Les fouilles des ruines de Gaza donnent lieu à des funérailles géantes

Les travaux de recherche des corps enfouis sous les décombres de Gaza se poursuivent, donnant lieu à des cérémonies géantes pour des enterrements hors-norme.

Par l’Agence Média Palestine, le 10 août 2026



19 corps ont été extraits des décombres d’un immeuble résidentiel de l’ouest de la ville de Gaza, a annoncé la Défense civile palestinienne dans un communiqué paru samedi 8 août. 

Le bâtiment, nommé Karam, a été détruit lors d’une frappe israélienne pendant la guerre contre Gaza, laissant les corps de Palestinien-nes piégés sous les décombres. Parmi ceux-ci ont été identifié-es une majorité de femmes et d’enfants, confirmant que l’immeuble était habité lorsqu’il a été frappé par les bombes israéliennes.

Cette annonce conclut les opérations de fouille des décombres du Karam, après 4 jours de recherches. Les équipes de la Défense civile ne disposent que d’outils rudimentaires et effectuent la majeure partie de leurs recherches manuellement, faute d’engins lourds capables de déplacer les dalles de béton laissées par les frappes israéliennes. La Défense civile a néanmoins aussitôt annoncé poursuivre ses recherches sur un nouveau site, ailleurs dans la ville de Gaza.

Les fouilles actuelles s’inscrivent dans le cadre de la deuxième étape du projet de récupération des corps mené par la Défense civile, lancé le 19 juillet dernier. Lors de son lancement, le porte-parole de la Défense civile Mahmoud Basal estimait à 800 heures le travail de recherche des 1 072 corps encore ensevelis sous les décombres de 147 habitations détruites dans les gouvernorats de Gaza, du Nord de Gaza et du Centre de Gaza.

Au cours de la première phase du projet, lancée en novembre 2025, les équipes ont récupéré 333 corps et restes humains sous les décombres de 54 habitations et bâtiments détruits, tandis qu’environ 226 corps n’ont pas pu être récupérés en raison d’un équipement insuffisant.

Les travaux sont en effet menés avec des moyens très limités, à savoir une pelleteuse, un bulldozer et un camion, avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge. Un travail éreintant, auquel s’ajoute le poids psychologique de la tâche et les difficultés liées à l’identification des défunt-es retrouvé-es. 

112 personnes enterrées en un jour

La semaine passée, ce sont 112 corps qui avaient été retrouvés dans un bloc résidentiel du quartier de Sabra, détruit par les bombardements israéliens en novembre 2023. Une cérémonie hors-norme a été organisée pour leur rendre hommage et les enterrer dignement, donnant lieu aux plus grandes funérailles de masse de Gaza.

Les proches des disparu-es témoignent du soulagement de pouvoir donner une digne sépulture à leurs défunt-es, mais la cérémonie a également ravivé la douleur de leur perte.

« Aujourd’hui, j’ai eu l’impression que c’était le premier jour où je les avais perdus », explique Lara Abu Sharia au micro d’Al Jazeera. « C’était un chagrin renouvelé, de leur dire adieu de cette manière. »

Cette habitante décrit l’attente de savoir ses proches dignement enterrés comme une réelle souffrance, rendant impossible le travail du deuil. « Parfois, je me dis que quelqu’un était peut-être blessé et attendait des secours. Peut-être qu’on aurait pu sauver quelqu’un. Parfois, je les imagine en train de suffoquer sous les décombres. Je perds presque la tête en pensant à leurs derniers instants. »

Le ministère de la santé de Gaza estime à près de 8 000 le nombre de corps encore piégés dans les gravats, tandis que d’autres études estiment que ce chiffre pourrait être bien plus élevé, jusqu’à 14 000 selon certain-es expert-es.

En juin dernier, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait alerté sur l’urgence d’accélérer les fouilles, faute de quoi les possibilités d’identification des corps pourraient être définitivement compromises.

« Plus les défunts restent longtemps sous les décombres, plus il y a de chances qu’ils se trouvent à un stade avancé de décomposition, voire qu’ils soient réduits à l’état de squelette lorsqu’ils seront finalement retrouvés », déclarait alors le porte-parole du CICR, Pat Griffiths



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