Originaire de la ville de Gaza, Y* a fui le génocide et s’est installé en France, où il soigne sa fille atteinte d’un cancer tout en développant un projet de vente de produits palestiniens lors d’événements parisiens. Il a répondu à nos questions par écrit, en souhaitant garder l’anonymat.
Par l’Agence Média Palestine, le 31 mars 2026

illustration de Léna Vassart – Formes des luttes
Y* ne donne pas son nom. Il l’explique lui-même : « Nous avons souhaité garder l’anonymat pour préserver notre vie privée, afin de pouvoir commencer une vie nouvelle et sûre, loin de toute complication extérieure. » Derrière cette précaution se devine la réalité de nombreux Palestiniens en France, la fragilité d’un statut et la peur de s’exposer.
C’est à travers ses réponses écrites à l’Agence Média Palestine que Y* raconte son parcours. Il vient de la ville de Gaza, aujourd’hui détruite par les bombardements israéliens, et a quitté la Palestine contraint par l’occupation israélienne et ses conséquences sur la vie quotidienne. « Mes journées étaient bien remplies de tâches et de responsabilités familiales, mais tout a été fortement affecté à cause des bombardements », écrit-il.
Y* est en France pour y faire soigner sa fille, atteinte d’un cancer. En parallèle, il doit travailler pour envoyer de l’argent à sa famille restée à Gaza. Deux impératifs qui structurent son quotidien et donnent à son projet économique un sentiment d’urgence.
À son arrivée, le choc est rude. « C’était la première fois que je pouvais quitter Gaza, qui était alors assiégée », écrit-il. La langue française, les codes, les démarches administratives — tout est difficile, explique-t-il. Il trouve un appui auprès d’associations et de communautés arabes, qui l’aident à apprendre le français, à comprendre les lois, et selon ses mots, à « atténuer la pression psychologique » après son départ de Gaza.
C’est dans des événements de solidarité avec la Palestine que Y* commence à se faire connaître. Il y apporte des produits : épices, gâteaux, porte-clés. Ce n’est pas encore une boutique, il n’a pas encore officialisé son activité. « J’étudie les produits palestiniens et la demande des gens avant de lancer un projet officiel et autorisé en France », détaille-t-il.
Parmi tous ces objets, les épices occupent une place à part dans son commerce. « Les mélanges que je prépare ont une signification particulière : leur odeur et leur goût me rappellent Gaza et me relient à mon pays. » Les épices sont des odeurs qui ne disparaissent pas — elle ramènent Y* à sa cuisine, à sa culture, et lui permettent de les faire partager aux Français qui souhaitent sentir la cuisine palestinienne. Car le génocide ne se réduit pas à tuer les Palestiniens et les Palestiniennes : il s’attaque aussi à ce qui les constitue, leur langue, leurs traditions, leur cuisine. Faire vivre les épices palestiniennes à Paris, c’est refuser cet effacement. C’est maintenir vivante une mémoire que les bombardements cherchent aussi à détruire.
Quand l’activité sera officialisée, Y* voit les choses clairement : générer des revenus pour sa famille, et « soutenir les artisans palestiniens en les encourageant à continuer leur travail ». Le contexte n’est pas anodin — les campagnes de boycott des produits liés à l’occupation israélienne ont créé une demande nouvelle pour des alternatives palestiniennes, y compris en France.
Il n’existe que très peu de boutiques physiques palestiniennes en France. Des associations, des réseaux informels, mais rien de structuré. Un vide qu’il cherche, à sa mesure, à combler. Pour lui, la culture palestinienne, c’est « les coutumes, les arts, la nourriture, la langue et le lien à la terre ». Une définition vivante, que chaque Palestinien porte à sa façon. « Ce projet m’aide à maintenir le patrimoine palestinien vivant au sein de la communauté française », conclut-il.
Ce que Y* construit à Paris, événement après événement, n’est pas seulement un commerce. C’est une façon de dire que la Palestine ne se résume pas aux horreurs qu’elle subit — qu’elle a des saveurs et des savoir-faire que le génocide n’a pas pu effacer. Et tant que ces techniques circulent, même anonymement, ils continuent d’exister.
Les citations de Y* ont été recueillies par écrit dans le cadre d’un échange avec l’Agence Média Palestine.



