Projet de colonisation E1 : la communauté internationale regarde Israël franchir sa « ligne rouge »

Que peut l’indignation de la communauté internationale, quand la stratégie israélienne de la terre brûlée est sur le point de parvenir à ses fins dans son projet de colonisation E1 ?

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 24 août 2026


C’était une ligne rouge pour la communauté internationale, qui s’est historiquement opposée au projet de colonisation « East 1 », communément baptisé E1. 

Élaboré au cours des années 90, sous la présidence d’Yitzhak Rabin, le projet n’a eu de cesse d’être stoppé puis relancé depuis 2005. Et pour cause : il ferme la porte à la solution à deux États comme règlement à la guerre coloniale israélienne, car ces colonies isoleraient les Palestinien·nes de Jérusalem de la Cisjordanie occupée, et couperait le territoire palestinien en deux. 

C’est d’ailleurs précisément l’objectif affiché du projet tel que défini par le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich, qui vit lui-même dans une colonie illégale sur des terres palestiniennes, lorsqu’il annonçait la reprise du projet au mois d’août de l’an dernier : « l’État palestinien est en train d’être rayé de la carte, non pas par des slogans, mais par des actes », affirmait-il fièrement.

Les mots de condamnation qui n’ont pas manqué de pleuvoir à cette annonce n’auront cette fois pas permis cette fois de stopper l’avancée de la construction, validée par l’administration civile la semaine dernière et dont l’appel d’offre vient d’être ouvert aux entreprises de bâtiment.

« La décision du gouvernement israélien de publier des appels d’offres pour la construction du projet de colonie E1 est inacceptable », se sont empressés de répondre les dirigeants du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, du Canada et de la Norvège, dans un communiqué commun.

« Non seulement cela nous éloignera davantage de la paix, mais cela sapera encore davantage la position d’Israël sur la scène internationale », alertent les 7 pays, sans pour autant prononcer de mesure coercitive ou de sanction à l’égard d’Israël. Mais quel effet aura cette condamnation, quand la stratégie israélienne de terre brûlée est sur le point de parvenir à ses fins ?

« Politique de la terre brûlée » 

Si le projet a régulièrement été mis sur pause pour satisfaire la communauté internationale, chacune de ses relances a apporté une avancée irrémédiable, ce qui fait qu’aujourd’hui, la marge de manœuvre pour empêcher la construction de la colonie E1 est très faible.

Si le projet a été élaboré dès 1991, Israël a entamé les travaux préliminaires d’infrastructure pour E1 en 2004, avant d’y construire des routes ainsi qu’un quartier général de police. Les projets de construction de milliers de logements sont néanmoins restés en suspens, sous pression des gouvernements européens et états-uniens successifs. Israël a de nouveau reporté la poursuite du projet E1 en 2022, suite à des pressions américaines.

C’est peut-être en raison du second mandat du président états-unien Donald Trump que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, jugeant le contexte politique plus favorable à l’expansion des colonies, a décidé de relancer l’an dernier le projet, dans un contexte d’accélération fulgurante de l’expansion coloniale en Cisjordanie occupée, en marge du génocide à Gaza.

En mars 2025, Israël a alloué 335 millions de shekels (92 millions de dollars) à la construction d’une « route de la souveraineté » destinée à détourner la circulation palestinienne de la zone E1 et de Ma’ale Adumim vers un itinéraire séparé. En mai 2026, les autorités israéliennes ont démoli une cinquantaine de commerces et d’entreprises palestiniens à l’entrée est d’al-Eizariya, également connue sous le nom de Béthanie, une ville palestinienne située sur le versant sud-est du mont des Oliviers, à environ 2,4 km (1,5 mile) à l’est de Jérusalem, en vue de la construction de cette route liée à la colonie.

Et la semaine dernière, les autorités israéliennes ont donc lancé des appels d’offres pour la construction de 1 234 logements dans le cadre de l’un des deux plans de construction approuvés pour la zone E1, qui se situe immédiatement à l’est de Jérusalem-Est occupée et de la colonie illégale de Ma’ale Adumim.

Le projet final prévoit d’étendre Ma’ale Adumim jusqu’à la zone E1 avec la construction de 3 400 logements de colons sur environ 12 kilomètres carrés de terres palestiniennes, ainsi que d’hôtels et de routes reliant plus rapidement la colonie à Jérusalem.

Environ 3 700 Palestinien·nes, principalement des Bédouins, vivent dans 18 communautés de la région et ont déjà subi des démolitions de logements, des déplacements forcés et des restrictions d’accès aux services de base.

Vers l’annexion

Cette nouvelle avancée intervient alors qu’une action en justice est toujours en cours, initiée par les organisations Ir Amim, Bimkom et Peace Now, conjointement avec des résidents bédouins palestiniens, devant le tribunal de district de Jérusalem, une procédure qui interdit, en théorie, aux autorités israéliennes d’ouvrir de nouveaux appels d’offre.

« Il s’agit d’une manœuvre de dernière minute qui s’inscrit dans la politique de la terre brûlée que le gouvernement mène en fin de mandat afin de garantir à Israël de longues années de conflit et d’effusions de sang. », dénonce l’organisation Peace Now dans un communiqué. « Construire dans la zone E1 anéantira toute possibilité de mettre fin au conflit et de parvenir à un accord de paix fondé sur la solution à deux États. Le gouvernement tente de signer des contrats avec des entrepreneurs avant les élections afin qu’il soit beaucoup plus difficile pour le prochain gouvernement d’annuler la construction. »

Les organisations soulignent en outre que la période de l’appel d’offres prendra fin le 19 octobre 2026, une semaine avant les élections israéliennes prévues le 27 octobre, alors qu’un sondage du groupe Jewish People Policy Institute a révélé que 22 % des citoyen·nes juif·ves d’Israël sont favorables à l’expulsion de la population palestinienne de la Cisjordanie occupée, tandis que 38 % d’entre elles et eux soutiennent l’annexion de ce territoire.

La décision d’Israël d’aller de l’avant avec cette expansion intervient alors que des organisations de défense des droits Humains alertent sur l’augmentation des attaques de colons et d’expansion des colonies illégales, quand une étude menée par l’agence humanitaire des Nations unies révèle que le nombre de Palestinien·nes déplacé·es de force à la suite d’attaques de colons, de démolitions et d’expulsions au cours des quatre premiers mois de 2026 était supérieur à celui enregistré sur l’ensemble de l’année 2025.

En seule réponse aux exactions des colons israéliens envers les habitant·es palestinien·nes de Cisjordanie occupée, le ministre israélien de la Défense Israël Katz envisageait il y a deux semaines de transférer à la police israélienne les pouvoirs d’application de la loi dans les affaires civiles concernant les colons en Cisjordanie occupée, une mesure qui constituerait « un nouveau pas vers l’annexion », en niant l’occupation pour considérer les colons israéliens comme relevant du droit civil et non militaire.

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