Alors que le « cessez-le-feu » est plus fragile que jamais, la directrice de l’Association des agences de développement international (AIDA) estime que le Conseil de la paix « contribue à ancrer davantage la présence illégale d’Israël » à Gaza.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 31 août 2026

Le haut représentant du Conseil de la paix a averti le Conseil de sécurité de l’ONU la semaine dernière que le processus de cessez-le-feu à Gaza risquait de s’effondrer, insistant sur l’absence d’alternative au plan soutenu par les États-Unis et prétendant ignorer les violations répétées par Israël de ses propres engagements.
Où en est la feuille de route ?
Si vous craignez d’avoir perdu le fil des négociations autour du plan de paix pendant l’été, pas de panique : rien n’a changé, à quelques déclarations près. Sur le terrain, Israël occupe toujours plus de 60% de l’enclave palestinienne, y mène des frappes meurtrières presque quotidiennes et empêche les entrées humanitaires et les évacuations médicales.
Dans la théorie, le « cessez-le-feu » officiellement entré en vigueur il y a bientôt un an est toujours actif. Mais la mise en place de la seconde partie du processus de « paix » continue de se faire attendre. Depuis le 21 mai, les négociations portent sur une feuille de route en 15 points sur la reconstruction, le désarmement des groupes armés palestiniens, un retrait progressif d’Israël et le mandat des Forces de sécurité intégrées (ISF), ainsi que sur la restructuration de la police de Gaza.
Le Conseil de la paix a annoncé le 31 juillet être parvenu à un accord sur cette feuille de route, le Hamas l’ayant approuvée, appelant Israël à respecter ses engagements quant à sa mise en œuvre. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a par la suite rejeté ce plan, le 9 août, démentant les informations selon lesquelles son gouvernement aurait accepté d’autoriser l’entrée des troupes internationales à Gaza.
La semaine suivante, l’envoyé de la maison blanche (et gendre de Donald Trump) Jared Kushner annonçait, suite à sa rencontre avec Benjamin Netanyahou, que les opérations de désarmement pourraient commencer dans 30 jours, et que les États-Unis espéraient retirer les armes du Hamas et détruire en les tunnels dans un délai de 60 à 90 jours, sans engagement formel d’Israël à retirer ses troupes de l’enclave en contrepartie, ni avant, ni après.
La création de deux nouveaux « groupes de travail » a été annoncée dans la foulée, sur le désarmement et sur la coordination des efforts humanitaires, assortie de l’assurance par les États-Unis et Israël qu’aucune réhabilitation à plus grande échelle n’aurait lieu avant la fin du processus de désarmement.
« Point de non-retour »
Si elles présentaient les atours d’« avancées », ces déclarations n’en étaient pas moins en décalage important avec la feuille de route initiale. Elles ont en outre coïncidé avec une nouvelle escalade dans les attaques israéliennes sur Gaza.
C’est dans ce contexte que Nickolay Mladenov, haut représentant du Conseil pour Gaza, avertissait la semaine passée dans un communiqué adressé au conseil de sécurité de l’ONU que l’échec du processus de cessez-le-feu à Gaza constituerait un « point de non-retour ».
« Gaza n’a plus les moyens de supporter une nouvelle catastrophe. Si le cessez-le-feu s’effondre et que la bande replonge dans une nouvelle escalade généralisée, il n’y aura plus de feuille de route sur laquelle revenir, plus d’administration à déployer et plus rien sur le terrain à reconstruire », a-t-il déclaré.
Nickolay Mladenov indique que la poursuite des frappes israéliennes fait peser un risque pour le cessez-le-feu, précisant que « chaque recours à la force qui ne répond pas à une menace imminente, et chaque incident pour lequel le mécanisme de coordination n’a pas été sollicité, coûtent à ce processus quelque chose qu’il sera très difficile de regagner », tout en accusant le Hamas de continuer à « porter des armes » et de poursuivre la construction de tunnels.
Le déséquilibre entre les deux accusations n’est pas souligné par Nikolay Mladenov, qui sous-entend une forme de entre le fait de mener des attaques qui ne relèvent pas de la légitime défense et celui de porter des armes sans les utiliser. Les analystes s’accordent pourtant à dire que la viabilité politique du plan de « paix » dépendra de l’adhésion sincère d’Israël.
L’échec programmé du Conseil de la paix
L’absence de condamnation de l’inconsistance israélienne et l’alignement systématique des États-Unis sur ses revendications ne devraient pas surprendre. « Ce schéma est bien connu depuis l’époque d’Oslo », analyse Sami Al-Arian, chercheur à l’université Zaim d’Istanbul dans un article de Middle East Eye : « une concession palestinienne est consignée dans les archives diplomatiques, Israël rejette l’accord en le jugeant insuffisant, et la négociation suivante repart de cette concession plutôt que de la position qui l’a précédée. La récompense d’une concession non réciproque prend généralement la forme d’une nouvelle exigence. »
S’adressant également au Conseil de sécurité de l’ONU, la directrice exécutive de l’Association des agences de développement international (AIDA) Athena Rayburn, qui représente plus de 100 ONG humanitaires et de développement dans le territoire palestinien occupé, estime que le Conseil de paix a non seulement « échoué » à Gaza, mais a également « contribué à ancrer davantage la présence illégale d’Israël » sur ce territoire.
Outre les plus de 1 300 Palesitien-nes assassiné-es par Israël depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », la directrice d’AIDA pointe des restrictions abusives sur les entrées de matériel humanitaire à Gaza, détaillant notamment comment qu’Israël refuse les ciseaux, les béquilles, les fauteuils roulants et les prothèses, les qualifiant d’instruments « à double usage ».
« Le mandat que ce Conseil [de l’ONU] a donné au Conseil de la paix est utilisé pour obscurcir la poursuite des actions d’Israël qui violent les droits fondamentaux des Palestiniens de Gaza et les règles les plus élémentaires du droit international humanitaire », affirme Athena Rayburn, qui ajoute que « cela ne peut pas devenir le nouveau statu quo. »
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