À l’approche des élections, Israël paralyse la Cisjordanie occupée

Point hebdomadaire sur la situation en Cisjordanie occupée : semaine du 21 au 27 octobre 2026

Par l’Agence Média Palestine, le 27 octobre 2026



L’armée israélienne a interdit dimanche et lundi l’accès des travailleur-euses palestinien-nes aux colonies israéliennes illégales et fermera tous les points de passage aujourd’hui, mardi 27 octobre, jour de scrutin.

Alors que les Israélien-nes se rendent aujourd’hui aux urnes, de nombreux-ses Palestinien-nes de Cisjordanie vivent sous un siège militaire brutal depuis plus de trois jours, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ayant ordonné vendredi un « confinement total » de la Cisjordanie occupée.

Hébron assiégée

Cet ordre a été donné vendredi matin, peu après que l’armée israélienne a annoncé avoir tué deux hommes palestiniens armés qui avaient attaqué et tué deux soldats israéliens d’un bataillon de réserve près de la colonie israélienne de Telem, laquelle, comme toutes les colonies, est illégale au regard du droit international.

Dans une vidéo tournée à Hébron, Netanyahou a également menacé de détruire le quartier d’où provenaient les deux Palestiniens et d’en expulser les habitant-es. « Nous allons agir pour détruire cet endroit, pour le transformer complètement », a-t-il déclaré. « Nous allons évacuer les habitant-es, nous allons faire du porte-à-porte, nous allons également saisir les armes qui s’y trouvent, et toutes les infrastructures terroristes seront démantelées et détruites. »

Comme nous le détaillons dans cet article de l’Agence Média Palestine, les soldat-es israélien-nes ont ordonné au cours du week-end aux habitant-es des quartiers d’al-Jalda et d’Ein Deir Baha de quitter les lieux à l’aide de haut-parleurs, et des milliers de personnes ont déjà été chassées de leurs foyers, le ministre de la Défense, Israël Katz, ayant déclaré qu’elles ne seraient pas autorisées à revenir et promettant d’appliquer un schéma similaire à celui pratiqué dans les camps de Jénine et Tulkarem, qui avaient déplacé plus de 40 000 Palestinien-nes de force.

Selon les derniers chiffres publiés hier soir, au quatrième jour de bouclage d’Hébron, au moins 3 171 Palestinien-nes issus de 488 familles avaient été contraint-es de quitter les lieux. Le gouverneur d’Hébron, Khaled Dudin, a déclaré que les forces israéliennes avaient fouillé plus de 500 habitations et morcelé la ville avec 128 portails fermés et 120 postes de contrôle.

Les Palestinien-nes déplacé-es menacé-es par la faim

Depuis janvier 2025, les opérations militaires israéliennes ont provoqué le plus important déplacement de Palestiniens en Cisjordanie depuis la guerre de 1967. En août 2026, 34 176 personnes demeuraient déplacées.

Ces Palestinien-nes vivent actuellement dans une très grande précarité, alors que la Cisjordanie occupée traverse une crise économique sans précédent suite au gel des recettes fiscales palestiniennes par Israël et au chômage massif qui résulte de la révocation par Israël des permis de travail de plus de 200 000 Palestinien-nes. En conséquence, nombre de ces déplacé-es sont rendu-es dépendant-es d’aide humanitaire.

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) constate que la destruction des moyens de subsistance aux attaques coordonnées des colons et de l’armée israélienne et aux déplacements forcés en Cisjordanie a entraîné l’aggravation de la faim et le fait que les familles se retrouvent plongées dans des crises encore plus graves. La dernière analyse trimestrielle sur la sécurité alimentaire menée par le PAM indique que 76 % des ménages palestiniens de Cisjordanie ont subi une baisse significative de leurs revenus.

Selon cette analyse, 12 % de la population souffre d’une consommation alimentaire insuffisante, et un tiers des ménages n’a pas les moyens de s’offrir une alimentation saine en raison de la détérioration rapide de la situation économique. Les zones rurales et les gouvernorats du sud de la Cisjordanie occupée ont été les plus durement touchés. Le PAM estime qu’environ 900 000 personnes en Cisjordanie occupée souffrent actuellement d’insécurité alimentaire, un chiffre qui a plus que doublé depuis 2023. 

Le PAM a néanmoins annoncé devoir réduire de 50% l’aide qu’il fournit dans ces territoires occupés, faute de moyens, une baisse qui va aggraver l’insécurité alimentaire dans la région et pourrait avoir de graves conséquences sur les conditions déjà très difficiles des Palestinien-nes déplacé-es de force par Israël.

70 arrestations en un jour

Les opérations militaires israéliennes de ces derniers jours ont aussi donné lieu à une vaste campagne d’arrestations dans l’ensemble des territoires occupés de Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, avec près de 70 interpellé-es recensé-es par la Société des prisonnier-es palestinien-nes (SPP) dans la journée et la nuit de vendredi à samedi.

Une partie d’entre elles et eux ont été libéré-es par la suite, et font état d’agressions plus ou moins graves subies au cours de leur arrestation ou d’interrogatoires, notamment le fait d’avoir été menottés, les yeux bandés, menacés et intimidés, en particulier ceux qui avaient déjà été arrêtés par le passé.

Les Palestinien-nes libéré-es rapportent également avoir reçu des avertissements contre toute participation à des activités politiques ou associatives, tandis que des tracts contenant des menaces ont été distribués dans plusieurs villes de Cisjordanie, selon la SPP, qui estime que l’objectif des campagnes d’arrestations vise à intimider la société et à restreindre les droits des personnes à la liberté d’expression et à la participation publique.

Dans un communiqué, la SPP dénonce de nombreux raids ciblant les logements d’ancien-nes détenu-es ou ceux de leurs proches, illustrant une politique visant à élargir la portée de la persécution pour inclure les prisonniers libérés, leurs familles et leur entourage, transformant une arrestation antérieure en une « stigmatisation » durable qui poursuit les individu-es même après qu’ils ou elles ont purgé leur peine.

Enfin, la SPP estime que la fusillade d’Hébron n’a été qu’un prétexte à une pratique d’arrestations arbitraires plus largement répandue. La veille, jeudi 22 octobre, ce sont 36 Palestinien-nes qui avaient été arrêté-es dans un ensemble de raids militaires et en parallèle d’attaques menées par des colons israéliens contre les Palestinien-nes travaillant à la récolte de leurs oliviers.

À l’inverse, les Palestinien-nes dénoncent une impunité systémique des colons israéliens. La semaine dernière, dans une opération rare, 10 colons israéliens ont été arrêtés pour leur participation à des raids brutaux ciblant des Palestinien-nes et une délégation internationale de soutien, dont un maire français qui a été roué de coups. 9 de ces colons interpellés ont été libérés jeudi 22 octobre.

Une commission de l’ONU dénonce des crimes contre l’humanité

Dans son communiqué, la SPP estime que « les forces israéliennes utilisent chaque opération visant leurs soldats comme prétexte pour intensifier les mesures de représailles contre les Palestiniens, allant de l’intensification des arrestations et des raids aux démolitions de maisons, en passant par les déplacements forcés, ainsi que de nouvelles restrictions et des sièges. Ces politiques s’inscrivent dans une approche bien ancrée qui fonctionne parallèlement au système de postes de contrôle militaires et de barrières de fer, y compris les « barrières jaunes », dont l’impact s’est intensifié depuis la guerre génocidaire, renforçant les restrictions sur les accès aux villes et aux gouvernorats ainsi que sur la liberté de circulation des Palestinien-nes. » 

Hier, une Commission indépendante mandatée par l’ONU a accusé l’escalade militaire israélienne en Cisjordanie occupée de dissimuler « une politique visant à chasser les Palestinien-nes de leurs terres », énumérant un ensemble de pratiques systémiques constituant des crimes contre l’humanité perpétrés par Israël à l’encontre des Palestinien-nes, dont l’extermination, la persécution, la torture, le viol et d’autres agressions sexuelles.

Cette Commission indépendante estime que l’ensemble de ces crimes s’inscrivent dans « la volonté [israélienne] de s’emparer d’un maximum de terres tout en réduisant au minimum la population palestinienne en termes de taille, d’autonomie et de viabilité découle des politiques colonisatrices d’Israël et trouve ses racines dans des pratiques et des schémas d’action historiques, ce qui se traduit par un recours excessif et discriminatoire à la force meurtrière, provoquant le déplacement, les blessures et la mort de Palestinien-nes depuis des générations. » 

Nous détaillons les conclusions de cette enquête dans cet article de l’Agence Média Palestine.

La dangereuse récolte des olives 

Cette semaine encore, la récolte des olives par les agriculteur-ices palestinien-nes a été le théatre d’une violence inouie de la part des colons israéliens assités de l’armée.  Parmi les plus de 482 attaques de ce type recensées en une seule semaine, Al Jazeera rapporte les schémas suivants :

  • Le vol d’olives et de matériel dans au moins une douzaine de villages, notamment Sinjil, Silwad, Berin, Beit Iksa, al-Lubban Asharqiya, Kafr Malek, Ein Arik et Deir Ballut, selon Wafa et des informations locales. Près d’Immatin, au moins 25 colons masqués ont fait dévaler une pente trois tracteurs et deux remorques, détruisant ainsi le matériel et les olives qui se trouvaient à bord.
  • Des agressions dans au moins 15 localités, parmi lesquelles Burin, où des jets de pierres ont blessé trois agriculteurs à la tête ; Ein Arik, où, selon The Times of Israel, un agriculteur a subi des fractures ; ainsi qu’à Beit Iksa, al-Lubban Asharqiya et Kafr Malek, où des cueilleurs ont été aspergés de gaz poivré. Des colons ont tiré à balles réelles sur des cueilleurs à Berin et Osarin, et ont saccagé des voitures et des camions à Marda, Wad Qaddoum et Sinjil, ont rapporté Wafa et des observateurs locaux.
  • Des arrestations et des expulsions ont eu lieu dans au moins une douzaine d’endroits. Quinze agriculteurs ont été arrêtés dimanche à as-Sawiya. À Beit Iksa, où la récolte avait été coordonnée avec l’Administration civile israélienne, Mohammed al-Kiswani a été aspergé de gaz poivré puis arrêté ; les colons ont déclaré aux agriculteurs qu’ils ne récolteraient jamais « avec ou sans coordination ». Des terres à Deir Jarir et Turmus Aya ont été déclarées zone militaire fermée sans qu’aucun ordre ne soit présenté, a rapporté Ayed Jafry – et des influenceurs d’extrême droite ont été amenés sur place pour filmer les expulsions afin d’alimenter leur campagne.
  • Des oliviers ont été endommagés dans au moins dix localités. Vendredi, des colons ont brûlé des dizaines d’arbres à Burqa, empêchant les équipes de la défense civile palestinienne d’intervenir, selon Wafa ; des arbres ont été incendiés à Immatin, Salem et Beit Furik ; et un bulldozer en a déraciné des centaines à Madama, selon des villageois. Des soldats en ont déraciné des dizaines d’autres à Deir Qaddis pour construire une route destinée aux colons et ont affiché un avis à al-Mughayyir ordonnant le déracinement de centaines d’oliviers, ainsi qu’à Khirbet Abu Falah pour créer une « zone tampon de sécurité », donnant aux habitants 24 heures pour s’y opposer, a rapporté Jafry.
  • Incendies criminels. À Burqa, des colons ont mis le feu mardi à un mémorial dédié aux habitants palestiniens tués et, une heure plus tard, à la maison de Jamal Bajes, un Palestinien-Américain – il s’agit du deuxième incendie criminel visant son domicile ces derniers mois, selon des informations locales. Des réseaux militants locaux ont signalé qu’une maison avait été incendiée à Deir Abu Mishal, et Wafa a indiqué que des colons avaient tenté d’en incendier une autre à Burin sous la protection de l’armée.

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