Les responsables d’un génocide sont celles et ceux qui le perpètrent

À l’heure où le génocide infligé par Israël aux Palestinien-nes de Gaza a fait plus de 63 371 morts, certains analystes se réclamant de gauche désignent le Hamas comme responsable de la « catastrophe palestinienne ». Réponse.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 2 septembre 2025



Après deux ans de génocide, il est indécent de devoir encore le répéter : les responsables d’un génocide sont celles et ceux qui le perpètrent. Il n’y a pas de marge d’erreur possible : à aucun moment, pour aucune raison, un peuple n’a le droit d’en effacer un autre. Un génocide est un génocide. Les responsables d’un génocide ne sont pas les génocidé-es.

Ces évidences n’en sont pas moins des batailles, à commencer par le terme génocide. Les intentions génocidaires d’Israël ont été pourtant clairement formulées dès le 7 octobre, par la rhétorique israélienne de punition collective et de déshumanisation des Palestinien-nes, et par les attaques indiscriminées sur les civils gazaouis.

Si certain-es ont tardé, les expert-es sont désormais formel-les et pratiquement unanimes : hier, lundi 1er septembre 2025, le président de l’Association internationale des spécialistes du génocide (IAGS) déclarait à son tour que son organisation avait adopté une résolution affirmant qu’Israël s’était « livré à des crimes systématiques et généralisés contre l’humanité, à des crimes de guerre et à un génocide », rejoignant les nombreuses instances qualifiées dans leur dénonciation des actes d’Israël.

La « catastrophe palestinienne » ou le génocide par Israël ?

Pendant ce temps, des intellectuels français pensent apporter du grain à moudre en fournissant des analystes lacunaires et partiales pour imputer au Hamas la « responsabilité » de la « catastrophe palestinienne ».

À l’instar de Jean-Pierre Filiu, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po, qui publiait ce week-end dans Le Monde un article qui reproche au Hamas de «  fournir à Israël des prétextes pour dévaster la bande de Gaza ».

Jean-Pierre Filiu commence par imputer la Nakba de 1948 au Mufti de Jerusalem, avant d’expliquer le génocide actuel par l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Déjà partagé par plusieurs personnalités de gauche, cet article ouvre ouvre la voie à la lessiveuse médiatique qui ne manquera pas de s’en emparer pour clore le débat sur le génocide.

« Les raccourcis historiques opérés, le renversement de la charge de la culpabilité dans une situation coloniale avérée qui ne peut qu’attiser la haine à l’heure où deux millions de personnes meurent de faim, dans un contexte d’expansion et de colonisation programmée de toute la Palestine me font horreur », réagit Véronique Bontemps, anthropologue et chargée de recherche au CNRS.

Ce n’est pas la première fois que Filiu, qui se prétend soutien du peuple palestinien, avance des analyses qui reprennent la Hasbara israélienne selon laquelle la résistance palestinienne serait la véritable ennemie des Palestinien-nes, et non pas les bombes qui les exterminent ni les murs qui les affament.

En 2019 déjà, l’écrivain et historien Brahim Senouci lui répondait en ces termes sur son compte facebook : « Comment, à l’énoncé du nom de gaza ne vous vient-il aux lèvres que ‘la brutalité et le caractère anti démocratique du Hamas?’ Pas un mot sur le blocus impitoyable! Pas un mot sur ces centaines de manifestants désarmés, décimés dans le tragique ball trap auquel se sont livrés les soldats israéliens. Pas un mot de compassion pour les centaines d’estropiés, voués à l’oubli et au mépris. »

En temps de génocide, refuser d’imputer à Israël sa responsabilité de ses propres actes ne relève pas d’une erreur mais d’une complicité. Les intellectuel-les français-es doivent cesser de louvoyer et de tenter des parallèles bancals, au risque de justifier l’horreur en cours ou simplement de changer de sujet : chaque minute dont nous disposons, chaque parole que nous prononçons doit appeler à la fin du génocide et à la libération du peuple palestinien.

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