Quelques jours après une alerte de l’UNICEF sur l’augmentation “intolérable” de meurtres d’enfants palestiniens à Gaza, Israël a assassiné un enfant de trois ans dans les bras de son père.
Par l’Agence Média Palestine, le 16 juin 2026

Le bilan établi par le ministère de la Santé de Gaza depuis le début du cessez-le-feu a dépassé cette semaine les 990 morts, et le nombre total de victimes depuis octobre 2023 a dépassé les 73 000.
Mercredi 10 juin, Abdullah Abu Mustafa est décédé des suites de blessures subies trois jours plus tôt lors d’une attaque israélienne visant un véhicule sur la route Salah al-Din, près de l’école Al-Mazra’a à Deir al-Balah. Deux personnes, qui n’ont pas été identifiées, ont été tuées par l’armée israélienne le lendemain, jeudi 11 juin, au cours de frappes distinctes ciblant le sud de la ville de Gaza et l’ouest du camp de Nuseirat, au centre de l’enclave.
Au moins trois personnes ont été assassinées par l’armée israélienne deux jours plus tard, samedi 13 juin, au cours de deux frappes ciblant le quartier d’al-Amal à Khan Younis et le camp de réfugiés de Bureij.
Le 14 juin, une frappe israélienne sur un entrepôt situé près de l’hôpital al-Sa’eed à Jabalia a fait au moins quatre morts. Le 15 juin, selon l’agence Wafa et des militants locaux, des attaques menées à Nuseirat, al-Zawayda et dans le quartier de Tuffah à Gaza ont coûté la vie à plusieurs civils, dont une fillette de quatre ans, tandis qu’un enfant détenu aurait été tué le lendemain de son arrestation avec son père.
Un homme détenu plusieurs heures avec le corps de son bébé dans les bras
Les forces israéliennes ont tiré sur un petit garçon de trois ans dans les bras de son père, rapporte sa famille, alors qu’ils circulaient à pied dimanche après midi près de leurs terres agricoles, à environ 150 mètres de la Ligne jaune établie par Israël pour délimiter la zone où opèrent ses forces au sein de la bande de Gaza.
L’enfant s’appelait Rayan Abu al-Ajeen ; la balle tirée par les soldats israéliens l’a atteint à la tête et il est mort sur le coup ; son père, Bahaa, est également blessé. Témoignant auprès de Middle East Eye, le doyen de la famille Nawaf Abu al-Ajeen affirme que les soldat-es ont tiré sans sommation ni avertissement.
Il rapporte que les soldat-es ont laissé le père blessé et son enfant mort sans assistance médicale avant de les arrêter, ainsi que le beau-frère de Baha, Khaled, qui se trouvait avec eux, et de les transporter dans des véhicules militaires vers la base militaire de Kissufim.
« L’enfant a été tué sur le coup après avoir reçu une balle dans la tête alors qu’il était dans les bras de son père. Baha a été laissé en sang sans aucune assistance médicale ; ils ont simplement attaché un morceau de tissu autour de sa cuisse et n’ont rien fait d’autre », a-t-il déclaré, expliquant que Baha est resté en détention, tenant le corps de son enfant. Puis, à minuit, les soldats ont abandonné Baha, blessé, et son enfant mort dans la rue Salah al-Din, laissant aux riverain-es le soin de retrouver leur famille et de les transporter à l’hôpital.
Le cas de Rayan Abu al-Ajeen n’est malheureusement pas unique. En janvier dernier, le porte-parole de l’UNICEF James Elder déclarait que “Plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu début octobre”, ajoutant que ce chiffre représente “environ un enfant tué chaque jour. Pendant un cessez-le-feu.”
Un nouveau communiqué de l’UNICEF, publié la semaine dernière et réagissant au meurtre d’un nourrisson à Hébron, alerte que les enfants de Gaza et de Cisjordanie sont tués, mutilés, arrêtés et traumatisés par Israël à un rythme et à une échelle qui battent tous les records précédents, appellant à”ne pas laisser cela devenir la nouvelle norme” et à la prise de mesures immédiates pour les protéger en vertu du droit international.
“La mort violente d’enfants devrait susciter l’indignation mondiale et doit être condamnée à tous les niveaux », affirme l’UNICEF, ajoutant que “les meurtres et les blessures infligés aux enfants et à leurs familles, les déplacements forcés et les attaques contre les écoles, les habitations, les infrastructures d’approvisionnement en eau et de santé témoignent d’un mépris flagrant des droits des enfants.”
La meurtrière Ligne jaune
Le meurtre de Rayan Abu al-Ajeen a eu lieu à proximité de la Ligne jaune, et l’armée israélienne a justifié son crime en affirmant, dans un communiqué, avoir tiré sur “ les membres d’une cellule armée qui tentaient de s’approcher de la Ligne jaune”, sans apporter de preuve étayant l’accusation ni commenter sur le fait qu’un bébé de trois ans constituait l’un des membres visés de cette prétendue “cellule”.
En mai dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué dans un rapport publié en mai qu’environ un tiers des Palestiniens tués par Israël depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu en octobre l’ont été dans des zones proches de la ligne de cessez-le-feu avec le Hamas.
Qualifiant ce chiffre de “préoccupant”, directeur du Bureau des droits de l’homme des Nations unies dans les territoires palestiniens occupés Ajith Sungai a affirmé que les civils tués “ne semblent pas avoir représenté une menace pour la vie des soldats israéliens, y compris dans certains cas où ils semblent avoir été abattus alors qu’ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes, ou après s’être approchés ou avoir franchi ce que l’on appelle la “ligne jaune” israélienne”.
À la mauvaise visibilité de cette ligne, démarquée par des sporadiques blocs de bétons peints en jaune et des monticules de terr, s’ajoute le fait que ces marqueurs sommaires sont régulièrement déplacés par les soldat-es israélien-nes, qui étendent progressivement (et illégalement) leur zone de contrôle, provoquant de nouveau déplacements et de nouveaux meurtres.
Plus qu’une ligne ou une frontière, la ligne jaune est un front pour l’armée israélienne, qui contrairement à ses engagements, a avancé sa ligne progressivement, jusqu’à contrôller actuellement plus de 60% du territoire gazaoui. Cette volonté a été ouvertement revendiquée par Benjamin Netanyahou, s’est dit le 28 mai dernier déterminé à occuper 70% de la bande de Gaza.



