranger, mais ne sont pas en mesure de traverser la frontière à cause de la fermeture du point de passage de Rafah et de l’interdiction israélienne des évacuations médicales.
Pour le personnel médical restant, la charge psychologique est immense.
« Certain.es spécialistes ont quitté Gaza », explique Abu Nada. « Mais même pour celles et ceux qui restent, à quoi sert un.e médecin sans instrument ? »
« Les médecins ne peuvent rien faire d’autre que de s’asseoir et de pleurer à côté des patient.es qui se voient refuser un traitement et à qui on a refusé le transfert. »
Traduction : LG pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera



