Israël rompt ses relations avec Kaja Kallas pour avoir dénoncé l’apartheid

Le ministre israélien des affaires étrangères a annoncé rompre ses relations avec la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, sans réaction majeure des pays européens.

Par l’Agence Média Palestine, le 18 juin 2026




En tant que ministre des Affaires étrangères de l’État d’Israël, je n’ai d’autre choix que de rompre tout contact avec Mme Kallas jusqu’à ce qu’elle retire la calomnie sanguinaire qu’elle a dirigée contre l’unique État juif du monde, qui est également l’unique démocratie au Moyen-Orient (sic).”

C’est en ces termes que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a annoncé rompre toute relation avec la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères Kaja Kallas. Le ministre lui reproche d’avoir comparé, en marge d’un sommet au Mexique et à huis clos, le traitement réservé par Israël aux Palestinien·nes de Gaza et de Cisjordanie aux politiques racistes de l’apartheid en Afrique du Sud.

Point technique

À ce stade des discussions, il est peut-être nécessaire de revenir sur une notion de vocabulaire qui, si elle peut sembler évidente à certain·es, reste au cœur du débat.

Le terme “apartheid”, d’abord utilisé pour désigner le régime politique de l’Afrique du Sud de 1948 à 1991, a par la suite été adopté par la communauté internationale pour condamner, interdire et criminaliser la ségrégation raciale. 

L’apartheid est défini comme un système d’oppression et de domination d’un groupe racial sur un autre, institutionnalisé à travers des lois, des politiques et des pratiques discriminatoires. Avec l’acceptation commune de cette définition, de tels systèmes et pratiques ont donc été expressément prohibés aux termes du droit international, et notamment du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

Pour caractériser un système d’apartheid, il faut notamment établir trois critères principaux, comme explicité sur le site internet d’Amnesty International :

  • Un système d’oppression et de domination d’un groupe racial sur un autre.
  • Un ou des actes inhumains, tels que transferts forcés de populations, tortures et meurtres.
  • Une intention de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre.

Le 19 juillet dernier, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif concluant que les lois et mesures discriminatoires d’Israël dans le Territoire palestinien occupé sont assimilables aux éléments du crime d’apartheid.

Pour aller plus loin, nous vous encourageons à consulter cet article récent de Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, qui détaille la manière dont le système législatif israélien inscrit l’apartheid dans son système. Nous y établissons une liste, non-exhaustive, de lois et réglementations d’apartheid, suprémacistes, racistes, discriminatoires. 

L’absence de position ferme de l’UE

Un relevé de la chronologie des déclarations récente pourrait aussi être éclairant. Les propos de Kallas ont été rapportés par Euractiv le 12 juin dernier, et la réaction du ministre israélien a été postée sur les réseaux sociaux le 18. 

Entre ces deux dates, le 15 juin, Kaja Kallas a annoncé que plusieurs pays membres avaient proposé des sanctions contre le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, mais qu’aucun consensus n’avait été trouvé. Elle a ajouté qu’elle demanderait, à nouveau, que la Commission européenne en charge de la politique commerciale dans l’UE fasse des propositions en vue d’éventuelles sanctions à l’encontre des exportations en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie.

Cette annonce intervient alors que l’Europe peine à se prononcer sur d’éventuelles sanctions à l’égard d’Israël, se contentant de cibler sporadiquement des individus ou collectifs de colons particulièrement virulents. Malgré des violations évidentes, et largement documentées, du droit international par Israël, l’UE n’a pas suspendu son accord d’association. Pourtant, une lettre ouverte de 20 rapporteur·euses spéciales·aux de l’organisation des Nations unies (ONU), publiée le 24 avril dernier, affirmait que « L’Union européenne ne peut prétendre défendre les droits humains tout en maintenant un commerce préférentiel avec un État dont les agissements équivalent à un génocide. »

Outre les propos outranciers du ministre israélien, les mots de Kaja Kallas sur l’apartheid israélien sont également critiqués en interne, comme le rapportait le média Euractiv qui révélait ses propos, les qualifiant de “gaffe diplomatique” et affirmant que sa position romprait avec “la ligne officielle de l’Union européenne en matière de politique étrangère” et attiserait “la polémique autour de son leadership”.

Car si le terme d’apartheid pour désigner le régime israélien a été endossé par la Cour internationale de justice, l’ONU et l’observatoire des droits humains Amnesty International notamment, il ne fait apparamment pas consensus. La position officielle de l’UE, en faveur d’une solution à deux États, ne questionne pas les différences de droits, de circulation, d’accès aux terres et de statuts juridiques entre Israélien·nes et Palestinien·nes.

Ce que cette affaire révèle certainement, c’est que l’absence de position ferme de l’UE permet que ses haut·es représentant·es soient traîné·es dans la boue sur les réseaux sociaux sans que cela ne constitue un incident diplomatique avec Israël.

Pour aller plus loin :

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