Les écoles de Jérusalem ont appelé à une grève illimitée contre la tentative d’ingérence israélienne dans les programmes scolaires palestiniens, tandis qu’à Gaza une enfant a été assassinée sur le chemin de l’école.
Par l’Agence Média Palestine, le 7 septembre 2026

Wafaa Akila, une enfant palestinienne de 8 ans, a été assassinée hier, dimanche 6 septembre, alors que son père la ramenait chez elle après son premier jour d’école, à Gaza.
Selon des sources palestiniennes citées par Al-Jazeera, un missile largué par un drone israélien a frappé la voiture dans laquelle se trouvaient Wafaa et son père dans le quartier d’Al-Nasr, dans la ville de Gaza. Tous deux ont été tué-es lors de cette attaque, et d’autres personnes ont été blessées.
Commentant l’assassinat dans un communiqué, le ministère de la Santé de Gaza demandait hier quelle menace pouvaient bien représenter un cartable, un cahier ou un stylo. Sur une vidéo filmant les débris de la voiture incendiée, des témoins pointent les cahiers et livres d’écoles que l’enfant venait d’acheter, prenant le monde à témoin pour demander : « de quelle trêve parlez-vous ? »
Pour la troisième année consécutive en effet, quelque 600 000 enfants à Gaza n’auront pas de rentrée scolaire classique, alors que 93% des écoles ont été partiellement ou entièrement détruites, et le reste transformées en abri pour réfugié-es.
Des organisations humanitaires et communautaires tentent de restaurer un accès à l’éducation proposant des cours sous des tentes aux enfants du primaire et de maternelle, fragiles espaces d’apprentissage temporaires qui accueillent approximativement 18 000 enfants. Mais même lorsqu’un espace d’apprentissage peut être trouvé, il reste difficile de répondre aux besoins des enfants.
« Nous, les enseignants, sommes confrontés à de nombreuses difficultés. Les principales sont le manque de manuels scolaires et de kits pédagogiques, de fournitures scolaires pour la majorité des élèves, de pupitres et de chaises, ainsi que de bornes de recharge pour les téléphones ou les appareils électroniques qui aideraient les enseignants à transmettre leur message éducatif », explique Osama, un instituteur de Gaza. En outre, le traumatisme des trois années écoulées de génocide qui ont exposé toute une génération de très jeunes palestinien-nes à une violence inouie, à des déplacements répétés et à la famine, et l’OCHA estime que la majeure partie d’entre elles et eux ont besoin d’un soutien psychosocial.
Certain-es analystes pointent dans cette continuité des attaques israélienne ciblant l’éducation un « éducide », ou « scholasticide » : une forme relevant du génocide et qui comprend l’assassinat des éducateur-ices et la destruction des institutions d’éducation, mais aussi le refus des visas universitaires, la restriction de ressources vitales, dont internet et l’électricité, l’interruption des financements pour des objectifs éducatifs et le déni d’éducation aux prisonnier-es politiques et aux détenus.
Cibler l’éducation des enfants palestinien-nes, comme l’expliquait Aisha al-Khatib, directrice de l’école Zenabia à Naplouse, dans cet article traduit par l’Agence Média Palestine, « revient à détruire la nation ».
Grève illimitée à Jérusalem
Dans la ville de Jérusalem-Est occupée aussi, la rentrée scolaire s’est faite sous le signe de la lutte pour le droit à l’éducation. L’année scolaire a débuté mardi dernier par une grève illimitée des enseignant-es des écoles privées et chrétiennes, en réaction à l’ingérence israélienne dans les programmes scolaires. En effet, selon les révélations du journal Haaretz, toutes les nouvelles classes de CP et de 5e des écoles municipales de Jérusalem-Est, à majorité palestinienne, ont reçu pour consigne d’utiliser exclusivement le programme scolaire israélien cette année, une décision que le porte-parole du gouvernorat de Jérusalem, Marouf al-Rifai, qualifie de « crime culturel et éducatif » .
Les enfants palestiniens fréquentent généralement l’un des quatre types d’établissements scolaires suivants : ceux gérés par les Nations unies (UNRWA), les écoles privées, les écoles islamiques du Waqf ou les écoles municipales gérées par Israël, où le programme scolaire va donc désormais être largement imposé. Après l’occupation de Jérusalem-Est par Israël, le système éducatif est resté le même que celui de la Cisjordanie et enseignait le programme jordanien, qui a ensuite été remplacé dans les années 1990 par un programme élaboré par l’Autorité palestinienne.
Cela signifie qu’un-e élève palestinien-ne sur trois à Jérusalem-Est occupée (plus de 45 000 au total) est désormais inscrit-e au programme scolaire israélien, ce qui représente une multiplication par près de quatre par rapport à il y a six ans. Pour Marouf al-Rifai, cela constitue « une escalade grave et sans précédent depuis 1967, ainsi qu’une attaque directe contre l’identité nationale et culturelle des générations de Jérusalémites. »
« L’adhésion de la population, des enseignants et des élèves de Jérusalem au programme scolaire palestinien n’est pas simplement une adhésion à un manuel scolaire, mais plutôt une défense de la mémoire, de l’identité, de l’histoire et du droit de déterminer le récit national », ajoute-t-il dans un communiqué.
Il souligne également que l’imposition du programme scolaire de l’autorité d’occupation à la population palestinienne d’une ville occupée constitue une violation du droit international humanitaire, en soulignant que la quatrième Convention de Genève impose à la puissance occupante des obligations claires envers la population civile, notamment la protection des enfants, la garantie du fonctionnement continu des établissements scolaires et l’interdiction d’utiliser l’éducation comme un outil visant à effacer l’identité de la population ou à lui imposer un discours politique.
Les personnel éducatif empêché d’entrer
Quarante pour cent des enseignant-es des écoles privées palestiniennes de Jérusalem, pour la plupart des chrétien-nes palestinien-nes, vivent en Cisjordanie. Si elles ne sont pas concernées par la mesure autoritaire israélienne sur les programmes scolaires, ces écoles privées et chrétiennes ont également appelé à la grève en cette rentrée scolaire, pour dénoncer le refus d’autorisation d’entrée dans la ville à plus de 70 enseignant-es et membres du personnel de leurs établissements.
« Nous avons été surpris, une fois de plus malheureusement, par le non-renouvellement des permis d’entrée de plus de 70 enseignants et employés issus de nos équipes pédagogiques, administratives et de soutien, de manière soudaine et sans avertissement préalable, ce qui a entravé leur accès à leurs établissements scolaires et a directement affecté leur préparation à la rentrée scolaire », déclarent les écoles dans un communiqué.
« L’absence d’un si grand nombre de membres du personnel affecte divers aspects du fonctionnement des établissements scolaires – sur le plan pédagogique, administratif et sanitaire –, sans compter les services de nettoyage et les procédures de sécurité et de sûreté, ce qui rend impossible de garantir un début d’année sûr et stable à nos élèves. »
S’exprimant dans le média Middle East Eye, le directeur des relations avec les médias du gouvernorat de Jérusalem Omar Rjoob estime que les mesures prises par Israël à l’encontre du secteur de l’éducation s’inscrivent dans le cadre d’une politique plus large visant à « consolider l’annexion de Jérusalem et à la couper de son environnement palestinien », au même titre que les postes de contrôle et le mur de séparation érigé par Israël au début des années 2000, qui coupe Jérusalem de la Cisjordanie.
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