par William EARL le 17 février 2026

Plus de 80 participant·es aux éditions passées et actuelle de la Berlinale ont signé une lettre ouverte adressée à l’organisation du festival, dénonçant ce qu’ils qualifient de « silence » de sa part autour du conflit à Gaza, ainsi que la « censure » subie par les artistes qui se sont exprimés sur le sujet.
Les acteurs Tilda Swinton, Javier Bardem, Angeliki Papoulia, Saleh Bakri, Tatiana Maslany, Peter Mullan et Tobias Menzies, ainsi que les réalisateurs Mike Leigh, Lukas Dhont, Nan Goldin, Miguel Gomes, Adam McKay et Avi Mograbi figurent parmi les signataires de la lettre, dans laquelle ils et elles déclarent « attendre des institutions de notre industrie qu’elles refusent toute complicité dans les terribles violences qui continuent d’être infligées aux Palestiniens ».
La publication de cette lettre intervient au milieu de l’édition 2026 de la Berlinale, qui a vu les questions politiques devenir un thème central, notamment à la suite des propos du président du jury, Wim Wenders, lors de la conférence de presse d’ouverture. Interrogé sur Gaza et sur le soutien que le gouvernement allemand, financeur majoritaire du festival, a apporté à Israël, il a déclaré que « nous devrions rester en dehors de la politique » et a affirmé que le cinéma était « l’opposé de la politique ».
Le tollé qui s’en est suivi a poussé la directrice du festival, Tricia Tuttle, à publier un communiqué dans lequel elle a déclaré : « Les artistes n’ont pas à prendre part à tous les débats concernant les pratiques passées ou actuelles d’un festival sur lesquelles ils n’ont aucun contrôle. »
Dans la lettre ouverte, les signataires font part de leur « profond désaccord » avec la vision de Wim Wenders sur le cinéma et la politique. « On ne peut pas séparer l’un de l’autre », écrivent-ils, ajoutant que « le vent est en train de tourner dans le monde international du cinéma ».
Ils et elles mentionnent notamment le refus de plus de 5 000 professionnel·les du secteur, parmi lesquels plusieurs grands noms de Hollywood, de travailler avec des « sociétés et institutions cinématographiques israéliennes complices ».
La lettre souligne que la Berlinale a déjà pris par le passé des « positions claires » concernant les « atrocités » commises contre la population en Iran et en Ukraine.
« Nous appelons la Berlinale à remplir son devoir moral et à déclarer clairement son opposition au génocide d’Israël, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre commis contre les Palestiniens, et à cesser complètement toute implication visant à protéger Israël des critiques et des appels à rendre des comptes », conclut-elle.
Voici le texte intégral de la lettre ainsi que la liste des signataires.
Lettre ouverte à la Berlinale — 17 février 2026
“ En tant que professionnels du cinéma, anciens et actuels participants à la Berlinale, nous attendons des institutions de notre industrie qu’elles refusent toute complicité dans les terribles violences qui continuent d’être infligées aux Palestiniens. Nous sommes consternés par l’implication de la Berlinale dans la censure d’artistes qui s’opposent au génocide en cours perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza, ainsi que par le rôle clé joué par l’État allemand dans le soutien apporté à celui-ci. Comme l’a déclaré le Palestine Film Institute, le festival a « surveillé certains cinéastes tout en maintenant son engagement à collaborer avec la police fédérale dans le cadre de ses enquêtes ».
L’an dernier, les cinéastes qui se sont exprimés en faveur de la vie et de la liberté des Palestiniens depuis la scène de la Berlinale ont rapporté avoir été sévèrement réprimandés par des responsables en charge de la programmation du festival. Il a été signalé qu’un cinéaste avait fait l’objet d’une enquête policière, et la direction de la Berlinale a laissé entendre à tort que le discours émouvant de ce dernier, fondé sur le droit international et la solidarité, était « discriminatoire ». Comme l’a confié un autre cinéaste à Film Workers for Palestine à propos de l’édition précédente : « Nous étions en butte à un sentiment de paranoïa , celui de ne pas être protégé et d’être persécuté, que je n’avais jamais ressenti auparavant dans un festival de cinéma. »
Nous nous tenons aux côtés de nos collègues pour rejeter cette répression institutionnelle et ce racisme anti-palestinien.
Nous sommes en profond désaccord avec la déclaration faite par le président du jury de la Berlinale 2026, Wim Wenders, selon laquelle le cinéma serait « l’opposé de la politique ». On ne peut pas séparer l’un de l’autre.
Nous sommes profondément préoccupés par le fait que la Berlinale, financée par l’État allemand, contribue à mettre en œuvre ce qu’Irene Khan, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la liberté d’expression et d’opinion, a récemment dénoncé comme un usage abusif par l’Allemagne d’une législation draconienne « pour restreindre la défense des droits des Palestiniens, dissuader la participation du public et réduire l’espace de débat dans le monde universitaire et artistique ».
Nous assistons ici, ainsi que Ai Weiwei le remarquait récemment en réponse à son interlocuteur qui suggérait qu’« il s’agit du même élan fasciste, simplement dirigé vers une autre cible » au fait que l’Allemagne « reproduit ce qu’elle faisait dans les années 1930 ».
Tout ceci intervient alors que nous découvrons de nouveaux détails terrifiants sur « l’évaporation » de 2 842 Palestiniens par les forces israéliennes au moyen d’armes thermiques et thermobariques de fabrication américaine, interdites au niveau international. Malgré les nombreuses preuves attestant d’une intention génocidaire d’Israël, de crimes systématiques atroces et de nettoyage ethnique, l’Allemagne continue de fournir à Israël des armes utilisées pour exterminer les Palestiniens à Gaza.
Mais le vent est en train de tourner dans le monde international du cinéma. De nombreux festivals internationaux soutiennent le boycott culturel d’Israël en tant qu’État d’apartheid ; parmi eux, le plus grand au monde, l’International Documentary Festival Amsterdam, ainsi que le BlackStar Film Festival aux États-Unis et le Film Fest Gent, le plus important festival de Belgique. Plus de 5 000 professionnels du cinéma, dont des figures majeures de Hollywood et de la scène internationale, ont également annoncé leur refus de travailler avec des sociétés et institutions cinématographiques israéliennes jugées complices.
Pour autant, à ce jour, la Berlinale n’a pas répondu aux attentes de sa communauté, qui demande la publication d’une déclaration affirmant le droit des Palestiniens à la vie, à la dignité et à la liberté ; condamnant le génocide en cours perpétré par Israël contre les Palestiniens ; et s’engageant à défendre le droit des artistes à s’exprimer librement en faveur des droits humains des Palestiniens. C’est le moins qu’elle puisse — et qu’elle doive — faire.
Comme l’a déclaré le Palestine Film Institute, « nous sommes consternés par le silence institutionnel de la Berlinale face au génocide des Palestiniens, ainsi que par son refus de défendre les libertés de parole et d’expression des cinéastes ». Le festival a pris par le passé des positions claires concernant les atrocités commises contre des populations en Iran et en Ukraine ; de la même façon, nous appelons la Berlinale à remplir son devoir moral et à déclarer clairement son opposition au génocide d’Israël, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre commis contre les Palestiniens, et à cesser complètement toute implication visant à protéger Israël des critiques et des appels à rendre des comptes.”
Lettre ouverte signée par :
Signed by
- Adam McKay
- Adèle Haenel
- Alan O’Gorman
- Alexandra Juhasz
- Alexandre Koberidze
- Alia Shawkat
- Alison Oliver
- Alkis Papastathopoulos
- Ana Naomi de Sousa
- Angeliki Papoulia
- Antigoni Rota
- Ariane Labed
- Artemis Anastasiadou
- Ashley McKenzie
- Avi Mograbi
- Bahija Essoussi
- Ben Russell
- Bingham Bryant
- Blake Williams
- Blanche Gardin
- Brett Story
- Brian Cox
- Camilo Restrepo
- Carice Van Houten
- Charlie Shackleton
- Cherien Dabis
- Christopher Young
- Dali Benssalah
- David Osit
- Deragh Campbell
- Dustin Defa
- Eleni Alexandrakis
- Elhum Shakerifar
- Emilie Deleuze
- Eyal Sivan
- Fernando Meirelles
- Fil Ieropoulos
- Geoff Arbourne
- Hany Abu Assad
- Hind Meddeb
- James Benning
- Javier Bardem
- John Greyson
- Jon Jost
- Khalid Abdalla
- Leah Borromeo
- Lukas Dhont
- Mahdi Fleifel
- Mai Masri
- Malika Zouhali-Worrall
- Manuel Embalse
- Marina Gioti
- Marion Schmidt
- Merawi Gerima
- Miguel Gomes
- Mike Leigh
- Miranda Pennell
- Namir Abdel Messeeh
- Nan Goldin
- Narimane Mari
- Nina Menkes
- Pascale Ramonda
- Patricia Mazuy
- Paul Laverty
- Pedro Pimenta
- Peter Mullan
- Phaedra Vokali
- Robert Greene
- Saeed Taji Farouky
- Saleh Bakri
- Samaher Alqadi
- Sarah Friedland
- Sepideh Farsi
- Shirin Neshat
- Smaro Papaevangelou
- Sofia Georgovassili
- Tatiana Maslany
- Thodoris Dimitropoulos
- Tilda Swinton
- Tobias Menzies
- Tyler Taormina
Traduction pour l’Agence Média Palestine : C.B
Source : VARIETY



