Par l’Agence Média Palestine, le 12 octobre 2026

La Palestine est présente dans presque toutes les catégories du palmarès du prix Bayeux des correspondants de guerre, annoncé samedi 10 octobre, rendant un hommage fort aux journalistes et photographes qui documentent sans relâche le génocide à Gaza. Au total, ce sont 7 grands prix sur 10 qui concernent Gaza ou la Cisjordanie.
Mahmoud Abu Hamda remporte le premier prix dans la catégorie photographie, le prix Nikon, pour son cliché « Ce que la guerre laisse derrière elle », où l’on voit un enfant, déplacé de la ville de Beit Hanoun et vivant dans l’une des universités transformées en refuges, qui observe son oiseau de compagnie s’envoler dans la poussière de l’abri. L’image a également remporté le prix du public.
« Mon plus grand honneur est que ces photos aient pu sortir des frontières de Gaza », a réagit le photographe récompensé dans un message pré-enregistré et diffusé lors de la cérémonie, où il témoignait également de la difficulté de ses conditions de vie. Après Mahmud Hams (AFP) en 2024 et Saher Alghorra (Zuma Press) en 2025, c’est la troisième fois consécutive qu’un journaliste palestinien est célébré par le prix Nikon, alors que ces dernier-es subissent un ciblage délibéré par Israël, qui a assassiné au moins 263 journalistes à Gaza depuis le 7 octobre 2023.
Le Prix Jeune reporter a été attribué à Jehad Alshrafi (AP) pour Endless War and Devastation in Gaza. L’un des clichés de cette série avait été retiré du festival Deauville Sport Images sur demande du maire de la ville, déclenchant une vive polémique avant que la justice n’en ordonne la réinstallation.
La catégorie radio a également célébré le journalisme palestinien en attribuant le prix du Comité du Débarquement à Anas Baba (NPRà) pour son reportage Recovering the Dead in Gaza. En télévision grand format, c’est un reportage sur la famine à Gaza qui est récompensé, un film de BFMTV dont l’équipe compte un journaliste palestinien resté anonyme. En télévision également, CNN est récompensée pour une enquête sur des soldats israéliens au service des colons en Cisjordanie, également primée en Image vidéo.
« Médiacide »
Cette célébration intervient alors que la rapporteuse spéciale aux Nations Unies Francesca Albanese rend public son dernier rapport, intitulé « La vérité sous les décombres », qui pointe dans les pratiques israéliennes une volonté de porter atteinte à la liberté d’informer, pratiques qui relèvent selon elle d’un « médiacide ».
Le rapport identifie trois formes d’atteintes : l’élimination délibérée des journalistes palestiniens d’une part dans le but de priver le monde de témoins des crimes israéliens à Gaza, ainsi que « le rôle joué par certains segments des médias israéliens dans la normalisation et la promotion de la haine, l’incitation au génocide et sa négation. »
En troisième lieu, le rapport pointe « le rôle joué par les médias internationaux influents et les plateformes numériques dans la mise à l’écart des voix palestiniennes et la reproduction des discours israéliens, la normalisation des contre-vérités juridiques, ce qui finit par légitimer les atrocités. »
Selon Albanese, ces trois éléments constituent une atteinte à la vérité qui ne serait pas seulement concomitante au génocide, mais serait « intrinsèque à la violence génocidaire qu’elles visent à dissimuler. »
Réagissant à l’annonce du palmarès du prix Bayeux, le journaliste palestinien Iyad Alasttal rapelait ce weekend que c’est « grâce aux journalistes palestiniens qu’on saura si ce qui se passe à Gaza est un massacre, un génocide ou des crimes de guerre », avant de conclure : « n’oubliez pas Gaza ! »
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