Un nouveau rapport dénonce une pratique systémique de discriminations religieuses pratiquées par Israël à l’encontre des musulman-es palestinien-nes, concluant à un apartheid religieux au service du nettoyage ethnique et de l’annexion.
Par l’Agence Média Palestine, le 16 mars 2026

Un rapport publié vendredi 13 mars 2026 démontre qu’Israël mène une campagne systématique de violence, de destruction et de persécution qui menace d’effacer l’identité religieuse et culturelle des musulman-nes palestinien-nes.
Ce rapport, rédigé par le Centre international de justice pour les Palestinien-nes (ICJP), groupe de défense juridique basé au Royaume-Uni, constate une forte augmentation depuis octobre 2023 de ces discriminations anti-musulmanes à l’encontre des Palestinien-nes des territoires occupés, de Cisjordanie comme de Gaza.
Il fait écho à la déclaration conjointe de huit pays arabes dénonçant la fermeture par Israël, sous couvert d’état d’urgence depuis le début de l’agression israélo-étasunienne en Iran et au Liban, de la mosquée d’Al Aqsa. Les huit pays qualifiaient mercredi cette fermeture de “violation flagrante du droit international, y compris du droit international humanitaire, du statu quo historique et juridique, et du principe d’accès sans restriction aux lieux de culte”.
Le rapport dénonce un “apartheid religieux”, indiquant que “la répression de la liberté d’expression religieuse contribue à l’effacement de l’identité musulmane palestinienne et des coutumes religieuses, étendant les pratiques d’apartheid à tous les aspects de la vie des musulman-nes palestinien-nes.”
1 160 mosquées bombardées à Gaza
Depuis le 7 octobre 2023 à Gaza, 1 160 des 1 244 mosquées de Gaza ont été détruites ou gravement endommagées, indique le rapport de l’ICJP. Les forces israéliennes ont assassiné, au cours de cette même période, au moins 255 responsables religieux et imams, et en ont arrêté 26 autres.
Cela représente 93,2% des mosquées détruites dans l’enclave palestinienne au cours des 29 mois passés de génocide, un chiffre légèrement plus élevé que la moyenne globale des bâtiments détruits (estimée autour de 80%), témoignant d’une cible spécifique et d’une politique délibérée.
Les auteur-rices du rapport concluent à un ciblage méthodique par Israël de sites religieux et de mosquées, qui constitue “un élément central de son génocide à Gaza”, en dépit de la Convention de La Haye de 1954, qui protège les monuments contre la destruction en temps de guerre, et dont Israël est pourtant signataire.
Les massacres perpétrés par Israël dans les mosquées de Gaza comptent parmi les plus meurtriers qui ont pu être observés, ces lieux servant de lieux de refuge à une importante population civile qui s’y abritait pour échapper, justement, aux bombardements israéliens.
Mais outre la dimension humanitaire qu’ont constitué ces mosquées, le rapport insiste sur la dimension religieuse des attaques israéliennes, soulignant que nombre de ces bombardements ont eu lieu aux heures de prières.
Les mosquées de Cisjordanie ont également été délibérément prises pour cible, indique le rapport, qui cite notamment une frappe aérienne ayant gravement endommagé la mosquée Al-Ansar à Jénine en octobre 2023.
Apartheid religieux
Les attaques contre des sites culturels et religieux ont un impact profond sur la culture, la mémoire et la pratique religieuse, rappelle le rapport. Le fait de prendre pour cible les musulman-es palestinien-nes reflète, comme l’a constaté la Cour pénale internationale (CPI), le “lien entre la destruction du patrimoine culturel et les crimes contre l’humanité”.
Le rapport de l’ICJP s’appuie sur les restrictions imposées aux célébrations liées au mois de ramadan à Jerusalem-Est, mises en regard aux célébrations autorisées de la fête juive de Pourim ailleurs à Jérusalem, pour démontrer une politique israélienne d’ “apartheid religieux”.
La persécution des Palestinien-nes musulman-nes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, se traduit notamment par des restrictions à la liberté de circulation par la fragmentation des territoires, l’extension du contrôle israélien sur les sites religieux musulmans protégés et les mosquées, ainsi que le recours à des mesures de détention administrative à l’encontre des Jérusalémites musulmans.
De plus, le système de postes de contrôle militaires israéliens, qui entraîne des files d’attente interminables et inhumaines, constitue l’un des principaux obstacles pour les Palestinien-nes musulman-es qui tentent d’accomplir leurs obligations religieuses à Jérusalem et de choisir leur lieu de culte en Cisjordanie.
Le rapport note également qu’Israël tend à s’emparer de sites revêtant une importance historique et religieuse en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, ainsi que dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne, afin de les agrandir et de les aménager à des fins touristiques, une pratique qui “constitue une nouvelle tentative visant à effacer le patrimoine culturel ainsi que la mémoire de l’identité et de l’histoire palestiniennes”.
Un effacement religieux au service d’un nettoyage ethnique
L’ICJP énumère aussi des lois discriminatoires votées par Israël à l’encontre des musulman-es palestinien-nes, et alerte sur le fait que les droits à la liberté religieuse sont notamment menacés par une législation présentée par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, visant à interdire l’appel à la prière musulmane, ainsi que par des amendements aux lois antiterroristes qui ont conduit à accuser des Palestinien-nes de soutenir le Hamas pour avoir cité des versets du Coran dans des publications sur les réseaux sociaux.
“La persécution des musulman-es palestinien-nes”, affirme le rapport de l’ICJP, “s’inscrit également dans le prolongement de la politique israélienne plus large de discrimination systématique à l’encontre des Palestinien-nes, qui se manifeste de plus en plus clairement dans l’annexion et le nettoyage ethnique pratiqués par Israël dans les territoires palestiniens occupés.”



