Le docteur Hossam Abou Safiya placé à l’isolement par Israël après 18 mois de détention illégale et injustifiée

Par l’Agence Média Palestine, le 9 juin 2026

Plus personne ne sait dans quel état se trouve le docteur Hossam Abou Safiya. Début juin, le directeur de l’hôpital Kamal-Adwan (nord de Gaza), détenu illégalement depuis plus de 500 jours par Israël, a été transféré sans explication vers une prison de haute sécurité et placé à l’isolement. Son avocat affirme n’avoir reçu aucune information officielle sur les raisons de cette mesure, tandis que sa famille, qui craint pour sa vie, dit qu’il est détenu dans des conditions inhumaines dans une cellule si petite qu’il est difficile de s’asseoir. « On nous a dit qu’il est [maintenant] détenu dans une cellule d’isolement extrêmement petite, pas plus grande qu’un mètre sur un mètre, un espace à peine suffisant pour bouger ou s’asseoir correctement », a affirmé son fils Elias, cité par le Guardian.

L’organisation Physicians for human rights (PHRI) a appris la mise à l’isolement du docteur Abou Safiya lors d’une visite, le 4 juin, d’un de ses avocats  auprès de cinq autres médecins palestiniens de Gaza incarcérés à la prison de Ketziot. Quatre de ces médecins ont rapporté que, quelques jours auparavant, des agents de sécurité étaient entrés dans l’aile où Abu Safiya était détenu, l’avaient menotté et emmené sans explication. PHRI a appris par la suite qu’il aurait été transféré en isolement à Ramon, qui fait partie du complexe pénitentiaire de Ganot dans le désert du Néguev, rapporte le Guardian. Le site Middle East Eye affirme pour sa part qu’il se trouve désormais dans la prison de Nafha, dans le sud d’Israël.

Enlevé devant son hôpital et détenu par Israël depuis le 27 décembre 2024 sans inculpation ni procès, le pédiatre palestinien de 52 ans est désormais enfermé seul dans une cellule minuscule. Selon les informations recueillies par des organisations de défense des droits humains, il serait maintenu entravé pendant une grande partie de la journée et privé de soins médicaux malgré la dégradation de son état de santé. Il a en outre été battu, torturé, subissant des interrogatoires extrêmement brutaux. En mars dernier, deux rapporteurs spéciaux des Nations unies ont demandé sa libération immédiate, évoquant des informations faisant état de « torture sévère » et de traitements cruels ou dégradants pendant sa détention. 

« Le risque qu’il meure est réel »

L’inquiétude est d’autant plus forte que la santé du médecin ne cesse de se dégrader. Selon son avocat, Nasser Odeh, il a perdu près de trente kilos depuis son arrestation. Il souffre d’hypertension et est privé de son traitement médical. « Le fait que Hussam Abu Safiya soit privé d’un traitement essentiel veut dire que le risque qu’il meure est réel », alerte Naji Abbas, responsable du programme des prisonniers au sein de PHRI.

Son fils, Elias Abou Safiya, lui-même médecin, rappelle que son père souffre également des conséquences d’une blessure causée par des éclats d’obus restés dans sa cuisse depuis son arrestation. Selon lui, les conditions de détention sont particulièrement éprouvantes : « Ce que nous savons de sa détention montre une souffrance extrême. » Il rapporte que son père aurait développé des maladies de peau après avoir été privé pendant des mois de vêtements de rechange et d’accès à une hygiène minimale.

Le visage du système de santé assiégé à Gaza

Avant son arrestation, Hossam Abou Safiya était devenu l’une des figures les plus connues du système de santé gazaoui. Directeur de l’hôpital Kamal-Adwan, il apparaissait presque quotidiennement dans des vidéos diffusées depuis le nord de l’enclave pour alerter sur les pénuries de médicaments, le manque de carburant et l’afflux incessant de blessé.es. À l’automne 2024, alors que l’armée israélienne menait une offensive majeure dans le nord de Gaza, Kamal-Adwan était l’un des derniers grands hôpitaux encore en activité. Malgré les bombardements et les ordres d’évacuation, le médecin refusaitde quitter les lieux.

Son fils Elias se souvient des discussions avec son père alors que leur famille s’était réfugiée dans l’hôpital après la destruction de leur maison à Jabaliya : « Nous disions à mon père : “Papa, partons, nous allons mourir ici.” Mais il refusait d’abandonner les enfants sous respirateur artificiel et les autres patients. Pour lui, Gaza méritait le sacrifice. »

Le 25 octobre 2024, son fils Ibrahim, âgé de 21 ans, est tué par Israël lors d’une attaque contre l’hôpital. Son père devra l’enterrer dans la cour de l’hôpital. Un mois plus tard, Hossam Abou Safiya est blessé à la jambe lors d’une frappe visant une salle de l’établissement où il se trouve. Malgré toutes ces souffranes, il reste à son poste et refuse d’abandonner ses patients, pour beaucoup des enfants.

La photo qui a fait le tour du monde

Le 27 décembre 2024, l’armée israélienne lance son assaut final contre l’hôpital Kamal-Adwan. Une image devient alors emblématique du génocide à Gaza : on y voit le médecin, seul en blouse blanche, marcher au milieu des ruines vers un char israélien.

Quelques instants plus tard, il est enlevé par l’armée israélienne. Pendant quarante jours, les autorités israéliennes refuseront même de reconnaître officiellement sa détention. Depuis, il est maintenu sous le régime des « combattants illégaux », qui permet l’emprisonnement de Palestiniens sans inculpation ni procès. « Aucun dossier judiciaire ne nous est présenté. Les autorités se contentent d’affirmer qu’il existe un dossier secret selon lequel sa libération représenterait un danger pour l’État d’Israël. Il est donc impossible d’assurer une défense », explique Nasser Odeh.

La pneumologue étatsunienne Nahreen Ahmed, qui avait travaillé avec lui lors d’une mission humanitaire en 2024, se souvient d’une phrase qui résonne aujourd’hui avec une force particulière : « Il m’avait dit qu’il ne quitterait cet hôpital que s’il était tué ou enlevé par l’armée israélienne. Neuf mois plus tard, c’est exactement ce qui s’est produit. C’est glaçant. »

Selon plusieurs proches, même depuis sa détention, Hossam Abou Safiya continuait à se préoccuper de ceux qui témoignaient encore de la situation à Gaza. Il aurait notamment demandé qu’un message soit transmis au journaliste Anas al-Sharif, l’une des principales voix documentant la guerre dans le nord de l’enclave. Le docteur ignorait que le journaliste avait été assassiné par Israël le 10 août 2025.

Plus de 500 jours après son arrestation, le médecin reste emprisonné sans inculpation. Sa famille, qui vit aujourd’hui au Kazakhstan d’où est originaire son épouse, n’a toujours pas le droit de lui rendre visite. « Je n’ai pas entendu sa voix depuis si longtemps. J’ai peur qu’elle s’éteigne pour toujours », confie son fils Elias.

La pneumologue américaine Nahreen Ahmed, qui avait travaillé avec lui lors d’une mission humanitaire en 2024, se souvient d’une phrase qui résonne aujourd’hui avec une force particulière : « Il m’avait dit qu’il ne quitterait cet hôpital que s’il était tué ou enlevé par l’armée israélienne. Neuf mois plus tard, c’est exactement ce qui s’est produit. C’est glaçant. »

Selon plusieurs proches, même depuis sa détention, Hossam Abou Safiya continuait à se préoccuper de ceux qui témoignaient encore de la situation à Gaza. Il aurait notamment demandé qu’un message soit transmis au journaliste Anas al-Sharif, l’une des principales voix documentant la guerre dans le nord de l’enclave. Le docteur ignorait que le journaliste avait été assassiné par Israël le 10 août 2025.

Plus de 500 jours après son arrestation, le médecin reste emprisonné sans inculpation. Sa famille, qui vit aujourd’hui au Kazakhstan d’où est originaire son épouse, n’a toujours pas le droit de lui rendre visite. « Je n’ai pas entendu sa voix depuis si longtemps. J’ai peur qu’elle s’éteigne pour toujours », confie son fils Elias.

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