Plus de 18 000 logements coloniaux planifiés en Cisjordanie occupée depuis le début de l’année

Point hebdomadaire sur la situation en Cisjordanie occupée : semaine du 9 au 15 septembre 2026

Par l’Agence Média Palestine, le 14 septembre 2026. 

L’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée s’est encore accélérée cette semaine. Selon la Commission de résistance au Mur et à la colonisation, les autorités israéliennes ont fait avancer depuis le début de l’année 100 projets représentant 12 300 logements en Cisjordanie, auxquels s’ajoutent 53 projets portant sur 5 783 logements à Jérusalem-Est occupée.

Pour le seul mois de septembre, douze projets représentant 2 340 logements ont déjà progressé dans les différentes étapes du processus de planification.

À Al-Mughayyir, les attaques de colons se poursuivent sous protection de l’armée

Le village d’Al-Mughayyir, au nord-est de Ramallah, a de nouveau été la cible de violences israéliennes. 

Le 11 septembre, des colons ont attaqué un élevage de volailles situé à l’est du village. Lorsque des habitant·es ont tenté de les repousser, les assaillants ont ouvert le feu. Les forces israéliennes sont ensuite intervenues en tirant des grenades lacrymogènes contre les Palestinien·nes, permettant aux colons de quitter les lieux sous leur protection.

Le même jour, deux habitants du village ont été violemment agressés sur la route d’Al-Mu’arajat, qui relie Ramallah à Jéricho. Muhyiddin Abu Naim et son collègue rentraient de leur travail à Al-Auja lorsqu’ils se sont arrêtés pour aider un automobiliste dont le pneu était crevé. Des colons sont par la suite arrivés à bord de deux véhicules et les ont frappés à coups de bâtons et d’objets tranchants. Les deux hommes ont été hospitalisés pour des fractures et des contusions, tandis que leurs véhicules ont été endommagés.

Dès le lendemain, l’armée israélienne a de nouveau pénétré dans Al-Mughayyir. Selon Amin Abu Aliya, chef du conseil du village, des bulldozers israéliens ont rasé des terres dans les secteurs est et ouest et rouvert plusieurs voies afin de faciliter les déplacements des colons dans la zone.

Les attaques contre les terres agricoles se sont d’ailleurs répétées dans d’autres localités. 

À l’est de Tubas, des colons ont détruit des réseaux d’irrigation, endommagé des cultures et emporté une clôture le 10 septembre. Trois jours plus tard, Mohammad Darwish et Nashat Ishtayeh ont été roués de coups alors qu’ils se trouvaient sur leurs terres à Wadi al-Shaer, à l’est de Salfit.

Les ressources en eau sont elles aussi prises pour cible. À Bir al-Maskub, communauté bédouine située à l’est de Jérusalem, des habitant·es ont signalé que des colons s’introduisaient régulièrement dans leur puits pour y jeter des objets et des substances non identifiées, faisant craindre une contamination de l’eau.

À proximité, dans la communauté d’Al-Mahattoush, des colons ont installé une nouvelle clôture autour d’un avant-poste agricole, réduisant encore l’accès des habitant·es à leurs terres. La communauté avait déjà subi au cours des semaines précédentes plusieurs attaques, notamment contre ses conduites d’eau.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), plus de 1 600 attaques de colons ayant fait des blessé·es palestinien·nes ou causé des dégâts matériels ont été recensées entre janvier et août 2026 dans 275 communautés palestiniennes. Cela représente une moyenne de 6,7 attaques par jour, contre cinq en 2025, et 1,5 en 2021.

Tirs, arrestations et perquisitions

Les forces israéliennes ont parallèlement poursuivi leurs incursions dans plusieurs villes et villages palestiniens.

Le 10 septembre, les autorités israéliennes ont émis ou renouvelé 30 ordres de détention administrative, pour des périodes allant de trois à six mois. Deux journalistes figurent parmi les personnes concernées. Ce régime permet à Israël d’emprisonner des Palestinien·nes pendant plusieurs mois, renouvelables, sans inculpation ni procès.

À Tammun, au sud de Tubas, cinq membres d’une même famille ont été arrêtés dimanche 13 septembre, dont deux adolescents de 16 ans. Selon Kamal Bani Awda, responsable local cité par WAFA, les arrestations visaient à faire pression sur un autre membre de leur famille, Ahmad Bani Awda, afin qu’il se livre aux forces israéliennes.

Dimanche soir, deux travailleurs palestiniens ont également été blessés par balles à Cremisan, près de Beit Jala, alors qu’ils tentaient de rejoindre leur lieu de travail à Jérusalem. L’un a été touché au pied, l’autre à la cuisse.

Lundi matin, plus de dix véhicules militaires ont investi Al-Lubban al-Sharqiya, au sud de Naplouse. Les soldats ont fermé l’entrée principale du village et perquisitionné plus d’une cinquantaine de maisons.

À Beit Ula, à l’ouest d’Hébron, un jeune Palestinien a quant à lui été blessé par balle après avoir été poursuivi par les forces israéliennes. Selon des sources locales, les soldats ont ensuite incendié son véhicule. 

À Jérusalem, des commerçants contraints de démolir leur boutique

À Jérusalem-Est occupée, les autorités israéliennes ont contraint samedi Adham Tabesh à démolir cinq structures et locaux commerciaux lui appartenant dans la zone industrielle de Wadi al-Joz.

La municipalité israélienne menaçait de lui facturer plusieurs dizaines de milliers de shekels si ses services procédaient eux-mêmes à la destruction. Selon le gouvernorat de Jérusalem, Adham Tabesh avait déjà payé environ 300 000 shekels d’amendes au cours des dernières années.

Les bâtiments abritaient notamment une menuiserie, une agence de voyages, un atelier de réparation de motos et une boulangerie. Ils constituaient une source de revenus pour plusieurs dizaines de travailleur·euses palestinien·nes et leurs familles.

La pression israélienne s’est également poursuivie autour de la mosquée Al-Aqsa. Le 11 septembre, des dizaines de colons ont organisé des rites religieux dans le cimetière musulman de Bab al-Rahma, adossé au mur oriental de l’esplanade, et y ont soufflé dans des shofars (instruments utilisés dans les rituels juifs). Selon le gouvernorat de Jérusalem, c’était la troisième semaine consécutive que de tels rassemblements avaient lieu dans le cimetière.

Dimanche, près de 240 colons ont d’ailleurs pénétré dans l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa sous la protection de la police israélienne

B’Tselem décrit un « projet d’effacement » de la présence palestinienne

Dans un rapport publié lundi 14 septembre, l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem décrit un « projet d’effacement » de la présence palestinienne en Cisjordanie occupée, accéléré depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement israélien actuel fin 2022, et davantage encore depuis octobre 2023.

À partir de plus de 2 000 témoignages recueillis depuis octobre 2023 et de plus de trente années de documentation, l’organisation identifie cinq mécanismes complémentaires  : la violence et la terreur, les restrictions à la liberté de circulation, l’asphyxie économique, la destruction politique et sociale, ainsi que le nettoyage ethnique et l’appropriation de l’espace.

Selon le rapport, ces pratiques participent au déplacement et à la dépossession des Palestinien·nes tout en renforçant le contrôle israélien, notamment par l’expansion des colonies et des avant-postes, ainsi que par le transfert progressif des terres et des ressources. B’Tselem qualifie par ailleurs le régime imposé en Cisjordanie de « régime d’apartheid ».

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