Notre point sur la situation à Gaza cette semaine, alors que les massacres se poursuivent dans le silence imposé par la destruction par Israël d’infrastructures de télécommunications.
Par l’Agence Média Palestine, le 17 juin 2025

À Gaza depuis le 7 octobre 2023 :
55 432 Palestinien·nes assassiné·es
128 923 Palestinien·nes blessé·es
14 000 Palestinien·nes disparu·es (présumé·es sous les décombres)
Black-out sur Gaza
La connexion internet et cellulaire est partiellement rétablie sur l’ensemble de la bande de Gaza, après plusieurs jours de black-out presque total. Ce black-out a été causé par la destruction par l’armée israélienne de câbles à fibre optique, coupant Gaza-ville et le nord de la bande de Gaza depuis le 10 juin, et l’ensemble de la bande depuis le 12 juin.
Le rétablissement partiel des télécommunications à Gaza le 14 juin n’a offert qu’un répit fragile dans un contexte de détérioration rapide de la crise, alerte l’ETC, Cluster des Télécommunications d’Urgence, affirmant que la crise persiste avec de nouvelles perturbations, alors qu’une nouvelle coupure a désormais isolé le sud et le centre de Gaza en raison d’une coupure de fibre optique causée par les hostilités en cours. « Cela a entraîné une perte totale de la connectivité Internet et une grave dégradation des services de réseau mobile dans les zones touchées. Les équipes techniques travaillent d’arrache-pied pour localiser précisément les dommages et rétablir la connectivité, » déclare le groupe dans un communiqué.
Dans un contexte déjà paralysé par de sévères restrictions d’accès et des dommages aux infrastructures, l’épuisement des réserves de carburant et le manque d’huile moteur, indispensables au fonctionnement des générateurs, aggravent encore la crise. Sans réapprovisionnement immédiat, les opérateurs de télécommunications pourraient être à court de carburant dans les jours à venir, ce qui risquerait d’entraîner un effondrement total des infrastructures de télécommunications. Une telle situation couperait l’accès aux services d’urgence, interromprait la coordination humanitaire et priverait la population touchée de toute information et assistance vitale.
« Si vous avez moins entendu parler de Gaza ces derniers jours, ce n’est pas parce que ce qui se passe ici est moins grave, mais parce que nous n’avions plus de connexion internet ni de réseau mobile. C’était impossible pour nous journalistes de transmettre l’information, mais aussi juste pour chacun·e de se renseigner sur ses proches, on ne pouvait pas savoir qui était où, qui devait évacuer, qui était blessé·e, on ne pouvait plus demander de l’aide ou en apporter » raconte ce matin la journaliste Bisan Owda sur son compte instagram.
L’impossibilité pour les Gazaoui·es de communiquer, associée à un déplacement de l’attention médiatique vers l’Iran, cible de nouvelles attaques israéliennes, n’a pas empêché l’armée israélienne de poursuivre son offensive génocidaire et de perpétuer sans relâche ses massacres et déplacements forcés.
Dans le silence, les massacres se poursuivent
Les bombardements aériens et assauts terrestres israéliens se répètent chaque jour dans la bande de Gaza. De nouvelles attaques sanglantes ont eu aux abords et dans les centres de distributions d’aide alimentaire de la Gaza Humanitarian Foundation, où les soldats israéliens ouvrent régulièrement le feu sur des civil·es affamé·es. Hier, au moins 38 personnes ont été tuées dans le centre de distribution de Rafah, journée la plus meurtrière depuis le lancement du nouveau système d’aide humanitaire le mois dernier.
Israël et les États-Unis affirment que le système de la GHF est destiné à remplacer l’opération humanitaire menée par les Nations unies qui acheminait l’aide à travers Gaza depuis le début de la guerre, il y a 20 mois. Pour les Palestiniens, c’est une nouvelle stratégie de torture : leur laisser le choix entre mourir de faim ou risquer leur vie pour atteindre les points de distribution.
Le 10 juin, le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a publié sur X (anciennement Twitter) que « jour après jour, des victimes et des dizaines de blessés sont signalés aux points de distribution gérés par Israël et des sociétés de sécurité privées », ajoutant que ce « système humiliant » obligeait des milliers de personnes affamées et désespérées à parcourir de très longues distances, « excluant les plus vulnérables et ceux qui vivent trop loin », et a déclaré que « ce système n’a pas pour but de lutter contre la faim ».
Plus de 330 personnes ont été tuées et plus de 2 000 blessées jusqu’à présent en tentant de récupérer l’aide distribuée par la GHF, qui a commencé ses activités fin mai. « Il ne s’agit ni d’une entreprise humanitaire ni d’un système. Il s’agit essentiellement d’un chaos meurtrier », a déclaré Anna Halford, coordinatrice de terrain pour le groupe Médecin sans frontières (MSF).
Outre ces massacres liés aux centres de distribution de la GHF, Israël continue de chasser les habitant·es et de bombarder incessamment l’ensemble de l’enclave, y compris les campements de déplacé·es, les hôpitaux et les écoles transformées en refuges.
Selon l’OCHA, les habitant·es sont confiné·es dans des espaces de plus en plus restreints, 82 % de la bande de Gaza se trouvant désormais dans une zone militarisée par Israël, sous le coup d’ordres d’évacuation ou les deux. L’ONU estime que près de 665 000 personnes ont été déplacées une nouvelle fois depuis la rupture du cessez-le-feu, dont plus de 227 000 entre le 15 mai et le 11 juin.
S’exprimant lundi, Volker Turk a déclaré que « les moyens et les méthodes de guerre utilisés par Israël infligent des souffrances horribles et inacceptables aux Palestiniens de Gaza », alors que les 20 derniers mois d’attaques israéliennes ont tué au moins 55 362 personnes, dont des milliers d’enfants.
Dans une interview accordée à l’agence Anadolu, le porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) James Elder qualifie la situation à Gaza de « sombre, horrible et désespérée », soulignant que les déplacements et la famine sont monnaie courante parmi les civils dans la bande de Gaza bloquée.
« Les habitants de Gaza vivent des nuits difficiles sous les bombardements et passent leurs journées à fuir la faim et les explosions », explique-t-il, ajoutant que « tout ce que nous savions de la résilience des gens a été complètement brisé. Le monde semble uniquement préoccupé par les blessés et les discussions sur l’aide, ignorant l’énorme fardeau psychologique que subit la population et la dure réalité des familles contraintes de fuir à plusieurs reprises après avoir tout perdu. »



