Les organisations de défense des droits dénoncent une attaque contre la société civile palestinienne, sa résilience et son autonomie.
Par l’Agence Média Palestine, le 2 décembre 2025

Les forces israéliennes ont mené hier matin deux attaques simultanées contre les sièges de l’Union des comités de travail agricole (UAWC) à Al-Bireh et à Hébron (Al Khalil). Les deux bureaux ont été entièrement fouillés et le personnel brutalisé.
L’armée israélienne a affirmé avoir saisi du matériel et des fonds estimés à environ 700 000 shekels, et avoir procédé à l’arrestation de 22 personnes.
Ces raids ont été accompagnés de violences dans la ville d’Al-Bireh, les soldat-es ont saisi plusieurs ordinateurs et documents du siège, et se sont déployé-es dans les environs des quartiers de Sateh Marhaba, Jabal al-Tawil et Umm al-Sharayet, provoquant des affrontements.
L’agence de presse Wafa rapporte que plusieurs personnes ont été blessées, dont deux jeunes femmes de 19 ans qui ont dû être hospitalisées, et des enfants blessés par des balles en caoutchouc.
“Soutien au terrorisme”
Sur une image publiée par l’organisation palestinienne de défense des droits Al Haq, on peut voir une affiche placardée par les soldat-es sur les locaux de l’UAWC : « Ce syndicat a été déclaré illégal et dissous en raison de son implication et de son soutien au terrorisme. Sachez que toute coopération avec le terrorisme constitue une violation de la loi et entraînera de graves conséquences.”
Les deux sièges ont en effet reçu des ordres de fermeture car Israël affirme, sans étayer de preuves, que le syndicat agricole couvrirait une entreprise terroriste.
L’UAWC a été fondé en 1986 et est considérée comme l’une des plus grandes institutions de développement agricole en Palestine. Ses actions vont du développement des terres agricoles et de l’accès à l’eau au développement des moyens de subsistance des femmes rurales, en passant par la sensibilisation juridique.
Il s’agit d’une organisation indépendante et politiquement neutre, qui respecte et s’inspire des stratégies et politiques sectorielles nationales ainsi que des lois et normes internationales établies par les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies qui mettent l’accent sur les droits des Palestiniens à la liberté, au développement et à une vie décente sur leurs terres reconnues comme “territoires occupés”.
Une attaque contre l’autonomie de la société civile
“Si le gouvernement israélien s’attaque à eux, c’est pour anéantir l’autonomie alimentaire du peuple palestinien”, dénonce sur son comte X la députée Manon Aubry, qui avait visité l’an dernier la banque de semence de l’UAWC, qui est par ailleurs le seule banque de semence palestinienne.
Une telle attaque sur l’autonomie alimentaire n’est pas sans rappeler les attaques systématiques observées à Gaza, où l’armée israélienne a détruit plus de 80% des terres agricoles et rendu la population dépendante de l’aide humanitaire.
Mais plus que cela, elle constitue une attaque sur les institutions de la société civile palestinienne, dénonce le Réseau des ONGs palestiniennes (PNGO) dans un communiqué : “Cette nouvelle attaque n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une politique systématique de l’occupant visant à détruire l’économie, les ressources et la capacité de résilience du peuple palestinien en s’attaquant sans relâche aux institutions de la société civile palestinienne et à leurs travailleurs.”
Le PNGO rappelle également que le siège de l’UAWC se trouve dans la “zone A” des territoires occupés, et est à ce titre sous contrôle de l’Autorité palestinienne : l’incursion israélienne, quelle que soit sa justification, représente donc une violation du droit international.
La Cisjordanie continuellement assaillie
Le Ministère palestinien des affaires étrangères a également dénoncé l’attaque et ajouté qu’Israël n’avait « aucune souveraineté sur notre territoire », rappelant l’avis consultatif rendu l’année dernière par la CIJ qui stipule que la présence continue d’Israël dans les territoires palestiniens occupés est illégale et doit prendre fin « aussi rapidement que possible ».
Ces attaques ont lieu dans un contexte de démultiplication des raids israéliens en Cisjordanie.
Ce matin, deux adolescents palestiniens ont été assassinés par l’armée israélienne : Muhannad al-Zughair, 17 ans, à Hébron, et Muhammad Asmar, 18 ans, à Ramallah. Ces deux jeunes hommes ont été accusés d’avoir participé à une attaque contre des soldat-es israélien-nes. L’armée israélienne n’a pas fourni de preuves à cette accusation ni même ouvert d’enquête. Les deux adolescents ont été abattus sans preuves ni procès.
Également aujourd’hui, les forces israéliennes ont imposé un siège aux villages d’Atara, Nabi Saleh, Umm Safa, Beit Rima et Deir Ghassana, au nord de Ramallah. Un jeune homme a été grièvement blessé par des tirs à balles réelles près du village d’Umm Safa et les soldat-es ont empêché les secours d’intervenir.
Les entrées nord des villes d’el-Bireh et de Ramallah ont été fermées. Plusieurs villes du gouvernorat de Bethléem ont été prises d’assaut. Deux frères ont été arrêtés dans la ville d’az-Zawiya, à l’ouest de Salfit, après une descente dans leur maison. Quatre personnes ont été arrêtées dans la ville de Tulkarem. Un homme de 45 ans a été arrêté dans la ville de Beit Dajan, à l’est de Naplouse.
Ces attaques sont quotidiennes et incessantes. Selon le Club des Prisonnier-es palestinien-nes, plus 21 000 Palestinien-nes ont été arrêté-es par l’armée israélienne depuis deux ans en Cisjordanie.



