Par l’Agence Média Palestine, le 20 juillet 2026
Plus de 100 élus démocrates ont voté le 15 juillet à la Chambre des représentants pour couper l’aide militaire étasunienne à Israël. Le texte a été rejeté mais le vote illustre un basculement profond : le soutien à Israël, longtemps unanime aux États-Unis, s’effondre comme l’ont révélé plusieurs sondages récents.

Le 15 juillet 2026, la Chambre des représentants des États-Unis a examiné un amendement porté par le républicain libertarien Thomas Massie, visant à retirer 3,3 milliards de dollars d’aide militaire américaine à Israël en les retranchant du budget 2027 du Département d’État. Le texte a été rejeté par 104 voix contre 314, avec 10 « présents ». Mais le détail du scrutin a suffi à faire la une : 103 démocrates ont voté pour couper cette aide, contre 98 qui s’y sont opposés — soit une quasi-majorité du groupe démocrate à la Chambre. Il y a deux ans, seuls 37 élus démocrates avaient soutenu une mesure comparable.
La fracture a touché jusqu’aux dirigeants du parti démocrate. La numéro deux du groupe démocrate à la Chambre, Katherine Clark, a voté pour couper l’aide à Israël — tout comme l’ancienne présidente de la Chambre Nancy Pelosi, une figure historique du parti. Clark a justifié son vote sans détour : selon elle, la situation actuelle n’est « pas tenable », et les États-Unis ne doivent pas donner un « chèque en blanc » à un État qui ne respecte pas leurs « lois » et leurs « valeurs ». Pelosi a pour sa part précisé qu’elle restait attachée à une relation forte avec Israël et à une « solution à deux États », mais a jugé son vote nécessaire comme signal politique : pour elle, les Américains veulent en finir avec ce cycle de guerre sans fin, et le gouvernement Netanyahou ne peut pas continuer sur cette voie.
Le vote a eu un effet immédiat sur d’autres figures démocrates, à commencer par le sénateur de Pennsylvanie John Fetterman, l’un des soutiens les plus affichés d’Israël au Congrès. Interrogé le lendemain par plusieurs médias, dont NBC News et CNN, il a pour la première fois posé une « ligne rouge » explicite : il quitterait le Parti démocrate si celui-ci inscrivait officiellement dans sa plateforme l’arrêt de l’aide à Israël et devenait ainsi, selon ses mots, « le parti anti-Israël ». Fetterman a précisé qu’il n’avait « pas de projet » de départ immédiat, mais que le vote massif de la Chambre — et la position de Pelosi en particulier — nourrissait son inquiétude de voir le parti « tourner le dos » à cet allié.
Cette bataille interne s’inscrit dans un climat électoral tendu : à trois mois des midterms de novembre, plusieurs primaires démocrates (New York, Colorado) ont déjà vu l’emporter des candidats progressistes critiques d’Israël, tandis que de plus en plus de prétendants refusent ouvertement le soutien du lobby pro-israélien Aipac, jugé plus coûteux politiquement que financièrement rentable.
Du côté des républicains, Thomas Massie a été le seul à voter son amendement. Dans un post sur X, il a affirmé que, dans cette mesure, le parti de Donald Trump « ne peut pas sérieusement prétendre être “America First” ».
I was the only Republican to vote for my amendment to cut $3.3 billion of welfare to Israel. The GOP can’t seriously claim to be America First. pic.twitter.com/m0BqB5RApz
— Thomas Massie (@RepThomasMassie) July 19, 2026
Ce représentant s’est souvent élevé contre les actions militaires israéliennes. Le 23 octobre 2024, il publiait la vidéo de la destruction d’un immeuble au Liban, accompagnée de ces mots : « Si Israël insiste pour détruire des cibles civiles au Liban, qu’ils achètent et fabriquent leurs propres armes. Les contribuables américains ne devraient pas financer cela. » Son post sur X a été vu par près de neuf millions d’utilisateur.rices et liké par 186 000 d’entre eux•elles.
Le vrai moteur : un retournement spectaculaire de l’opinion publique
Ce qui se joue au Congrès reflète une tendance de fond mesurée par les grands instituts de sondage étasuniens ces derniers mois. Gallup a documenté le changement le plus frappant : les Américain•es sympathisant davantage avec les Israélien•nes qu’avec les Palestinien•nes sont passés de 54 % avant le 7 octobre 2023 à seulement 36 % aujourd’hui, contre 41 % qui disent désormais sympathiser davantage avec les Palestinien•nes — soit, pour la première fois depuis des décennies, une bascule en défaveur d’Israël. L’écart entre démocrates et républicains sur ce sujet atteint désormais 44 points, l’un des plus élevés jamais enregistrés par l’institut.
Le Pew Research Center, dans une enquête menée fin mars 2026 relève que six Américain.es sur 10 ont une opinion défavorable d’Israël — en hausse de sept points en un an et de près de 20 points depuis 2022. La proportion de « très défavorable » a quasiment triplé depuis 2022, atteignant 28 %. Chez les démocrates et sympathisants démocrates, l’opinion défavorable grimpe à 80 %. Fait notable : la défiance progresse aussi chez les jeunes républicain•es, avec 57 % des moins de 50 ans se disant désormais défavorables à Israël, contre 50 % un an plus tôt. Une enquête Pew plus récente, menée en mai, confirme que ce sont bien les perceptions des Israélien•nes et de leur gouvernement qui se sont dégradées, les vues sur les Palestinien•nes restant globalement stables.
NBC News arrive à une conclusion similaire : pour la première fois, plus d’électeur•rices inscrit•es ont une opinion négative d’Israël qu’une opinion positive. Le basculement est particulièrement marqué chez les indépendan•es, dont l’opinion favorable est passée de 40 % fin 2023 à seulement 21 % aujourd’hui, pendant que le jugement négatif bondissait de 22 % à 48 %. Un sondage d’AP-NORC, publié début juillet et relayé par le Washington Post, confirme que les démocrates sont de plus en plus nombreux à juger que Washington en fait trop pour soutenir Israël. Un sondage Zogby, commandé en avril par l’Arab American Institute, montre par ailleurs que 41 % des électeurs probables jugent qu’Israël a commis un génocide à Gaza — un chiffre qui grimpe à 57 % chez les seuls démocrates.
Ce virage marque la fin d’un soutien jusque-là considéré comme acquis et indiscutable aux Etats-Unis, indépendamment des alternances à la Maison Blanche ou au Congrès. Il s’explique en grande partie par le rejet croissant, notamment à gauche, de la conduite d’Israël à Gaza et au Liban.
Pour les stratèges démocrates, la question devient désormais un enjeu électoral concret : gérer un électorat de base de plus en plus critique d’Israël sans s’aliéner des figures plus modérées ou des soutiens traditionnels du parti, à l’approche d’élections de mi-mandat qui s’annoncent particulièrement disputées.



