Des agriculteurs de Gaza risquent les balles israéliennes pour redonner vie à leurs champs

Les agriculteurs de Gaza font face à des risques alors que les zones tampons israéliennes s’étendent sur leurs terres agricoles sous un contrôle militaire strict.

Mohammed al-Slakhy avec son fils Ahmed et sa fille Marah. Mohammed tente de se relancer dans l’agriculture à Gaza photographe : Abdallah al-Naami

Par Abdallah Al-Naami, le 21 février 2026

Bande de Gaza – Dès le début du « cessez-le-feu » à Gaza en octobre, le fermier palestinien Mohammed al-Slakhy et sa famille se sont dirigés directement vers leurs fermes dans le quartier de Zeitoun à Gaza City.

Après plus de deux ans de guerre génocidaire d’Israël contre Gaza — et malgré les attaques israéliennes continues — il était enfin suffisamment sûr de revenir, et de tenter de reconstruire et de restaurer.

Mohammed et sa famille ont passé des mois à déblayer les décombres du sol et les vestiges de leurs serres, rasées pendant les combats, comme beaucoup de bâtiments à Gaza.

Avec des ressources très limitées, ils ont préparé le sol et planté la première culture de courgettes, espérant qu’elle serait prête à être récoltée au début du printemps.

Mais même cette tentative limitée de redonner vie à la terre familiale n’est pas sans risque. Comme Mohammed l’explique, chaque fois qu’il va s’occuper de son champ, il risque sa vie. À quelques centaines de mètres se trouvent des chars israéliens, et le sifflement des balles est chose courante.

Avant la guerre, la ferme de Mohammed produisait de grandes quantités de légumes.

« J’ai appris l’agriculture auprès de mon père et de mon grand-père », a-t-il déclaré à Al Jazeera. « Notre ferme produisait des récoltes abondantes et de haute qualité pour le marché local et pour l’exportation vers la Cisjordanie [occupée] et à l’étranger. Maintenant, tout ce que nous avions a été détruit pendant la guerre. »

Rasé jusqu’au sol

Plus de trois hectares de serres de Mohammed ont été rasés jusqu’au sol. La destruction comprenait également l’intégralité de son réseau d’irrigation, ses neuf puits, deux systèmes d’énergie solaire et deux usines de dessalement. Les pertes de Mohammed reflètent l’étendue des dommages subis par le secteur agricole à Gaza. Selon un rapport de juillet 2025 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 80 % des terres cultivables ont été endommagées, et moins de 5 % restaient disponibles pour la culture.

Et même avec le « cessez-le-feu », les pertes n’ont pas cessé pour les agriculteurs de Gaza, alors qu’Israël étend une soi-disant zone tampon dans laquelle ses forces sont stationnées.

En fait, de nombreux Palestinien.nes craignent que les terres agricoles de Gaza ne soient confisquées de force par Israël si la zone tampon devient permanente. Les plans publiés dans le cadre du projet « Riviera de la paix » du président américain Donald Trump pour Gaza montrent de nombreuses zones agricoles effacées.

Expansion des zones tampons

Israël contrôle encore environ 58 % de la bande de Gaza, qualifiant cela de zone tampon de sécurité à l’est, au nord et au sud de la bande de Gaza. La majorité de cette zone tampon est constituée de terres agricoles palestiniennes.

Mohammed n’a pu retourner que sur un hectare des plus de 22 hectares de terres agricoles que sa famille cultivait à Gaza City avant la guerre. Les 21 autres hectares se trouvent dans la zone tampon israélienne, et il ne peut pas y accéder.

Cet unique hectare se trouve à seulement environ 200 mètres de la « ligne jaune », qui marque la frontière entre la zone tampon et le reste de Gaza. Mohammed dit que des chars israéliens s’approchent fréquemment et tirent de manière aléatoire.

Un tel incident s’est produit le 12 février, lorsque des chars israéliens ont avancé sur la rue Salah al-Din et ont ouvert le feu. Deux Palestinien.nes ont été tué·es et au moins quatre autres ont été signalé.es blessé.es. Mohammed se trouvait dans ses terres agricoles, à proximité des chars israéliens.

« Nous travaillions dans le champ quand soudain un char s’est approché et a ouvert le feu dans notre direction. J’ai dû me mettre à couvert derrière un bâtiment détruit et j’y ai attendu plus d’une heure et demie avant de pouvoir m’échapper vers l’ouest », a déclaré Mohammed.

Les dangers auxquels fait face la ferme de Mohammed se retrouvent au centre de Gaza, où Eid al-Taaban, âgé de 75 ans, est de plus en plus inquiet.

Sa terre à Deir el-Balah se trouve à seulement environ 300 mètres de la ligne jaune et des zones de contrôle israéliennes.

« Nous avons planté des aubergines en plein champ après le cessez-le-feu. Maintenant, nous ne pouvons pas y accéder et récolter la culture à cause de l’expansion de la zone tampon », a déclaré Eid à Al Jazeera.

« Les sons des mitrailleuses lourdes israéliennes se font entendre chaque jour dans notre région. Chaque fois que mes fils vont irriguer les cultures dans les serres, je prie simplement pour qu’ils reviennent vivants », a-t-il ajouté.

Le 6 février, l’agence de presse palestinienne Wafa a rapporté que l’armée israélienne avait tué le fermier palestinien Khaled Baraka alors qu’il travaillait sur sa terre dans l’est de Deir el-Balah. Khaled était le voisin et l’ami d’Eid.

« Khaled Baraka était un grand agriculteur », a dit Eid. « Il a consacré sa vie à cultiver sa terre et à enseigner l’agriculture à ses fils et ses filles. »

Le blocus israélien

Selon les agriculteur.rices palestinien.nes, le blocus israélien de Gaza est l’un des plus grands défis auxquels ils font face dans leurs efforts pour reconquérir les terres agricoles.

Depuis le 7 octobre 2023, Israël a largement empêché l’entrée de tout équipement ou fourniture agricole, comme les semences, les pesticides, les engrais, les réseaux d’irrigation ou les tracteurs.

Cela a entraîné une pénurie considérable, et ce qui est disponible risque d’être endommagé par les bombardements, ou dans le cas des semences, des pesticides et des engrais, d’atteindre leur date de péremption. Les prix de ce peu qui est disponible ont également grimpé en flèche en raison des restrictions israéliennes.

Et même lorsque les matériaux peuvent être obtenus, ils ne garantissent pas un retour sur investissement.

Eid a dit qu’il avait planté des tomates dans ses serres pour les récolter au printemps, payant une somme exorbitante pour acquérir les semences, les engrais et les pesticides.

Après 90 jours de soins coûteux pour les plants, et au moment de commencer la récolte, la culture entière a été ruinée parce que les pesticides et les engrais qu’il avait achetés s’étaient avérés inefficaces. Il a été contraint de replanter la culture.

Difficultés sur le marché

Eid a noté que les conditions économiques actuelles à Gaza font qu’il est difficile de trouver des clients pour les produits.

« Même quand nous parvenons à garder les plants en vie et à récolter la culture, nous ne savons pas si nous pourrons la vendre », a dit Eid.

L’instabilité du marché à Gaza cause de lourdes pertes pour les agriculteurs locaux.

Waleed Miqdad, grossiste en produits agricoles, a expliqué que les autorités israéliennes ferment parfois les passages et, à d’autres moments, inondent le marché de diverses marchandises, causant des pertes significatives pour les agriculteur.rices palestinien·nes.

Il a ajouté que les marchandises israéliennes sont généralement de moindre qualité et proposées à des prix moins élevés.

« Nos produits locaux, bien que bien moins nombreux qu’avant la guerre, ont encore une qualité et un goût distinctifs. Beaucoup de nos clients préfèrent les produits locaux », a déclaré Waleed à Al Jazeera.

Mais de nombreux habitant·es de Gaza, dont l’économie a été dévastée par la guerre, n’ont pas les moyens de choisir les articles plus chers.

La concurrence des produits israéliens rend donc difficile pour les agriculteur.rices palestinien.nes de commercialiser leurs produits et de réaliser des bénéfices.

« J’ai récemment été contraint de vendre de grandes quantités de mes produits à un prix inférieur au coût de production à cause de la concurrence des marchandises importées largement disponibles sur le marché », a déclaré Mohammed, l’agriculteur du nord de Gaza. « Je devais vendre à perte ou regarder mes produits pourrir. Et bien sûr, nous n’avons reçu aucune compensation ni aucun soutien. »

Malgré les défis auxquels font face les agriculteurs de Gaza, ils restent déterminés à reconquérir les champs agricoles à travers la bande de Gaza. Ces zones ont toujours été chères aux Palestinien.nes de Gaza, dont la plupart vivaient dans les villes bâties. Les fermes offraient un répit face au contrôle d’Israël sur le territoire et à ses guerres constantes.

« L’agriculture est notre vie et notre moyen de subsistance », a déclaré Mohammed. « C’est une partie importante de notre identité palestinienne. Malgré la destruction et le danger, nous resterons fermes sur notre terre et nous plasmons toutes les terres que nous pouvons atteindre. Nos enfants continueront après nous. »

Pour Eid, l’agriculture est la continuation du travail de ses ancêtres — dans des villes qui se trouvent aujourd’hui en Israël, et où il ne pourra jamais mettre les pieds.

J’ai 75 ans, et je travaille encore dans les champs chaque jour », a dit Eid. « Mon grand-père était agriculteur dans notre ville natale de Beersheba avant la Nakba de 1948. »

« Il a enseigné à mon père, mon père m’a enseigné, et aujourd’hui je transmets mon expertise agricole à mes petits-enfants », a ajouté Eid. « L’amour de la terre et de l’agriculture se transmet de génération en génération dans notre famille, et on ne pourra jamais nous l’enlever. »

Traduction pour l’Agence Média Palestine : L.D

source : Al jazeera

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