Israël a interdit aux groupes palestiniens de lancer des « cerfs-volants, drones et ballons » depuis l’enclave déchirée par la guerre.
Par Al Jazeera, le 24 août 2026

Un enfant de quatre ans figurait parmi les trois Palestiniens tués dimanche lors de frappes aériennes israéliennes dans le centre de Gaza, alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahou menaçait d’intensifier les attaques en réponse au lancement présumé de cerfs-volants en papier depuis cette enclave déchirée par la guerre.
Dimanche, Israël a tiré des missiles sur un entrepôt à az-Zawayda, le réduisant en ruines, puis mené des frappes près de la rue Salah al-Din, tuant Muhammad Abdel Salam Taha, âgé de quatre ans.
Les frappes de drones israéliens ont également visé le sud de Khan Younis et une tente abritant des personnes déplacées à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, à Deir el-Balah, faisant de nouvelles victimes.
Au milieu des décombres d’az-Zawayda, le témoin Abu Ahmed exprime son désespoir face à cette violence incessante. « Il n’y a pas de cessez-le-feu ; il n’y a rien. Nous voulons des solutions ; nous voulons vivre en paix », dit-il.
Ces bombardements meurtriers interviennent alors que des experts des affaires palestiniennes et israéliennes avertissent que le gouvernement fabrique de toutes pièces une crise sécuritaire autour de jouets d’enfants afin de faire échouer les accords de cessez-le-feu, d’imposer des changements démographiques et d’assurer la survie politique de Netanyahou.
Après l’attaque, Netanyahou et son ministre de la Défense, Israel Katz, ont publié dimanche une déclaration commune menaçant de riposter sévèrement au sujet de ces jouets. Ils ont également menacé de procéder à l’expulsion forcée des Palestiniens des zones « utilisées comme sites de lancement de cerfs-volants, de drones et de ballons ».

« Il n’y aura pas de retour à la situation qui prévalait avant le 7 octobre [2023] », indique le communiqué conjoint, ajoutant qu’Israël ne permettra pas au Hamas ni à aucun autre groupe de Gaza « de menacer à nouveau nos communautés et de compromettre le sentiment de sécurité de nos citoyens ».
Ces attaques ont eu lieu alors même que l’armée israélienne a reconnu que les cerfs-volants récupérés ne contenaient aucun explosif et étaient simplement pilotés par des enfants. Alors que le communiqué conjoint fait mention de « cerfs-volants, drones et ballons », les inspections militaires ont confirmé n’avoir trouvé que 10 cerfs-volants en papier, tous totalement dépourvus d’explosifs et lancés par des enfants dans des camps de déplacés.
L’analyste politique palestinien Hussam Shaheen, interrogé par Al Jazeera, affirme que les allégations concernant des drones lancés depuis Gaza sont inventées de toutes pièces. « C’est une affirmation fausse et sans fondement ; cela n’existe pas. Cela a été démenti, et il n’existe absolument aucune preuve permettant d’établir un quelconque lien avec des drones », a-t-il déclaré.
Adel Shadid, expert des affaires israéliennes, explique à Al Jazeera que cette menace est entièrement fabriquée de toutes pièces par les médias hébreux sous la houlette du pouvoir militaire.
« C’est clairement une intention délibérée d’exploiter ces cerfs-volants en papier comme prétexte, et toute cette affaire pourrait bien être une invention », a déclaré M. Shadid.
Armes nucléaires contre cerfs-volants en papier
Les analystes soulignent l’absurdité des affirmations d’Israël concernant ces jouets.
L’analyste politique palestinien Hussam Shaheen indique à Al Jazeera que ces cerfs-volants ne constituent qu’un prétexte fallacieux pour se soustraire à des engagements politiques.
« Il est inconcevable qu’un État se prétendant une grande puissance dotée d’un arsenal nucléaire considère un cerf-volant en papier lancé par un enfant palestinien comme une menace pour sa sécurité », déclare M. Shaheen.
Il souligne également l’impossibilité logistique du récit israélien, en rappelant que ce sont des Palestiniens déplacés qui font voler ces cerfs-volants dans des camps encerclés par les forces d’invasion.
« Soixante-dix pour cent de la bande de Gaza est toujours sous le contrôle de l’armée israélienne ; comment peut-on donc parler de cerfs-volants en papier pénétrant tout cet espace et constituant une menace pour la sécurité ? », ajoute M. Shaheen.
Survie électorale
Cette escalade soudaine coïncide avec le rejet par Israël d’une feuille de route en 15 points pour un cessez-le-feu, soutenue par les États-Unis et que le Hamas avait déjà acceptée, laissant les experts penser que ces violences sont directement liées aux prochaines élections d’octobre.
Shaheen souligne que la classe politique s’appuie sur la violence pour gagner des voix, notant que les Palestiniens sont historiquement utilisés comme un atout électoral.
« Les sondages d’opinion indiquent que les chances de Netanyahu de former un gouvernement sont désormais nulles », déclare Shadid à Al Jazeera.
Les experts soulignent que le fait d’exagérer la menace que représentent les cerfs-volants en papier sert un objectif stratégique plus sinistre : redessiner les réalités démographiques sur le terrain.
« Netanyahou n’a pas besoin de faire des cerfs-volants en papier un problème majeur ; son objectif premier est plutôt de pousser les Palestiniens vers le déplacement et d’échapper à tout engagement politique », explique Shaheen à Al Jazeera.
Suleiman Bisharat, chercheur en sciences politiques, explique que le gouvernement utilise délibérément ces prétextes fallacieux pour instiller un climat de peur au sein de la société israélienne, afin de rallier le soutien de l’opinion publique en faveur d’un recours disproportionné à la force.
« Il est vrai que l’on pourrait considérer ces prétextes comme superficiels et fragiles, mais en fin de compte… Israël les intègre dans son équation sécuritaire », déclare Bisharat à Al Jazeera.
Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Al Jazeera



