La réouverture partielle de Rafah laisse les palestiniens sceptiques

Israël annonce ce matin une prochaine ouverture “partielle” du poste-frontière de Rafah, seule voie d’entrée ou de sortie de la bande de Gaza pour la quasi-totalité des plus de 2 millions de Palestiniens qui y vivent.

Par l’Agence Média Palestine, le 26 janvier 2026



“Il y a beaucoup de questions”, résume ce matin la journaliste Hind Khoudary, à l’antenne d’Al Jazeera depuis Gaza.

Jeudi dernier, le chef du comité palestinien de transition soutenu par les États-Unis pour administrer temporairement Gaza, Ali Shaath, a déclaré que le passage de Rafah serait ouvert cette semaine.

Hier soir, Israël a déclaré qu’il autoriserait une “réouverture limitée” du passage frontalier de Rafah entre Gaza et l’Égypte une fois terminée l’opération visant à localiser le corps du dernier otage israélien encore détenu dans le territoire palestinien, Ran Gvili.

Le Hamas, de son côté, affirme avoir vérifié toutes les informations dont il dispose et communiqué “en toute transparence” l’emplacement de la dépouille du soldat israélien et avoir “rempli toutes ses obligations conformément à l’accord de cessez-le-feu”, ajoutant être “pleinement déterminé à clore définitivement ce dossier et n’avoir aucun intérêt à tergiverser”.

L’armée israélienne procède actuellement à des fouilles dans un cimetière au nord de Gaza, près de la ligne jaune délimitant les zones contrôlées par Israël, tandis qu’un responsable militaire israélien a déclaré disposer de plusieurs pistes concernant l’emplacement possible de Ran Gvili.

L’ouverture du point de passage semble donc imminente, mais ses conditions sont toujours incertaines, et laissent les palestinien-nes plus que sceptiques. 

Une ouverture limitée…

Si le gouvernement israélien présente l’ouverture du passage de Rafah comme une concession faite à l’administration Trump, l’accord de cessez-le-feu à Gaza stipulait que le passage devait être ouvert et cela n’était pas lié au retour de tous les prisonniers. Cette soi-disant concession vise surtout à imposer des limitations impossibles aux Palestinien-nes.

“Nous savons que Rafah est sous contrôle israélien, ce qui inquiète beaucoup de Palestinien-nes. Et comment les Palestinien-nes vont-ils.elles pouvoir atteindre le point de passage de Rafah, sachant qu’il se trouve dans la ‘ligne jaune’ sous contrôle total de l’armée israélienne ?” demande Hind Khoudary.

Si le plan de Trump prévoit une réouverture totale du point de passage, Israël a d’ores et déjà déclaré que la réouverture ne serait que “limitée”, et uniquement possible à pied et “sous réserve d’un mécanisme d’inspection complet par Israël”.

Selon les premières informations, les sorties par le passage de Rafah ne feraient pas l’objet d’inspections de sécurité directes par Israël, mais seraient surveillées par une mission de l’Union européenne et des responsables palestinien-nes.

Les inspecteurs “opéreront au nom de l’Autorité palestinienne”, tandis que “la supervision israélienne du processus de sortie se limitera à une surveillance à distance”, a déclaré la radio de l’armée israélienne.

Toutefois, cette même source précise que “les personnes entrant dans la bande de Gaza seront ensuite transférées par un couloir spécial établi dans une zone sous contrôle israélien, où elles seront soumises à une inspection par les agences de sécurité israéliennes afin d’empêcher la contrebande de moyens interdits ou l’entrée de personnes non autorisées.” Un dispositif qui ne garantit donc pas le libre passage des Palestinien-nes qui le souhaitent ni leur droit au retour.

Par ailleurs, l’ouverture réservée aux piétons ne prévoit donc pas l’entrée massive et urgemment nécessaire d’aide humanitaire, prévue par l’accord Trump et continuellement entravée par Israël.

… Qui pourrait préparer un déplacement massif

De nombreux analystes dénoncent depuis des semaines les conditions posées par Israël à l’ouverture de Rafah, conditions qui contreviennent à ses engagements et laissent craindre une volonté de déplacement massif de la population de Gaza.

L’agence Reuters rapportait la semaine dernière qu’Israël prévoyait de limiter le nombre de Palestinien-nes entrant à Gaza par le point de passage de Rafah, afin de garantir que davantage de personnes soient autorisées à quitter le territoire qu’à y entrer. Trois sources informées du dossier ont indiqué que cette politique vise à contrôler les mouvements de population une fois le point de passage rouvert.

“Il y a un nombre considérable de Palestinien-nes en Égypte qui sont bloqué-es là-bas depuis deux ans, dans l’incertitude, en raison du génocide perpétré par Israël. Beaucoup d’entre elles et eux veulent revenir, ou certains veulent revenir, peut-être pour aider à la reconstruction ou pour voir leurs familles. Mais ce qu’Israël veut, c’est que le plus grand nombre possible de Palestinien-nes partent et ne reviennent pas”, expliqque Anthony Lowenstein, auteur de The Palestine Laboratory. “Je crains que si ce passage est rouvert et qu’il n’est surveillé que par Israël, ce soit là l’objectif à long terme.”

Dans une déclaration conjointe parue vendredi, les ministres des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, d’Égypte, de Jordanie, des Émirats arabes unis, d’Indonésie, du Pakistan, de Turquie et du Qatar ont exprimé vendredi une profonde inquiétude face aux déclarations israéliennes concernant l’ouverture du passage de Rafah dans un seul sens, estimant que cette mesure pourrait faciliter le déplacement des Palestiniens de la bande de Gaza vers l’Égypte.

La déclaration appelle à une ouverture complète, dans les deux sens et sans coercition, et à l’application totale du plan de Trump. Elle ajoute que des conditions de vie permettant aux Palestinien-nes de rester sur leurs terres doivent être garanties.

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