Le Conseil de la “paix” pourrait ouvrir des zones “humanitaires” militarisées sous quelques semaines

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 6 juillet 2026



Près de neuf mois après l’entrée en vigueur d’un soi-disant “cessez-le-feu” à Gaza, l’avenir des Gazaoui·es continue d’être l’objet de déclarations fantasques et souvent contradictoires du Conseil de la “paix” et des autorités israéliennes, sans jamais prendre en compte la voix des premiers et premières concerné·es.

Selon le quotidien israélien Israel Hayom, le Conseil de la paix s’apprête à lancer un projet pilote de “zone humanitaire sans hamas” dans la région de Tal as-Sultan, près de Rafah. 

Le site pourrait ouvrir “d’ici quelques semaines”, selon le journal israélien, et accueillir des civils “ne possédant pas d’armes et n’ayant aucun lien avec le Hamas”. Il serait contrôlé par des membres des Forces internationales de stabilisation (FSI), qui ne porteront “pas d’armes létales” à l’intérieur de ce camp, et opéreront depuis le camp israélien d’Amitai et sous le commandement du Conseil.

Le média précise en outre que les force israéliennes entendent poursuivre leurs violations du cessez-le-feu en dehors de leur zone de contrôle, afin de contraindre la population à fuir. 

Un responsable anonyme a déclaré à Israel Hayom : “Nous manœuvrons dans le cadre des contraintes imposées par les États-Unis, en accélérant le rythme des assassinats ciblés tout en restant en deçà du seuil de la critique internationale ; et cela continuera tant que le Hamas ne sera pas disposé à déposer les armes.”

Avec la création de ces zones, l’accès à l’aide humanitaire et à un abri sûr serait donc conditionné à un contrôle approfondi des habitant·es souhaitant s’y rendre, et aucune garantie au droit de retour n’est précisée. L’objectif explicite du plan est une séparation de la population qui laisserait le Hamas “sans population, sans territoire et sans ressources”.

« Il n’y aura pas de reconstruction à Gaza

Cette annonce rappelle le plan des “communautés sûres et alternatives” (CSA) avancé en novembre dernier. Les CSA devaient être des zones humanitaires où les civils seraient encouragés à emménager, sans possibilité de rentrer chez eux par la suite. Ce projet avait alors été vivement critiqué, ses opposant·es dénonçant le fait qu’il mènerait à la division de Gaza en deux, et au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestinien·nes. Huit mois plus tard, et alors qu’Israël a étendu sa “zone tampon” à près de 70% de l’enclave palestinienne, ce “nouveau” projet ne surprend personne. 

Israel Hayom précise néanmoins que ce camp, s’il offrirait un abri aux Palestinien·nes qui souhaiteraient quitter les campements insalubres et surpeuplés de Gaza, resterait une construction temporaire, les responsables du Conseil de la paix s’étant engagés à ne pas importer de béton à Gaza.

En effet, si ce projet de “zones humanitaires” militarisées pourrait faire bondir les défenseur·ses des droits humains, et outre le fait qu’il est contradictoire au plan de “paix” officiellement en cours d’application, Israël n’est pas favorable à la construction de ces zones, estimant que cela constituerait une concession faite au Hamas.

S’exprimant hier, dimanche 5 juillet, lors d’une réunion hebdomadaire du Conseil des ministres israélien, Benjamin Netanyahu a rappelé son opposition ferme à tout projet de reconstruction à Gaza avant le désarmement du Hamas, une position en contradiction avec le plan de “paix” auquel Israël s’est pourtant officiellement engagé en octobre 2025.

« Il n’y aura pas de reconstruction à Gaza sans démantèlement et démilitarisation de la bande de Gaza« , a déclaré Netanyahu, ajoutant que “les Gazaoui·es doivent avoir la liberté de choix : ceux qui souhaitent partir doivent pouvoir le faire, et ceux qui restent ne doivent pas pouvoir nous menacer.

Le spectre de la “re-colonisation” de Gaza

La semaine passée, on apprenait qu’Israël souhaitait accélérer un plan de “départ volontaire” pour les Palestinien·nes de Gaza, tandis que le Premier ministre israélien appelait à un contrôle total d’Israël sur la bande de Gaza et à l’implantation de colonies israéliennes sur la bande de Gaza.

Cette nouvelle initiative intervient alors que le génocide perpétré par Israël a dévasté Gaza, déplacé la quasi-totalité de la population et suscité des accusations de plus en plus nombreuses selon lesquelles Israël recourt à la famine, au siège, aux bombardements et à la destruction pour forcer les Palestiniennes et Palestiniens à partir, sous couvert d’un départ “volontaire”.

Parallèlement à ces déclarations qui façonnent l’avenir des Gazaoui·es sans jamais leur demander leur avis, émerge la perspective de la colonisation des terres palestiniennes de Gaza par Israël, après leur nettoyage ethnique par le génocide et le déplacement forcé.

Depuis le début du génocide en octobre 2023, les appels à la “re-colonisation” de Gaza, qui comptait 21 colonies illégales avant que le gouvernement israélien soit contraint de les démanteler en 2005, se multiplient, et sont aujourd’hui plus explicites que jamais.

Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a déclaré lundi dernier dans la presse que son ministère avait préparé des plans pour trois colonies dans le nord de Gaza, et que tout ce qu’il fallait pour aller de l’avant était le feu vert de Netanyahu.

Cette possibilité n’a pas été exclue par le Premier ministre, qui s’est contenté de répondre énigmatiquement, après avoir été interrogé sur le sujet : “la question est de savoir si vous préférez agir ou parler. Et oui, je préfère ne pas aborder ce sujet.

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