Comment Israël légifère la destruction du système éducatif palestinien à Jérusalem-Est

Une loi récemment adoptée par la Knesset vise à démanteler le système éducatif palestinien à Jérusalem-Est occupée.

Par Salam Irsheid, le 19 juillet 2026

Vue de Jérusalem, 15.04.26 (Avishay Mohar/Activestills)


Mardi, le président de la commission de l’Éducation de la Knesset, Zvi Sukkot, membre du Parti sioniste religieux d’extrême droite, s’est rendu dans une école palestinienne de Jérusalem-Est pour une « visite surprise », sa deuxième en deux semaines. Il n’est pas venu pour évaluer la pédagogie, les conditions dans les salles de classe ou les besoins de l’établissement : il a saccagé le panneau d’entrée de l’école parce qu’il arborait un drapeau palestinien, et s’est engagé publiquement à fermer l’établissement.

Cette irruption dans l’école était bien plus qu’un simple coup de pub destiné à séduire sa base politique à l’approche des élections israéliennes d’octobre 2026. Elle incarnait concrètement une vaste campagne d’État visant l’éducation palestinienne dans Jérusalem-Est illégalement occupée et annexée.

Sukkot utilise sa position pour exercer un contrôle physique sur les écoles palestiniennes. Cette initiative s’ajoute à la campagne législative agressive menée par la Knesset pour détruire l’éducation palestinienne à Jérusalem-Est, poussée ces dernières années par des législateurs.

L’une de ces lois, adoptée en janvier 2026, interdit aux diplômés des universités palestiniennes de Cisjordanie d’exercer la profession d’enseignant en Israël et à Jérusalem-Est. Cette loi repose sur une idéologie raciste et sur des affirmations extrémistes selon lesquelles les diplômés de ces universités seraient intrinsèquement dangereux et moralement inaptes à exercer la fonction d’éducateur.

Les motivations des partisans de cette loi ont été clairement exposées lors des délibérations de la Knesset : faire progresser ce que plusieurs députés ont qualifié d’« israélisation » du système éducatif et des élèves, même au détriment de l’accès à l’éducation. Lors d’une séance de la commission de l’Éducation en mai 2025, un député du Likoud a affirmé que cette loi était nécessaire car les enseignants diplômés des universités palestiniennes « ne cultivent pas l’israélisation » parmi leurs élèves.

La loi a été adoptée en dépit des conséquences dévastatrices qu’elle ne manquera pas d’avoir sur le système éducatif palestinien de Jérusalem-Est, déjà fragile et défavorisé. Ce système dépend en grande partie des diplômés des universités de Cisjordanie (majoritairement des femmes) et souffre déjà d’une grave pénurie d’enseignants et de salles de classe.

Une autre loi, adoptée en novembre 2024 et communément appelée « loi du silence », confère au ministère israélien de l’Éducation un pouvoir discrétionnaire total pour suspendre ou révoquer des enseignants par le biais d’une procédure administrative accélérée. Elle vise les propos que le ministère considère comme une « incitation au terrorisme », sur la base des clauses ambiguës et arbitraires de la loi israélienne contre le terrorisme, devenue un mécanisme tous azimuts permettant de criminaliser les discours palestiniens.

La loi de 2024 confère également au ministère le droit de retirer leur financement aux écoles pour ces mêmes motifs, entraînant potentiellement leur fermeture.

Là encore, les délibérations de la commission de la Knesset sur cette loi ont révélé que le système éducatif palestinien de Jérusalem-Est était explicitement visé et que les législateurs considéraient ce système comme une menace pour la sécurité à laquelle il fallait remédier. Comme l’a déclaré un député du Likoud lors d’une discussion de la commission de l’Éducation au début de l’année 2024 sur ce projet de loi : « Il est très important qu’ils deviennent sionistes… Si j’étais un Arabe de Jérusalem-Est, la première chose que je serais, c’est un sioniste. Avant tout ».

La promesse du député Sukkot de fermer l’école qu’il a attaquée n’est pas une menace en l’air. Elle fait suite à la fermeture de six écoles à Jérusalem-Est et dans ses environs en 2025, privant soudainement 800 enfants palestiniens d’accès à une éducation scolaire. Ces fermetures sont la conséquence directe des lois anti-UNRWA de 2024 et 2025 adoptées par la Knesset.

La législation et les actes de vandalisme commis par le député Sukkot contre une école palestinienne illustrent les efforts déployés par l’État pour imposer l’« israélisation » aux jeunes élèves palestiniens vivant sous occupation, et pour effacer toute trace d’éducation et d’identité palestiniennes, quitte à bafouer au passage tous les besoins pédagogiques légitimes.

Le Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël Adalah conteste actuellement toutes ces lois devant la Cour suprême israélienne, avec des recours en instance contre l’interdiction visant les diplômés universitaires palestiniens, la « loi du silence » visant l’expression politique des enseignants, et les lois anti-UNRWA.

Nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour résister juridiquement à cette campagne contre l’éducation palestinienne. Mais l’offensive de l’État contre les écoles palestiniennes ne cessera pas tant qu’une véritable pression internationale ne sera pas exercée sur le gouvernement israélien pour qu’il mette fin à ses violations de la quasi-totalité des droits humains de la population palestinienne occupée à Jérusalem-Est, y compris le droit à l’éducation et le droit à la dignité.



Salam Irsheid est avocate au sein de l’unité des droits économiques et sociaux d’Adalah. Depuis qu’elle a rejoint Adalah en 2021, elle mène des actions en justice stratégiques et des actions de plaidoyer juridique pour défendre les droits des Palestiniens en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera

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