Gaza, jour 990 : Raghad Ashour, 17 ans, assassinée sur le chemin de l’université

Plus de 1 000 Palestinien·nes ont été assassiné·es par Israël depuis l’entrée en vigueur, il y a huit mois, du prétendu “cessez-le-feu”.

Par l’Agence Média Palestine, le 23 juin 2026



Dans des propos rapportés par le média israélien Hasashot 360, le ministre des Finances israélien d’extrême droite, Bezalel Smotrich, a appelé dimanche à un contrôle total d’Israël sur la bande de Gaza, et à son administration par le biais d’un gouvernement militaire israélien. Il s’est également prononcé en faveur de l’implantation de colonies israéliennes sur la bande de Gaza, affirmant qu’« il n’y a pas d’autre solution ».

Cette position n’est ni nouvelle ni secrète, et elle souligne un mépris flagrant pour les engagements d’Israël dans l’accord de “paix” entré en vigueur en octobre dernier et prévoyant un retrait total de l’armée israélienne de Gaza.

Si l’objectif de colonisation de l’enclave palestinienne n’est pas officiellement soutenue par le gouvernement, le Premier ministre Netanyahou s’est déjà prononcé en faveur d’une occupation militaire partielle, après avoir ordonné à son armée à la fin du mois dernier de s’emparer de 70% du territoire.

Raghad Ashour, assassinée sur le chemin de l’université

Hier matin, lundi 22 juin, une jeune étudiante de 17 ans se rendait à un centre universitaire pour suivre ses cours de prépa lorsqu’elle a été tuée par un tir de drone, dans le quartier de Rimal de la ville de Gaza. Elle s’appelait Raghad Ashour.

« Malgré tout ce qu’elle avait traversé, elle était déterminée à suivre ses cours », confie Jamil Ashour, son grand-oncle, à Middle East Eye. « Elle avait trouvé un centre près du camp et s’y rendait tous les matins. Elle étudiait avec assiduité et arrivait tôt pour s’assurer d’avoir un pupitre et que tout était prêt avant le début des cours. Mais elle n’est jamais arrivée au centre. »

Selon le ministère palestinien de l’Éducation, au moins 19 100 élèves palestinien·nes et 1 379 étudiants ont été tué·es par des attaques militaires israéliennes depuis octobre 2023. Les infrastructures ont été en grande majorité détruites, et les écoles restantes servent désormais d’abris aux dizaines de milliers de personnes déplacées.

Cette année et pour la troisième consécutive, plus de 658 000 enfants d’âge scolaire à Gaza ont été privé·es d’enseignement en présentiel, plus de 97 % des écoles ayant été endommagées ou détruites lors des attaques israéliennes.

Face à ces perturbations récurrentes, le ministère palestinien de l’Éducation a mis en place des formes limitées d’enseignement à distance, en particulier pour les lycéen·nes, mais les obstacles restent nombreux.

« Souvent, elle devait faire face à des difficultés, qu’il s’agisse d’une coupure d’électricité l’empêchant de recharger son téléphone à son retour à la tente, ou de moments où son téléphone tombait en panne », explique Ashour, qui ajoute de sa petite-nièce « n’a jamais laissé ces obstacles l’arrêter » et était déterminée à étudier à l’université. 

« Notre seule consolation, c’est qu’elle a été tuée alors qu’elle était en route pour réaliser son rêve », conclut-il.

Le bilan du “cessez-le-feu” meurtrier dépasse les 1000 mort·es

Plus de huit mois après l’entrée en vigueur de ce “cessez-le-feu” de papier à Gaza, les tueries se poursuivent. Le bilan établi par le ministère de la Santé de Gaza depuis le cessez-le-feu a dépassé le 17 juin dernier les 1 000 mort·es palestinien·nes assassiné·es par Israël, et s’élevait à 1 024 le 22 juin.

Dimanche 21 juin, une frappe israélienne ciblant un groupe de civil à Khan Younis a assassiné Akram Mohammed Mahmoud Abu Madi, 31 ans, et Julia Khaled al-Balawi, 8 ans, selon des sources locales. Plus tôt dans la journée, un·e autre Palestinien·ne, non identifié·e à ce jour, a été tué·e dans une attaque de drone ciblant une tente abritant des personnes déplacées à l’intérieur d’une école du camp de réfugiés de Shati, à l’ouest de la ville de Gaza.

Samedi 20 juin, une série de frappes meurtrières israéliennes a fait au moins 10 mort·es palestinien·nes en une seule journée. Parmi elles et eux figure le journaliste d’Al Jazeera Samir Wishah, tué en même temps que deux autres personnes par une frappe visant un immeuble résidentiel dans le camp de Bureij.

La chaîne a déclaré qu’elle « condamnait fermement ce crime odieux consistant à prendre pour cible et à assassiner » ce journaliste. « Cela constitue une nouvelle violation flagrante de l’ensemble des lois et normes internationales, et témoigne d’une politique systématique et persistante visant à prendre pour cible les journalistes et à faire taire la voix de la vérité », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Une autre frappe israélienne, menée vers 2 h du matin samedi, a touché un immeuble de la rue al-Thalatini, un quartier résidentiel de la ville de Gaza. Parmi les victimes figurent un père et ses deux filles : Zina, âgée de quatre ans, et Lana, âgée de 14 ans. La mère a également été blessée et est décédée plus tard dans la journée de samedi. Plusieurs autres personnes ont été blessées.

« J’étais assis chez moi. La roquette est tombée sur nous sans aucun avertissement », déclara Mohammad Safadi, un membre de leur famille, sur Al Jazeera. « Ce cessez-le-feu dont parlent l’occupant et l’équipe de négociation… est-ce vraiment un cessez-le-feu ? Nous sommes des civils. Je n’ai jamais tenu d’arme », ajoute-t-il.

Jeudi 18 juin, trois Palestiniens ont été tués et plusieurs autres blessé·es lors d’une frappe israélienne ciblant un véhicule civil dans le quartier d’Al-Rimal, à l’ouest de la ville de Gaza, selon des sources médicales. Plus tard dans la soirée, un homme palestinien a été assassiné par l’armée israélienne à proximité du pont Wadi Gaza.

Les ONGs chassées de Gaza laissent les enfants “de plus en plus vulnérables”

Un communiqué du comité des Nations unies (ONU) pour les droits de l’enfant a averti hier des conséquences dramatiques de la campagne israélienne de délégitimation et d’obstruction d’organismes humanitaires.

« Depuis plus de trois décennies, ces organisations jouent un rôle essentiel dans la défense des enfants palestiniens, notamment devant les tribunaux militaires israéliens, et dans la documentation des violations graves commises à leur encontre par les forces israéliennes », a déclaré le Comité, ajoutant que « sans elles, les enfants palestiniens seront encore moins protégés, et les violations de leurs droits risquent de se poursuivre en toute impunité. »

Publiée par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), cette déclaration dénonce, entre autres, « des raids militaires, des interdictions de voyager, des sanctions financières à titre personnel, des menaces d’arrestation, la destruction de dossiers, et même des menaces de sanctions secondaires à l’encontre des partenaires qui soutiennent leur action ».

Le comité estime que cette politique rend « de plus en plus impossible pour ces organisations d’opérer en toute sécurité ou de protéger les enfants et les familles qui se tournent vers elles pour obtenir de l’aide » et exhorte la communauté internationale à demander des comptes aux autorités israéliennes pour les attaques commises contre les défenseurs palestiniens des droits de l’homme.

À Gaza, la situation sanitaire et alimentaire est toujours critique, la majorité des habitant-es vivant dans des camps de fortune surpeuplés, exposé·es aux intempéries, à la promiscuité, aux épidémies. L’OCHA alerte que malgré tous les efforts déployés, les maladies liées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène causées par des ectoparasites et des rongeurs, ont connu une recrudescence au cours des quatre dernières semaines.

Les pénuries liées au blocus illégal par Israël de l’enclave palestinienne aggravent cette situation. Dans tous les services essentiels dépendant de générateurs en l’absence d’électricité, les pénuries de carburant sont encore aggravées par un manque d’huiles lubrifiantes, dont l’autorisation est également difficile à obtenir auprès des autorités israéliennes, impactant durablement leur fonctionnement.

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