Rapport Amnesty : “les femmes à Gaza empêchées de vivre et de donner la vie”

Un nouveau rapport d’Amnesty International démontre que les génocide perpétré par Israël à Gaza expose les femmes et les filles à des “préjudices exacerbés”.

Par l’Agence Média Palestine, le 13 mars 2026



“Le génocide perpétré par Israël à Gaza inflige des préjudices exacerbés aux femmes et aux filles”, affirme Amnesty International dans un nouveau rapport.

Alors qu’Israël poursuit sa campagne génocidaire depuis 29 mois, l’ONG dénonce “un acte de guerre délibéré visant les femmes et les filles” par une “érosion systématique de leurs droits à la santé, à la sécurité, à la dignité et à un avenir”.

Pour ce rapport, Amnesty International s’est entretenue avec 41 femmes, toutes déplacées à l’intérieur du pays, dont huit femmes atteintes de cancers, quatre femmes enceintes et 14 femmes ayant accouché après le « cessez-le-feu ». L’organisation s’est également entretenue avec 26 professionnel·les de la santé de six établissements médicaux des municipalités de Gaza et Deir al Balah, ainsi qu’avec quatre membres du personnel d’organisations internationales.

Première ligne du soin

En dehors du système de santé, les femmes sont en première ligne du travail reproductif, prenant davantage en charge le soin quotidien, notamment celui des enfants mais aussi des malades et des blessé-es.

La forte surpopulation dans les abris, le manque d’eau et d’infrastructures d’assainissement ont entraîné des centaines de milliers de cas d’infections respiratoires aiguës, de jaunisse, de diarrhée et d’éruptions cutanées. Les femmes et les jeunes filles courent un risque accru d’exposition en raison du rôle disproportionné qu’elles jouent dans la prise en charge des membres malades de leur famille. 

Dans un rapport paru en septembre 2024, l’organisation UN Women alertait déjà que deux fois plus de femmes que d’hommes avaient contracté des infections cutanées, et les femmes représentaient plus des deux tiers des cas de maladies gastro-intestinales et d’hépatite A.

Les femmes mangent par ailleurs souvent en dernier et le moins possible, se privant pour permettre à leurs enfants de se nourrir, alors que la famine orchestrée par Israël menace tou·tes les gazaoui·es, elles encourent donc un risque accru de malnutrition et d’inanition. 

Ce travail de soin qui leur incombe représente en outre une charge émotionnelle qui peut ajouter de la pression et des sentiments d’anxiété ou de culpabilité. Enfin, l’érosion des systèmes de protection sociale, engendrée par les déplacements forcés et les traumatismes, expose les femmes et les filles à des risques accrus de violence, notamment de violences sexistes et sexuelles (VSS).

“La société à changé”

“Les femmes palestiniennes à Gaza ont souffert et continuent à souffrir du génocide. Elles ont vécu les pires humiliations, subissant les déplacements, obligées de faire la queue pour recevoir à manger, à boire, qui tentent de protéger leur famille malgré des conditions très dures,” explique Rami Jamous, journaliste palestinien à Gaza.

De tout temps, les crises ont renforcé dans les sociétés des répartitions inégalitaires du travail domestique, exacerbant des structures patriarcales et érodant les systèmes d’entraide et de soutien communautaire, faisant peser une charge accrue sur les femmes au sein de leurs familles.

Mais outre la charge reproductive, les femmes de Gaza sont également poussées à travailler hors du foyer pour pallier à la baisse ou disparition des revenus traditionnellement apportés par les hommes.

« Tout a changé, la société a changé, les gens ont changé”, explique Rami Jamous. “Les femmes palestiniennes doivent aider leurs maris et travailler pour survivre. On voit des marchandes ambulantes, on en voit faire des travaux, des petits boulots, pour aider leur famille. Beaucoup ont perdu leurs maris, leurs enfants, mais continuent à travailler pour faire tenir leur famille.”

Premières victimes de l’effondrement du système de santé

Depuis octobre 2023, l’armée israélienne s’est employée à anéantir le système de santé de Gaza, par la destruction totale ou partielle de ses infrastructures, le ciblage de son personnel et le blocage des livraisons de médicaments, de matériel médical et de carburant pour faire fonctionner les générateurs.

Selon l’OMS, 60% des points d’accès aux services de santé sont actuellement hors d’usage, et 46% des médicaments sont hors-service, notamment des médicaments pour le déclenchement et la gestion des contractions, le travail et les hémorragies du post-partum, l’anesthésie et la gestion de la douleur, les infections et les problèmes respiratoires. Le personnel infirmier rapporte être parfois contraint de réutiliser des fournitures médicales à usage unique ou des médicaments anesthésiques périmés.

Dans cette situation sanitaire catastrophique, l’accès des femmes au système de santé sexuelle et reproductive à Gaza est gravement entravé, alerte Amnesty. Les médecins rapportent que les femmes se présentant dans les hôpitaux pour accoucher présentent les séquelles de la famine, souffrant d’anémie due à la malnutrition et de maladies transmises par l’eau, de vaginites et d’autres infections dues aux eaux polluées et à d’autres situations insalubres.

Nasser Bulbol, médecin spécialiste de néonatologie du service obstétrique d’al Helou, témoigne pour Amnesty de l’augmentation des grossesses à haut risque prises en charge par le service avait considérablement augmenté, les systèmes immunitaires des mères étant mis à mal par la malnutrition : « Les conditions de déplacement ont causé des maladies infectieuses et la plupart des femmes qui viennent ici sont en situation de stress, de traumatisme et d’incertitude, car elles ont été déplacées à plusieurs reprises, ont perdu des proches et ne parviennent pas à se procurer des aliments adaptés à leurs besoins nutritionnels. »

À Gaza, les unités de soins néonatals qui parviennent encore à fonctionner sont débordées et pressurisées. Elles fonctionnent à 150-170% de leurs capacités, avec des couveuses parfois partagées par trois nouveau-nés. 

Donner la vie dans ces conditions, “les rêves de maternité sûre et digne sont anéantis”, dénonce Amnesty International, qui alerte que l’interdiction voulue par Israël de 37 ONG humanitaires aura des conséquences dévastatrices pour les soins de santé reproductive et néonatale.

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