« La solidarité censurée » : un nouveau rapport d’7amleh pointe du doigt les pays européens

L’organisation 7amleh publie un nouveau rapport qui met en lumière la censure appliquée en Europe aux contenus numériques exprimant un soutien au peuple palestinien.

Par l’Agence Média Palestine, le 15 septembre 2026



Le Centre arabe pour la promotion des médias sociaux 7amleh a publié hier, lundi 14 septembre, un nouveau rapport intitulé « Solidarité censurée : analyse de la répression numérique du soutien à la cause palestinienne en Europe ». 

Ce rapport examine comment l’expression en faveur de la cause palestinienne est restreinte en ligne à travers l’Europe, et comment les plateformes, les cadres juridiques nationaux et les pressions exercées par les États pèsent sur la liberté d’expression et l’accès à l’information.

Le rapport démontre que la censure des contenus liés à la Palestine ne peut être imputée aux seules plateformes de réseaux sociaux, mais résulte bien de la concordance entre les politiques des plateformes, la législation nationale, les pressions réglementaires, les dynamiques politiques et les demandes des gouvernements, créant un effet dissuasif qui tend à conduire les utilisateur·ices à s’autocensurer ou à se retirer du débat public.

Une censure qui porte atteinte au débat démocratique

Depuis le début du génocide à Gaza, la censure en ligne s’est considérablement intensifiée. Une nouvelle vague de répression numérique a été largement dénoncée par la société civile et les utilisateur·ices concerné·es à travers le monde. Selon le suivi continu mené par 7amleh via l’Observatoire palestinien des violations des droits numériques (7or), plus de 1 350 cas de censure en ligne ont été enregistrés entre le 7 octobre 2023 et le 1er juillet 2024 sur les principales plateformes de réseaux sociaux.  

Human Rights Watch a également signalé plus de 1 050 cas de suppression ou de censure de contenus sur les seules plateformes de Meta, en l’espace d’un mois seulement, touchant des Palestinien·nes et leurs sympathisant·es dans plus de 60 pays. D’autres rapports ont mis en évidence des pratiques de censure qui s’étendent au-delà de Meta, notamment sur LinkedIn et X.

Alors qu’on apprenait la semaine dernière le retrait de la plateforme france.tv d’une l’émission dans laquelle l’actrice Adèle Haenel avait dénoncé le génocide commit par Israël à Gaza et la complicité française, la parution de ce rapport apporte un écho d’actualité.

Centré sur la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, il examine la censure en ligne entre le 7 octobre 2023 et le 31 décembre 2025, utilisant une approche mixte combinant analyse juridique, études de cas, données d’enquête, entretiens et témoignages d’utilisateur·ices concerné·es, d’organisations de la société civile, d’expert·es juridiques et de professionnel·les du secteur des technologies.

Les données recueillies par 7amleh montrent que cette censure a non seulement ciblé les voix palestiniennes en ligne, mais a également limité l’accès à l’information pour un public plus large cherchant à comprendre la cause palestinienne ou à exprimer sa solidarité avec celle-ci. Une telle censure porte atteinte au débat démocratique et au droit de chacun·e, partout dans le monde, d’accéder à des points de vue diversifiés sur un sujet d’intérêt général. 

Selon Deborah Brown, directrice adjointe chargée de la technologie, des droits et des enquêtes chez Human Rights Watch, il s’agit d’un « problème de liberté d’expression en Europe, et cela se produit alors qu’Israël commet des crimes contre l’humanité et des actes de génocide tout en réduisant au silence ceux qui s’expriment… Il est important de documenter les violations des droits de l’homme et les exactions afin de conserver des preuves en vue d’une justice future. »

Une censure multifactorielle

Le rapport met en évidence le rôle de la modération automatisée des contenus, et le manque de transparence. Des pratiques telles que le « shadow banning » se produisent sans notification des utilisateurs, tandis que les mécanismes prévus par la loi sur les services numériques (DSA) n’offrent toujours qu’un aperçu limité de la censure liée à la Palestine et des demandes de retrait émanant des gouvernements. 

« La répression des expressions pro-palestiniennes à travers l’Europe s’inscrit dans une tendance plus large où les politiques des plateformes, les pressions étatiques et les cadres juridiques se combinent pour restreindre la liberté d’expression légitime et l’accès à l’information. Les gouvernements, les institutions et les entreprises technologiques européens doivent redoubler d’efforts pour protéger la liberté d’expression et veiller à ce que la défense des droits des Palestiniens ne soit pas réduite au silence de manière disproportionnée », explique Nadim Nashif, directeur exécutif de 7amleh.

En outre, si les plateformes jouent un rôle central dans la modération et la restriction des contenus, elles n’agissent pas pour autant de manière isolée. De plus en plus, la suppression des contenus en ligne liés à la Palestine semble résulter d’une interaction complexe entre la gouvernance des plateformes, les cadres juridiques et l’autorité de l’État, souligne 7amleh. 

« Les systèmes de modération des plateformes sont profondément influencés par la législation nationale, les pressions réglementaires, les dynamiques politiques et les demandes des autorités locales. Les mesures prises par l’État, telles que les arrestations, les expulsions et les poursuites judiciaires fondées sur des publications sur les réseaux sociaux, sont susceptibles de créer un effet dissuasif, attisant la peur parmi les utilisateurs, qui sont alors plus enclins à s’autocensurer ou à se retirer du débat public pour éviter des conséquences négatives, dans la mesure où ils pourraient s’exposer à des risques personnels ou professionnels accrus. » 

Conjuguées, ces dynamiques peuvent entraîner un rétrécissement des espaces propices à des discussions constructives, à la dissidence et à la documentation, alertent les auteur·ices du rapport. « Cela menace non seulement la liberté d’expression, mais limite également la capacité à défendre la justice, à préserver la mémoire collective et à contrecarrer les discours dominants. Ces effets sont particulièrement marqués pour les communautés palestiniennes, dont les voix sont déjà marginalisées dans le discours politique et médiatique dominant, et qui comptent de plus en plus sur les plateformes numériques pour partager leurs expériences vécues, remettre en cause le pouvoir et mobiliser un soutien au-delà des frontières. » 

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