Khalidi, figure éminente de la recherche sur la Nakba et cofondateur de l’Institut d’Études pour la Palestine, est décédé aux États-Unis ce dimanche.
Pa Nils Adler, le 9 mars 2026

Walid Khalidi s’exprimant devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 30 novembre 2009. Photo : réseaux sociaux
Walid Khalidi, historien renommé, dont les recherches ont contribué à documenter la Nakba et à former des générations de chercheur.es sur la Palestine, est décédé. Il avait 100 ans.
Selon une nécrologie publiée par l’Institut d’Études pour la Palestine – un centre de recherche qu’il a cofondé en 1963 – Khalidi, surnommé “l’historien de la cause palestinienne”, s’est éteint ce dimanche dans le Massachusetts, aux États-Unis.
Suite à cette annonce, les réseaux sociaux ont été inondés de témoignages de chercheur.es, diplomates, et représentant.es palestinien.nes lui rendant un dernier hommage. Dans un post sur X, Husam Zumot, ambassadeur de la Palestine au Royaume-Uni, a parlé de Khalidi tel “un trésor national, un gardien de la mémoire, un mentor pour beaucoup de générations.”
Né à Jérusalem dans une famille intellectuelle de renom, Khalidi commence sa scolarité à Ramallah puis rejoint le collège ‘St Georges School’ à Jérusalem.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Université d’Oxford en 1951, et poursuit une brillante carrière universitaire, enseignant les sciences politiques à l’Université Américaine de Beyrouth jusqu’en 1982 avant de devenir chercheur au Centre des Affaires Internationales de l’Université de Harvard.
Chronique de la Nakba
Khalidi est connu pour son travail de documentation méticuleuse des destructions de villages palestiniens menées pendant la Nakba (“catastrophe”) – le nettoyage ethnique de la Palestine par les milices sionistes en 1948.
Dans son livre phare All That Remains publié en 1992, il répertorie la manière dont plus de 400 villages palestiniens ont été détruits et dépeuplés pendant la première guerre arabo-israélienne, en y intégrant des recherches historiques, des cartes géographiques, et des témoignages dans le but de reconstituer la vie des communautés disparues.
L’Institut d’Études pour la Palestine décrit Khalidi comme un « pionnier dans la mise en lumière de nombreux aspects longtemps dissimulés qui expliquaient comment le mouvement sioniste avait réussi à occuper la Palestine en 1948 », ajoutant que dans les années 1960, il avait été le premier à révéler « son plan conducteur pour l’occupation de la Palestine et l’expulsion de son peuple, connu sous le nom de « Plan Dalet » ».
Dans une autre œuvre majeure, Before Their Diaspora, Khalidi utilise des photographies d’archives pour documenter la société palestinienne pré-1948, nous offrant ainsi un témoignage visuel rare de la vie quotidienne dans les villes et villages à travers le pays.
Rôles académiques et diplomatiques
Après avoir enseigné à l’Université d’Oxford, Khalidi passe plusieurs décennies à l’Université Américaine de Beyrouth et cofonde l’Institut d’Études pour la Palestine, qui depuis est devenue l’une des organisations clés dédiées à l’histoire, à la politique et à la société palestiniennes.
Khalidi travaille ensuite en tant que chercheur au Centre des Affaires Internationales au sein de l’Université de Harvard, donne des conférences dans des institutions telles l’Université de Princeton au États-Unis et est élu membre de l’Académie Américaine des Arts et des Sciences.
Au-delà du monde académique, il a également joué un rôle dans la diplomatie palestinienne.
Suite à la guerre de 1967 – qui sera plus tard connue sous le nom de la ‘Naksa’ et durant laquelle Israël s’empare de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est, de Gaza, du plateau du Golan Syrien, et de la péninsule Égyptienne du Sinaï —, Khalidi se tourne vers la diplomatie.
Il devient conseiller auprès de la délégation Irakienne aux Nations Unies puis, en 1983, il rejoint une délégation du Sommet Arabe auprès du gouvernement britannique. Au milieu des années 1980, Khalidi devient conseiller spécial auprès du secrétaire général de la Ligue Arabe.
Il fait également partie de la délégation conjointe Jordano-Palestinienne à la conférence de paix de Madrid en 1991.
Khalidi était partisan d’une solution à deux états. En 1988, il écrit dans Foreign Affairs (journal états-uniensur la politique étrangère des Etats-Uniset les affaires mondiales) qu’un état palestinien basé sur les frontières de 1967 et en “coexistence pacifiste aux côtés d’Israël” était “le seul concept candidat pour un compromis historique dans ce conflit centenaire”.
Khalidi est “synonyme de sa patrie bien-aimée”
Les hommages de responsables et universitaires palestinien.nes soulignent le rôle que Khalidi a joué dans la construction de la compréhension historique de la Palestine.
Khalil Jahshan, directeur exécutif du Centre Arabe de Washington DC, a déclaré dans un message publié sur X que le nom de Khalidi était « synonyme de sa patrie bien-aimée, la Palestine ». Il a présenté ses « sincères condoléances à sa famille, au peuple palestinien et à tous ceux qui l’ont connu ».
L’Institut d’Études pour la Palestine, quant à lui, a décrit Khalidi comme l’un des plus éminents historiens sur la Palestine et a déclaré que ses travaux ont posé les bases pour les études modernes sur la Palestine.
Jehad Abusalim, analyste politique et auteur de Light in Gaza a écrit sur X que Khalidi avait “dédié sa vie à la sauvegarde de l’histoire palestinienne”, en ajoutant que “ses travaux et recherches sont une fondation sur laquelle des générations continueront de construire”.
Pour beaucoup d’historiens, l’héritage de Khalidi réside non seulement dans ses propres travaux, mais aussi dans les institutions qu’il a contribué à bâtir et dans les générations d’étudiant.es et chercheur.es qu’il a formées.
À une époque où une grande partie des archives historiques palestiniennes risquaient d’être dispersées ou perdues, Khalidi a dédié sa carrière à les documenter.
Ses travaux ont permis d’asseoir l’histoire de la société palestinienne avant et après 1948, l’inscrivant dans les archives historiques mondiales.
Traduction par l’Agence Média Palestine
Source : Al jazeera



