Biennale de Venise 2026 : près de 200 artistes demandent l’exclusion d’Israël

Le 17 mars 2026, entre 178 et 183 artistes, curateurs et curatrices, travailleurs et travailleuses de la culture de 25 pays ont signé une lettre ouverte exigeant qu’Israël soit exclu de la 61ème Biennale de Venise, qui commence le 9 mai 2026. La lettre a été formellement remise au président de l’institution, Pietrangelo Buttafuoco, et à son conseil d’administration.

Par l’Agence Média Palestine, le 23 mars 2026

Le collectif international Art Not Genocide Alliance (ANGA) s’est constitué pour interpeler la Biennale de Venise, en réponse à « l’appel de la société civile palestinienne pour contester la normalisation de l’apartheid et de l’occupation israélienne au sein des grandes plateformes culturelles internationales ». Dès 2024, l’ANGA avait lancé une pétition recueillant plus de 24 000 signatures, conduisant l’artiste israélienne Ruth Patir à fermer symboliquement le pavillon israélien. Une première lettre adressée à la direction par l’ANGA le 2 octobre 2025 était restée sans réponse.

Parmi les signataires figurent Yto Barrada (pavillon France), Rosana Paulino (Brésil), Isabel Nolan (Irlande), ainsi qu’Alfredo Jaar, Cauleen Smith et Meriem Bennani, participant.es à l’exposition centrale In Minor Keys. Une partie des signataires a choisi l’anonymat par crainte de « représailles physiques, politiques ou juridiques ». Le collectif affirme s’inscrire « dans un refus collectif de permettre de donner une tribune à l’État israélien alors qu’il commet un génocide », selon Middle East Eye, tout en précisant que la demande vise la représentation étatique, non les artistes israélien.nes à titre individuel. La lettre cite des artistes palestiniennes et palestiniens tué.es par Israël : Dorgham Qareqa, Heba Zagout et Frans al-Salmi, selon Middle East Eye.

L’édition 2026 a alimenté la polémique avant même la publication de la lettre. Le pavillon permanent d’Israël aux Giardini étant en rénovation, la direction de la Biennale lui a proposé un espace à l’Arsenale –  la « Salle des armes G », plutôt que de l’orienter vers le marché privé comme les autres nations sans pavillon permanent. L’ANGA a qualifié ce choix de “soutien institutionnel explicite », selon Middle East Eye. Cette année, le gouvernement israélien a introduit une clause contractuelle obligeant l’artiste sélectionné.e à maintenir le pavillon ouvert quelles que soient les protestations. Pour le magazine spécialisé Hyperallergic, l’artiste se trouve ainsi choisi.e « pour sa conformité plutôt que pour son mérite ».

C’est le sculpteur Belu-Simion Fainaru, né en Roumanie, immigré en Israël en 1973 et lauréat du Prix d’Israël, qui représentera le pays. Il présentera The Rose of Nothingness (2015), une installation faisant référence à la technologie d’irrigation israélienne au goutte-à-goutte. Hyperallergic souligne que l’œuvre omet qu’Israël contrôle environ 80 % des ressources en eau de Cisjordanie : selon l’Associated Press cité par Hyperallergic, des communautés de colons illégaux consomment jusqu’à 700 litres d’eau par jour quand certaines communautés palestiniennes survivent avec 26 litres quotidiens. À The Art Newspaper, l’artiste israelien a déclaré : « Je suis opposé aux boycotts culturels car je crois en l’importance du dialogue, surtout en des temps difficiles. »

Face aux pressions, la Biennale maintient sa décision : elle « rejette toute forme d’exclusion ou de censure » et affirme ne pas avoir le pouvoir d’exclure un pays reconnu par l’Italie, selon The Art Newspaper. Les signataires contestent cet argument en rappelant que l’Afrique du Sud du régime d’apartheid avait été exclue de 1968 à 1993, et que l’édition 1974 avait suspendu son format habituel pour soutenir les opposantes et opposants chiliens à la dictature de Pinochet. De plus, la Russie est de retour à la Biennale pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine, qui a conduit l’Union européenne à menacer de retirer son financement. L’ANGA souligne l’incohérence : traiter différemment Moscou et Tel-Aviv constituerait un « double standard flagrant ».

La Biennale 2026 s’ouvre dans un climat de tension : l’Afrique du Sud a annulé sa participation après que son artiste Gabrielle Goliath a refusé de modifier un projet faisant référence aux violences faites aux femmes à Gaza, selon The Art Newspaper. Selon Hyperallergic, environ 40 % des pavillons nationaux auraient signé la lettre de l’ANGA. « Faire de l’art et l’exposer n’est pas un processus neutre », résume la signataire Carolina Caycedo à Hyperallergic. « L’art est une forme de ré-existence et de solidarité. »

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