Les colons israéliens et leurs alliés au sein du gouvernement ont présenté un plan visant à construire 100 nouveaux avant-postes dans les zones de Cisjordanie contrôlées par les Palestiniens. Cette initiative reviendrait à anéantir dans les faits les accords d’Oslo.
Par Qassam Muaddi, le 3 juillet 2026

Le projet d’annexion israélien en Cisjordanie entre dans une phase décisive, alors que le mouvement des colons israéliens prône une nouvelle mesure stratégique susceptible de rendre caduques les accords d’Oslo de 1993 et d’isoler davantage les centres de population palestiniens les uns des autres. Ce projet a été révélé la semaine dernière par le journal israélien Israel Hayom, qui rapporte qu’une coalition de groupes de colons israéliens a annoncé son intention d’établir 100 nouveaux avant-postes dans les zones A et B de la Cisjordanie. Ces zones, créées par les accords, représentent ensemble environ 40 % de la Cisjordanie et relèvent théoriquement du contrôle partiel de l’Autorité palestinienne (AP).
Jusqu’à récemment, l’implantation de colonies et d’avant-postes israéliens dans la zone A — théoriquement pleinement contrôlée par l’AP et représentant 18 % de la Cisjordanie — était considérée comme inconcevable. La zone B, qui couvre 22 % du territoire et relève d’une administration conjointe de l’AP et d’Israël, était également très peu touchée par la construction de colonies. Les 60 % restants de la Cisjordanie, la zone C, ont été le théâtre de la majeure partie de l’expansion coloniale israélienne.
Mais ce nouveau projet risque de bouleverser le statu quo en vigueur depuis plus de 30 ans.
Surnommé « le Jour du Commandement », ce projet abrogerait de fait ces délimitations géographiques, accélérant ainsi le projet israélien en cours visant à éroder l’existence palestinienne en Cisjordanie. Compte tenu des ramifications politiques, rien d’étonnant à ce que cette initiative soit présentée comme une initiative du mouvement des colons plutôt que comme un projet d’État. Pourtant, des personnalités clés du gouvernement, alliées au mouvement des colons, sont prêtes à le soutenir.
Les prémices de ce changement se préparent depuis plusieurs années, marquées par une série de bouleversements au sein du système politique israélien qui ont encouragé les groupes de colons à prendre l’initiative de projets bien plus lourds de conséquences que la simple légalisation d’une colonie ou d’une autre.
Les emplacements des 100 avant-postes dont la construction est prévue dans les zones A et B n’ont pas été rendus publics, mais selon l’article d’Israel Hayom, ils se trouvent dans des « emplacements stratégiques » qui n’ont « pas été choisis au hasard ». D’après le journal israélien, bon nombre de ces sites appartenaient à l’État entre 1967 et le début des années 1990, avant d’être transférés à l’Autorité palestinienne à la suite des accords d’Oslo. Aujourd’hui, ces sites sont considérés comme faisant partie du domaine public de l’Autorité palestinienne.
Pour Khalil Tafakji, géographe palestinien de renom et expert des colonies israéliennes, ces « emplacements stratégiques » sont faciles à déterminer. « Dans le lexique israélien, le terme “stratégique” désigne généralement les sommets de collines, les carrefours, les sites religieux, et même les lieux abritant des institutions palestiniennes clés de l’autonomie », explique-t-il.
Tafakji déclare à Mondoweiss que « de tels emplacements stratégiques sont présents dans toutes les grandes villes palestiniennes, et certains d’entre eux sont déjà visés par une confiscation au profit des colonies israéliennes, comme la mosquée d’Ibrahimi à Hébron, le carrefour de Zaatara au sud de Naplouse, et le quartier de Jabriyat à Jénine, où l’armée israélienne a établi une zone de sécurité au cœur de la zone A. »
Qui est à l’origine de ce projet ?
Le projet est mené par deux principales organisations de colons : l’ONG « Habayta », qui aide les nouveaux immigrants juifs à s’établir en Israël en tant que citoyens et dépend principalement de financements publics, selon des rapports israéliens ; et l’Union agricole, un groupe de colons formé à la fin des années 1980 pour promouvoir les colonies agricoles en Cisjordanie.
Malgré le caractère apparemment « populaire » du projet, Tafakji explique que l’armée israélienne jouera probablement un rôle majeur dans sa mise en œuvre, car « sans la protection de l’armée israélienne, il ne serait pas possible d’établir des avant-postes de colons à l’intérieur des zones urbaines palestiniennes ». Pour Tafakji, cela fait de ce plan un projet soutenu par l’État, « même si la proposition émane du mouvement des colons ».
« Les fonds devraient provenir du gouvernement, et la décision finale devrait être prise par le Conseil des ministres israélien », poursuit M. Tafakji. « Les groupes de colons feraient eux-mêmes partie du pouvoir exécutif de l’État, comme c’est déjà le cas, et mettraient en œuvre la politique de l’État. »
Selon Israel Hayom, le plan a déjà été soumis au Conseil des ministres israélien pour approbation, ainsi qu’à des personnalités clés de l’entourage proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Parmi celles-ci figure notamment le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, partisan de la ligne dure et cofondateur de l’Union agricole qui est à l’origine de la proposition.
En quoi ce plan de colonisation est-il nouveau ?
Ce plan représente une poussée significative vers la colonisation de zones de la Cisjordanie historiquement exclues des plans d’expansion des colonies au cours des trois dernières décennies — marquant ainsi le début d’une nouvelle phase dans la politique d’accaparement des terres menée par Israël. Ce changement a des implications stratégiques majeures, mais risque d’être approuvé sans véritable débat ni délibération politique. Selon les partisans du plan cités par Israel Hayom, « cela ne nécessite pas un long processus législatif, mais une simple décision du Conseil des ministres qui pourrait modifier la réalité sécuritaire pour les années à venir ».
La facilité avec laquelle une décision aux conséquences aussi importantes pourrait être approuvée est le résultat direct d’une série de mesures juridiques et administratives prises par Israël concernant le fonctionnement de l’administration de l’occupation.
« L’occupation israélienne de la Cisjordanie n’est plus gérée par l’armée israélienne », explique Khalil Tafakji. « Mais plutôt par des fonctionnaires civils alignés sur le mouvement des colons. »
Cela signifie que la procédure administrative d’approbation des projets de colonisation est traitée de la même manière que celle applicable aux projets urbains israéliens sur le territoire d’Israël proprement dit, puisque ces fonctionnaires considèrent la Cisjordanie comme faisant partie d’Israël. Plus important encore, ces fonctionnaires se sont vu conférer le pouvoir de mettre en œuvre leur vision sur les terres palestiniennes.
Si ces changements administratifs avaient déjà des antécédents, ils se sont accélérés après le 7 octobre 2023.
En 2024, Smotrich a décrit le nouveau système bureaucratique civil chargé d’administrer la Cisjordanie, qu’il a contribué à mettre en place en tant que nouveau chef de l’organe militaire responsable de l’administration de la Cisjordanie, comme « un changement dans l’ADN du système ».
Tafakji note qu’avant ces changements, les projets de colonisation devaient être examinés au sein des institutions militaires et de sécurité, après quoi le gouvernement israélien en discutait lors d’une réunion spéciale tous les six mois. « Désormais, l’armée a été remplacée, dans ce processus, par des instances administratives civiles nommées et dirigées par Smotrich, et le gouvernement se réunit chaque semaine pour les approuver », déclare Tafakji.
Au cours des derniers mois, le gouvernement israélien a adopté une série de décisions autorisant les particuliers et les entreprises israéliens à acquérir des biens immobiliers dans les zones A et B, et permettant la prise de contrôle de sites historiques et religieux par les services israéliens des antiquités.
Toutes ces politiques ont été consacrées par la Knesset israélienne, qui a adopté plusieurs résolutions à une majorité écrasante, notamment une résolution rejetant la création d’un État palestinien en juillet 2024, et une autre approuvant l’annexion de la Cisjordanie en juillet 2025.
La nature de ces politiques est claire : mettre fin au cadre d’autonomie palestinienne limitée qui faisait l’objet d’un consensus politique en Israël depuis les accords d’Oslo — et que la communauté internationale considérait comme le point de départ pour parvenir à terme à une solution à deux États fondée sur les frontières de 1967.
La destruction de ce cadre n’est plus implicite. En février dernier, Bezalel Smotrich a déclaré lors d’une réunion publique avec des dirigeants de colons israéliens que son objectif principal était d’« éliminer l’idée » d’un État palestinien et d’« annuler officiellement et concrètement ces maudits accords d’Oslo ».
Ces politiques ont rendu possible un projet tel que le « Jour du commandement », en en faisant un projet soutenu par l’État qui s’inscrit dans la stratégie concertée d’Israël visant à annexer la Cisjordanie et à « enterrer » toute chance de voir naître un État palestinien.
« Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’impunité dont bénéficie Israël, en particulier de la part de ses partenaires occidentaux », souligne Tafakji. « Au cours des années passées, il existait une certaine pression de la part des pays arabes et européens, et même des États-Unis eux-mêmes, pour ralentir ou limiter l’expansion des colonies israéliennes. » Aujourd’hui, selon Tafakji, une telle pression n’existe plus. Au contraire, l’annexion par Israël est accueillie par un silence total. « Israël exploite cela au maximum », affirme-t-il.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss



