Le ramadan à Gaza : le coût de l’iftar a doublé, alors que la guerre génocidaire a dévasté l’économie

Une analyse d’Al Jazeera montre que le coût des repas de base a presque doublé après deux ans de guerre génocidaire menée par Israël.

Par l’équipe d’Al Jazeera, le 23 février 2026

Repas de l’iftar au nord de la bande de Gaza, 20 février 2026
Photographe : Yousef Zaanoun



Après deux ans d’une guerre dévastatrice, les Palestiniens de la bande de Gaza entament le mois sacré du ramadan dans un contexte économique catastrophique, Israël continuant d’imposer des restrictions sur l’entrée de denrées alimentaires et d’autres fournitures malgré le « cessez-le-feu » conclu en octobre.

Pour la plupart des familles, la lutte quotidienne pour obtenir un simple morceau de pain a remplacé l’atmosphère festive traditionnelle qui régnait avant la guerre. Une analyse réalisée par Al Jazeera, sur la base de données officielles, révèle que la flambée des prix des produits de base a fait d’un repas complet d’iftar, marquant la fin du jeûne quotidien, un rêve inaccessible pour la grande majorité de la population.

Une flambée des coûts

Pendant les périodes de renforcement du siège israélien ou de fermeture totale des points de passage vers Gaza, les prix des denrées alimentaires ont grimpé de plus de 700 %. Bien qu’ils aient légèrement baissé depuis le début du « cessez-le-feu » en octobre, ils restent nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant-guerre.

Selon Mohammed Barbakh, directeur général de la politique et de la planification au ministère de l’Économie à Gaza, les données officielles qui suivent l’évolution des prix depuis le début de la guerre, le 7 octobre 2023, jusqu’aux premiers jours de ce ramadan, montrent des augmentations stupéfiantes.

L’analyse par Al Jazeera des données sur les prix du ministère révèle les hausses suivantes :

  • Poulet : les prix sont passés de 14 shekels (4,49 dollars) à 25 shekels (8,01 dollars) le kilogramme (2,2 livres), soit une augmentation de 80 %.
  • Poisson congelé : les prix ont bondi de 8 shekels (2,56 dollars) à 23 shekels (7,37 dollars) le kilo, soit une augmentation de 190 %.
  • Viande rouge congelée : les prix sont passés de 23 shekels (7,37 dollars) à 40 shekels (12,82 dollars) le kilo, soit une différence de 75 %.
  • Œufs : une boîte de 30 œufs coûte désormais 35 shekels (11,22 dollars) contre 13 shekels (4,17 dollars) auparavant, soit une augmentation de 170 %.

Les légumes, aliment de base du régime alimentaire palestinien, ont également connu une hausse spectaculaire. Le prix des tomates a doublé, tandis que celui des concombres a bondi de 300 %, passant de 3 shekels (0,96 dollar) le kilo à 12 shekels (3,85 dollars). Le prix du fromage a augmenté jusqu’à 110 %, ce qui a eu un impact direct sur le coût du suhoor, le repas pris avant l’aube, avant le début du jeûne quotidien pendant le ramadan.

Visuel : Al Jazeera



Le coût d’un repas

Sur la base des données fournies par le Bureau central palestinien des statistiques, Al Jazeera a estimé le coût d’un iftar basique pour une famille de six personnes. Le repas comprend deux poulets, du riz, une salade, des hors-d’œuvre, une boisson gazeuse, du gaz de cuisine et de l’huile.

Le prix du repas est passé à environ 150 shekels (48 dollars), contre 79 shekels (25,32 dollars) avant la guerre, soit une augmentation de 90 %.

Pour le suhoor, un repas simple composé de fromage, de houmous, de falafels et de pain coûte désormais 31,5 shekels (10,10 dollars), contre 18,6 shekels (5,96 dollars) auparavant.

Le coût quotidien total pour nourrir une famille de taille moyenne s’élève désormais à 181,5 shekels (58,17 dollars), soit une augmentation de 88 % par rapport aux chiffres d’avant-guerre.

Anéantissement économique

Ces hausses de prix coïncident avec un effondrement du pouvoir d’achat. Un rapport des Nations unies publié fin 2025 indiquait que le revenu annuel par habitant à Gaza avait chuté à 161 dollars (503 shekels) en 2024, contre 1 250 dollars (3 900 shekels) en 2022.

Le marché du travail a littéralement disparu. Dans une déclaration publiée en octobre, Sami al-Amsi, président de la Fédération générale des syndicats palestiniens, a déclaré que le taux de chômage s’élevait alors à plus de 95 %, les ateliers, les terres agricoles et les flottes de pêche ayant été détruits.

« Les travailleurs ne cherchent plus d’emploi, car il n’y a plus du tout de travail », a déclaré M. al-Amsi. « Aujourd’hui, les travailleurs palestiniens cherchent des colis alimentaires pour survivre. »

Blocus et monopole

Le chercheur en économie Ahmed Abu Qamar impute l’inflation aux politiques d’entrée restrictives d’Israël et aux « frais de coordination » imposés aux camions.

« Le protocole humanitaire prévoit l’entrée de 600 camions par jour, mais l’occupation israélienne n’en autorise en réalité qu’entre 200 et 250 », a déclaré Abu Qamar à Al Jazeera, soulignant que la bande de Gaza a en réalité besoin de 1 000 camions par jour pour répondre à la demande minimale.

Il met également en avant un système de monopole dans lequel seuls une dizaine de commerçants sont autorisés à importer des marchandises par l’intermédiaire de quatre entreprises israéliennes, ce qui restreint la concurrence et maintient les prix artificiellement élevés. Il appelle à un retour à un système de libre marché et à l’ouverture totale des points de passage afin d’alléger le fardeau d’une population déjà écrasée par le conflit.



Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

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